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ATTENTION À NE PAS FORMER UNE ARMÉE D’ENTREPRENEURS PAUVRES

L’entrepreneuriat est désormais sur toutes les lèvres. Partout sur la planète, on s’intéresse à ce phénomène et notamment en Afrique où on pousse particulièrement les jeunes et les femmes à devenir des entrepreneurs. Il y a même des pays en Afrique qui organisent annuellement des concours de business plan pour encourager les jeunes à entreprendre. Cette politique est dangereuse pour les jeunes car cela leur donne l’illusion qu’ils vont tous s’enrichir dans un environnement économique défavorable où rien n’est fait pour les aider et les sécuriser.

Ils vont se retrouver entrain de payer des taxes et des impôts dès le début de leurs activités. Alors même qu’ils auront du mal à se payer un salaire correct pour vivre. Le plus souvent ils finissent par déchanter. Beaucoup de pays se tournent vers l’entrepreneuriat en espérant diminuer le chômage endémiques des jeunes (à qui ils ont fait des promesses de millions d’emplois) et accroître la richesse de leur nation. Ils créent des structures d’accompagnement, des incubateurs, des espaces de coworking… et proposent des programmes, le plus souvent inadaptés aux besoins réels des porteurs de projets, tout en espérant stimuler l’activité entrepreneuriale.

Ils font le pari qu’en augmentant le taux de création d’entreprises, l’économie va croître, ce qui va entraîner la hausse des richesses. Malheureusement, les gouvernements qui formulent de telles hypothèses comprennent mal les mécanismes souvent très subtils de l’entrepreneuriat et de la création de richesse. Le taux d’activité entrepreneuriale est davantage un effet découlant du niveau de richesse d’une collectivité ou d’un pays, plutôt que la cause de cette richesse.

Donc, c’est la croissance de l’économie nationale qui crée un effet d’entraînement sur la création d’entreprise et non l’inverse. Beaucoup d’études sérieuse (OCDE, Gallup…) ont montré que le taux de création d’entreprises dans un pays est inversement lié au niveau de richesse du pays. Cela veut dire que plus le pays est riche moins les gens entreprennent. Autrement dit, plus le pays est pauvre, plus les gens entreprennent. Dans ce dernier cas, on assiste le plus souvent à un entrepreneuriat de survie, donc de nécessité. Les pays les plus riches ont donc un taux d’activité entrepreneuriale plus faible.

Par exemple, aux États-Unis entre 1977 et 2011, le revenu réel par habitant a augmenté de 79%. Durant la même période, le nombre de nouvelles entreprises créées chaque année a chuté de 49 %. La France a vécu la même situation. Dès que le niveau de vie et la richesse des populations augmentent, les gens préfèrent être des salariés qu’être des entrepreneurs car le salariat leur apporte plus de sécurité. L’esprit d’entreprise est donc négativement lié à la croissance de la richesse parce que la hausse des revenus ouvre de nouvelles perspectives d’emplois bien rémunérés.

Dans les endroits les plus pauvres où il existe moins d’emplois de qualité, beaucoup de gens (diplômés ou non) se tournent vers l’entrepreneuriat pour espérer gagner leur vie. L’entrepreneuriat peut être un véritable levier de développement économique et social, de création de richesse, d’insertion sociale et de lutte contre le chômage de masse. Mais sa réussite dépend intimement des politiques économiques et monétaires définies au niveau national ou de l’union monétaire. Dans une zone monétaire optimale (c’est le cas des Etats-Unis contrairement à la zone euro et la zone Franc CFA), la banque centrale, en accord avec le ou les gouvernements, doit avoir pour objectifs de favoriser la croissance économique, de stabiliser les prix et de lutter contre le chômage.

Donc, la politique monétaire est un levier indispensable qui a une incidence directe sur la création d’entreprise. Par exemple, pour rationaliser la finance et rendre accessible les ressources financières pour les entreprises, la banque centrale (en accord avec les Etats) qui crée la monnaie, fixe le taux directeur et contrôle les banques commerciales, peut faire en sorte que les garanties et les taux d’intérêts pour les entreprises et les ménages soient plus souples. Les Etats doivent aussi créer des structures nationales d’accompagnement des porteurs de projets répondant aux besoins en terme de formations, de connaissance de la comptabilité et de la fiscalité, de gestion et de pilotage de projets, de connaissance des marchés…

Les entrepreneurs doivent être solidement préparés et encadrés comme s’ils participaient aux jeux olympiques. Car, une fois l’entreprise créée, quelque soit son domaine économique, elle sera directement confrontée à la concurrence internationale. Dans des pays comme le Niger, plus de 99% des produits vendus dans les magasins sont importés. Dans ces conditions, les Etats doivent protéger les entrepreneurs de la concurrence internationale. Il est pratiquement impossible de développer l’agriculture, l’industrie,… si l’Afrique continue à importer plus de 85% des produits manufacturés de l’extérieur. Il faut réfléchir à des mesures protectionnistes intelligentes pour protéger certains secteurs comme l’agriculture, l’élevage, l’industrie… par exemple.

Il est absolument indispensable que les gouvernements comprennent que les revenus des entreprises sont constitués essentiellement de la consommation des ménages et des achats de l’Etat. Ce dernier ne peut pas encourager les jeunes à entreprendre sans créer en même temps des mécanismes pour permettre aux petites et moyennes entreprises d’accéder aux commande publiques. Sans marché, il y a point d’entreprises. L’Etat doit créer les conditions d’une concurrence saine pour permettre aux entreprises de naître, de se développer, de créer de la richesse et de lutter contre le chômage de masse.

Pour éviter de détruire l’esprit d’entreprise et donner envie aux jeunes d’entreprendre, l’Etat doit combattre la corruption qui empêche l’accès aux marchés publics, indispensables au développement des entreprises. Au lieu de vouloir pousser tout le monde à créer des entreprises, il faut commencer par distinguer deux types d’entrepreneurs : les entrepreneurs par opportunité et les entrepreneurs par nécessité. Ces deux profils entrepreneurial n’ont pas les mêmes potentiels de développement et de création de richesse. De mon point de vue, c’est sur ces deux profils que doivent se concentrer d’abord les centres incubateurs ou les structures d’accompagnement pour mieux sélectionner les entrepreneurs à accompagner. Il faut surtout éviter de disperser les ressources.

Les entrepreneurs qui créent par opportunité sont généralement plus ambitieux, plus motivés, plus innovateurs et ont plus de chance de créer de la valeur ajoutée que ceux qui créent par nécessité. Il faut se concentrer davantage sur l’entrepreneuriat créateur de valeur, qui apporte des solutions aux vrais problèmes de la société.

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Adamou BOUBACAR, Entrepreneur

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5 plusieurs commentaires

  1. Cet article c’est du Kamé Kamé ! tantôt entreprise, tantôt monnaie tantôt fiscalité bref il fait du coq à l’âne et il n’ y a aucune expertise dedans. Les pourcentages ne me semblent pas aussi cohérents.

  2. C’est ce type d’article qui pemettra de mettre à nu les carences de notre système fiscal et du manque d’accompagnement politique pour soutenir le developpement de l’entreprise dans des pays tels que le notre. Il ne s’agit pas souvent de se lever et de vouloir entreprendre mais de se dire que l’on part pour une course de fond et non de vitesse. Même dans les pays développés, 3 ans est le minimum requis pour considérer qu’une entreprise est viable. Cela devrait se refleter au niveau de l’assiette fiscale. Ensuite préparer financière et mentalement l’entrepreneur que pendant 3 ans, il devrait avoir les fonds à injecter en cas de baisse de recettes pour soutenir l’effort requis…

    Ce sont de bons points qui sont soulevés dans cet article. Kudos!

  3. Je ne suis pas d’avis avec votre catégorisation de l’entrepreneuriat en 2 groupes dont celui d’opportunité et celui de nécessité tout en affirmant que le 1er crée plus de valeurs ajoutées.
    Si j’ai bien compris, on peut mettre dans le 2eme groupe, les ateliers de menuiserie , de couture, de mécanique auto etc… ce qu’on trouve plus sous nos cieux ? Si oui, c’est bien ce type d’entrepreneuriat qui sied ici et qui résorbe une bonne part du chômage des jeunes.

    • L’auteur categorise les 02 entreprenariats en terme de création de richesse et surtout de developpement et croissance dans une approche globale;qui je vous le concede est generaliste et theorique.
      L’interprenariat par necessité à mon sens comme son nom l’indique est par essence juste alimentaire et inherent à notre tissu social et économique « defaillant ».
      Il est fait par defaut.

  4. Très belle analyse! Pourtant l’entreupreunariat(agrosyvopastoral, artisanal, etc) semble etre le principal moteur devant conduire à l’industrialisation de nos pays et donc au développement social et économique . Encore que le developpement est encore à redefinir , sans oublier les politiques publiques extraveties qui sont à revoir et à etre recentrées. On peut se passer des soit disant conventions internationales qui verouent nos potentiels, notamment le fameux principe du liberalisme commercial, taillé sur mesure.

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