Home ACTUALITE Adieu, Docteur Jean-Pierre MAVOUNGOU, le beau-frère, l’ami et le confident

Adieu, Docteur Jean-Pierre MAVOUNGOU, le beau-frère, l’ami et le confident

J’ai été froidement cueilli dans cette triste après-midi du dimanche 12 juillet 2020 par ces mots que nous redoutons tous tant et qui finissent par tomber fatalement un jour : « Viens vite, nous sommes chez Hadjara, Jean-Pierre vient de décéder à Brazzaville. » C’est  par  ces mots du petit frère Souleymane que j’appris « ton voyage sans retour ». Je constate ton attachement au chiffre 12 pour les grandes dates de ton existence : ta naissance et « ton voyage » pour le Royaume de l’Eternel.

Je n’eus le temps que d’enfiler le premier vêtement à ma portée pour foncer à tombeau ouvert chez ma sœur Hadjara, ta douce moitié. Dès que je franchis la porte de sa chambre, je fus cueilli par un de ces pleurs de détresse auxquels je n’ai jamais eu à être témoin, elle qui semblait être si solide. Je compris qu’elle avait deviné l’intensité de la peine que je pouvais ressentir personnellement. Elle savait les liens profonds qui m’attachaient à toi.

 C’est pourquoi, je ne peux me taire sur ta disparition puisque nous n’avons malheureusement pas pu nous parler depuis quelques temps avant la triste  nouvelle. Je me trouve dans l’obligation de rappeler une fois encore, dans cette société par excellence de l’oralité au sein de laquelle j’évolue, que j’écris  » « … seulement pour exhaler la douleur intérieure dont se nourrit mon cœur. » Ma sœur Hadjara, dont la générosité est légendaire, m’accordera, j’en suis sûr, cette faveur. Le Poète Ponge, n’a-t-il pas écrit que les hommes, « vous n’avez pour demeure que la vapeur commune de votre véritable sang : les paroles » ? Donc, ces quelques paroles que j’ai préférées écrites, demeureront les quelques empreintes de notre vie à tous les deux sur terre.

J’ai appris à te connaître et t’adorer ; et j’étais loin d’être le seul dans la proche et lointaine famille. Et je peux affirmer, sans risque de me tromper que ce sentiment fait l’unanimité dans notre  famille et au-delà.

Quand au milieu des années 70, j’appris, par des bribes de conversations, puis par la voix la plus autorisée, celle de ta confidente de tout le temps et de toujours, que ma sœur Hadjara s’était entichée d’un congolais de Brazzaville sur les travées des Amphis de la Faculté de Médecine et de la Pharmacie de l’Université de Dakar où vous aviez débuté tous les deux, vos études de Pharmacie, tu pouvais te l’imaginer, j’étais logiquement pressé de faire ta connaissance et te découvrir afin de percer l’énigme. Je fus loin d’être déçu. Bien au contraire.

Je m’étais tout naturellement demandé comment Dieu a pu mettre sur le chemin de ma sœur, un être aussi exceptionnel que toi. Tous ceux qui t’ont côtoyé sont unanimes. Tu es un être exceptionnel sur tous rapports. Je te l’avoue aujourd’hui, que j’ai eu à tenter, comme tout futur beau-frère, de te trouver le moindre petit défaut pour te disqualifier, afin que ma sœur ne se retrouve dans une autre contrée loin de nous, même si c’était son choix souverain. C’était peine perdue. C’est pourquoi, quand le projet de votre union se concrétisa, j’ai signé des deux mains.  Que voulez-vous attendre du Niameyzé (habitant de Niamey) que je suis, bercé par la rumba, musique congolaise par excellence, depuis ma tendre enfance au Quartier « Nouveau marché » d’où s’échappait cette mélodie de l’antre de « La Congolaise », dès la fin de chaque après-midi, 7 jours sur 7, et 365 jours par an ? Et qui plus est, gamin qui s’arrangeait pour faire ses devoirs scolaires entre deux morceaux de la Rumba congolaise ?

Ce fut le début de notre relation qui vient de s’interrompre brutalement. Du moins physiquement et sur terre. Puisque nous continuerons à être connectés par la magie de la subconscience : ce que les psychologues appellent télépathie. Ton corps est parti mais ton âme reste en nous et nous la sentirons. Que nous reste-il, nous autres sursitaires de La Grande Faucheuse, sinon témoigner, encore témoigner, toujours témoigner sur les êtres exceptionnels qu’Allah SWT, dans sa miséricorde, a mis sur notre chemin et qui ont illuminé des tranches de nos vies, notre bref passage sur la planète terre ? Personne ne pourrait me priver de ce privilège.

En effet, tous ceux qui t’ont côtoyé le confirmeront sans nul doute : ton raffinement, ta courtoisie exquise, doublée d’une culture générale sans pareille, les ont éblouis. Nous avons tous en effet découvert en toi un homme pétri du dialogue des cultures et des religions qui font les grands hommes.

La science médicale, tu l’as chevillée au corps, en tel point que nul ne pouvait t’imaginé exerçant un autre métier que celui que tu as choisi : la science pharmaceutique. Docteur d’Etat Es Sciences Pharmaceutiques de la Faculté de Pharmacie de l’Université Claude Bernard de Lyon, comme ma sœur, ta douce moitié, cette passion commune de ce métier qui aura finalement été le ciment de votre vie, vous aura comblé tous les deux. Diplômés d’Etat tous les deux en France, après une dizaine d’années de dur labeur, je puis l’affirmer, ce métier n’avait plus aucun secret pour vous. La preuve, vous étiez, toi et ma sœur, respectés dans la corporation des Pharmaciens au Niger et en Afrique, ce qui faisait secrètement notre fierté. La preuve, j’ai vu défilé de nombreux membres de cette prestigieuse corporation au domicile de Hadjara ces derniers jours.

Mais mon intérêt sur ta propre personne, s’est situé ailleurs, c’est-à-dire sur tes qualités intrinsèques qui ne s’acquièrent ni dans les facultés, ni dans les officines, encore moins dans les laboratoires les plus capés. Hormis le laboratoire de la vie.

C’est pourquoi, pour t’avoir côtoyé 44 ans durant, je me crois autorisé à témoigner.

Ton pays, le Congo, notre pays, tu l’aimais plus que tout, comme ton deuxième pays le Niger. Tu nous as appris à aimer davantage ce pays et ces hommes d’une rare qualité. J’ai un fils Nigéro-Congolais, une sœur Nigéro-congolaise, je suis congolais de cœur et d’esprit depuis fort longtemps, puisque j’ai de tout temps adoré la musique congolaise, comme la plupart de mes compatriotes.

Pour les qualités que tu nous as montrées. Ton secret : ta grande culture, ton ouverture au monde.  Tous les nigériens qui t’ont connu témoigneront : tu t’es adapté sans aucune peine. La viande grillée de chez lazaret ou d’ailleurs, le kilichi, le Kopto, la cola, n’avaient plus de secret pour toi. Tu avais pris goût aux fadas comme tous tes compatriotes de cœur. Nous t’avons vu évolué aussi bien à Niamey, qu’à Douméga ou à Maradi, comme à Brazzaville, à Lyon ou à Paris où tu as vécu.

Ta disparition vient à point nommé me rappeler, je ne répèterais jamais assez, que le Poète Ponge, encore lui, a décrété que « nous ne sommes que d’« Informes mollusques… (des) millions de fourmis que les pieds du temps écrasent ! ».

Quant à toi Jean-Louis, tu devrais retenir que « nous sommes poussière, nous retournerons poussière » et que le Sage Amadou Hampâthé Bâ nous avais tous interpellés, ton papa Jean Pierre, tout comme moi, ton oncle maternel, et tous les autres, en nous disant, qu’en venant au monde, « tu es entré dans une existence dont tu ne sortiras pas vivant, quoi que tu fasses ». Ce que devons tous garder constamment à l’esprit.

Le seul vœu que je formule, qui pourrait être le meilleur cadeau de départ que tu puisses offrir à ton adorable papa Jean-Pierre : que tu puisses tenter de lui ressembler pour le restant de ton existence. Car j’ai mesuré tout l’amour infini qu’il avait pour toi.

Repose en paix,  mon frère Jean-Pierre.

Par Djibril Baré

3 Comments

  1. Bjr
    Merci pour ce hommage à mon aîné JP.C’est lui qui m’a motivé et appuyé pour que je réparties finaliser mon cycle universitaire par un master en administration des entreprises. J’étais devenu avec mon expérience de consultant senior, son confident pour les preauccupations qu’il avait de chef d’entreprise et gérant qu’il était dans sa pharmacie ouverte depuis 1995,sous mes yeux.
    Son style de vie aussi me plaisait et me plaît encore car il projet et privilégiait la qualité ,en accord avec sa déontologie professionnelle.
    Il m’enguelait peu le temps où je faisait des erreurs mais savait l’orienter vers la sortie de ces errements.
    Fort heureusement il vivra toujours en moi.
    Dieu merci pour tout et que toute la gloire te revienne.

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