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Congrès du SNEN : Le printemps arabe des enseignants

Abdou Abdourahamane, nouveau SG du BEN/SNEN

Abdou Abdourahamane, nouveau SG du BEN/SNEN

Les rideaux sont tombés vendredi 28 décembre dernier sur les travaux du 38ème congrès ordinaire du Syndicat National des Enseignants du Niger (SNEN). Un congrès rugueux dans la tradition du SNEN et aussi dans un air de printemps arabe des enseignants.

Le 38ème congrès a soufflé fort sur le bureau sortant : sur les 19 membres de l’équipe qui s’est présentée à Tahoua, seuls 6 ont pu sauver leur mandat, 13 ont été emportés par la furie des congressistes qui, dès les débuts des travaux ont réclamé la tête du SNEN. Et ils l’ont obtenue. La patronne du directoire du SNEN, son premier adjoint ainsi que le secrétaire financier sont coup sur coup sortis du jeu alors qu’ils briguaient un autre mandat. Le nouveau bureau du SNEN sera désormais dirigé par Abdou Abdourahamane qui a recueilli le vote de 61 sections sur les 73 que compte le SNEN sur l’ensemble du territoire national. Dès l’ouverture des travaux du 38ème congrès qui se tient à Tahoua, la secrétaire générale du SNEN Mariama Chipkaou a voulu sauver son bureau exécutif.

La direction du syndicat a fait ce qu’elle a pu avec les moyens qui sont mis à sa disposition. Dans son allocution d’ouverture, elle a ouvert un large chapitre pour brosser un tableau pas très fort sur la situation de l’école, la banalisation de la fonction enseignante et ce qu’elle a appelé la déliquescence du système éducatif. «Cette déliquescence du système éducatif se manifeste par la banalisation de la profession enseignante, par une injustice certaine dans la rémunération, une absence de programmation et d’anticipation sur les effectifs des élèves, le recrutement des enseignants sans qualification professionnelle, l’abandon massif des enseignants… », a indiqué Mariama Chipkaou qui a aussi exprimé de grosses déceptions sur les autorités de la 7ème République. Le SNEN a fondé beaucoup d’espoir sur les autorités de la 7ème République, mais hélas, a lâché la patronne du SNEN.

Pour séduire les participants au 38ème congrès de Tahoua, la Secrétaire Générale s’est voulue aussi plus rageuse à l’endroit du gouvernement. «Au SNEN, un acquis reste un acquis. Par conséquent, aucune tentative de remise en cause d’un acquis ne saurait être comprise et acceptée par le SNEN, car, il faut le souligner, le syndicalisme de revendication et de lutte est notre ligne de conduite », a-t-elle martelé. Et s’il y a eu des faiblesses dans le bilan du bureau exécutif du SNEN, tout le monde devait s’assumer. «C’est cela assumer son devoir syndical. Et ce rôle, notre syndicat ne peut l’assumer que lorsque chacun de nous s’investit pour respecter les principes syndicaux, défendre son syndicat et lui donner les moyens, y compris financiers de pouvoir mener tous les combats », a déclaré Mariama Chipkaou.

Allusion très claire aux difficultés dans le recouvrement des cotisations syndicales. Trois jours durant, du 25 au 27 décembre, les participants au congrès ont engagé des débats et dès le premier jour le vent a commencé à souffler contre le bureau sortant avec l’avis défavorable formulé par la redoutable CCAF, Commission du contrôle administratif et financier, sur le bilan du mandat du bureau exécutif du SNEN. Les débats en plénière étaient rudes et se poursuivaient même dans les coulisses : le bureau du SNEN n’a pas travaillé, il faut le sanctionner, il faut assainir, plaident les congressistes très amers. Les travaux en commission sur les thèmes «le syndicalisme nigérien à la croisée des chemins : quelle alternative pour le SNEN » ou «la politique éducative du Niger :

quels enjeux et perspectives pour le SNEN », la rédaction de la déclaration de politique générale du SNEN, les travaux sur la plateforme revendicative, sur les textes fondamentaux, n’ont pas entamé l’ardeur des congressistes. Après Maradi en 2009, le congrès 2012 de Tahoua ne dérogera pas à la règle, les militants ont encore en mémoire les débats houleux du congrès de 1999 à Tahoua il y a de cela 23 ans, avait prévenu le Secrétaire Général de la Coordination syndicale régionale de Tahoua. Au troisième jour des travaux, la tension était au sommet et le consensus difficile lors de la présentation en plénière des conclusions de la commission des textes fondamentaux sur une disposition relative à l’adhésion des enseignants occupants des postes de responsabilité administrative notamment les DREN, les inspecteurs et conseillers pédagogiques.

Faut-il les admettre au sein du SNEN alors même qu’ils ne répondent pas au mot d’ordre du syndicat et que ce sont eux qui dressent la liste des grévistes ou les exclure alors qu’ils peuvent aussi apporter leur encadrement aux enseignants ? Au fort des débats, le président de la commission des textes fondamentaux va démissionner en plein débats pour n’avoir pas pu obtenir leur exclusion. Un autre point à débat a porté sur la plateforme revendicative qui a présenté un paquet de 103 revendications pour toute la durée du mandat de trois ans du bureau qui sera mis en place. La barque est trop chargée et toutes les conditions sont créées pour faire échouer la prochaine équipe, indiquent certains congressistes qui appellent au retour à une plateforme réaliste autour des points essentiels.

Certains congressistes qui redoutent une sorte de carte blanche en laissant le choix de « l’essentiel » à l’appréciation du bureau ont préconisé plutôt la définition d’une plateforme en concertation entre le BEN et les chefs des coordinations régionales. Véritables détenteurs du pouvoir, ce sont eux les coordonnateurs régionaux qui définissent la carte du SNEN. Ce sont eux qui font et défont les candidats. Ils ne participent pas au vote lors de l’élection des membres du bureau, mais ils contrôlent fidèlement leurs sections syndicales. Il faut dire que dans la procédure du SNEN, ce ne sont pas les congressistes qui votent directement au moment de l’élection des membres du bureau, ce sont les sections. Sur l’ensemble du territoire national, le SNEN compte 73 sections syndicales, et les huit coordinations régionales chapeautées par les coordonnateurs sont constituées des sections.

Des 4 candidats inscrits au poste de secrétaire général du SNEN, il n’y aura à l’arrivée qu’un seul pour affronter un autre candidat sorti au dernier moment par un jeu de mobilité. Et aussi, indiquet- on en coulisses par le calcul subtil et insaisissable des patrons régionaux qui font en fait figure de véritables grands électeurs du système SNEN. 4 candidats à l’affiche pour le poste de secrétaire général, la Secrétaire Générale sortante Mariama Chipkaou, le secrétaire général premier adjoint Gaya Garka, Ada Assoumane Sarkin Halbi jusque-là le bouillant secrétaire à l’organisation et Moumouni Boureima secrétaire général de la CSR de Niamey. Le jeu de mobilité peut commencer. Et la machine va presque s’emballer dans la cascade des mouvements.

Les coordinations syndicales régionales annoncent le retrait ou le redéploiement de leurs candidats. Niamey retire la candidature de Moumouni Boureima, Mariama Chipkaou qui a bien jaugé les humeurs du congrès annonce à son tour le retrait de sa candidature sous une pluie d’approbation, puis suit le retrait de Ada Sarkin Halbi qui se replie au poste de secrétaire général deuxième adjoint, un poste où n’était enregistrée aucune candidature. Gaya Garka maintient sa candidature au poste de secrétaire général en même temps que la CSR d’Agadez retirait son candidat Abdou Abdourahamane du poste de secrétaire général premier adjoint pour le redéployer comme candidat au poste de secrétaire général. Ainsi, l’ultime bataille va opposer Gaya Garka à Abdou Abdourahamane qui va l’emporter haut la main par un score sans appel de 61 voix contre 11 pour Gaya Garka et un bulletin nul.

L’excuse invoquée par Gaya Garka n’a pas suffi à le sauver : «j’aurais pu être SG si Kassoum ne m’avait pas trompé, je pensais qu’il allait être candidat et j’allais continuer à apprendre auprès de lui», a-t-il lancé avant les élections, parlant du congrès de Maradi et en rejetant l’échec du bureau sortant sur la responsabilité de Mariama Chipkaou. La bourrasque allait l’emporter et l’onde de choc va passer sur le secrétaire financier Idrissa Moussa ainsi que le secrétaire aux affaires mutualistes Ali Adamou, deux figures flamboyantes du SNEN. L’ancien secrétaire à l’organisation qui a quitté sa candidature au poste de secrétaire général a pu se maintenir au poste de secrétaire général 2ème adjoint avec 72 voix sur 73, Issoufou Arzika, ancien membre du BEN a pu aussi se faire élire au poste de secrétaire général 1er adjoint contre Laouali Issoufou de la coordination régionale de Maradi par un score de 60 voix contre 13.

Au total, ce sont 13 membres du BEN sortant qui ont été emportés par le printemps arabe des congressistes du SNEN qui, depuis le départ du congrès avaient pour seul mot d’ordre : sanctionner et assainir.

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6 plusieurs commentaires

  1. le congrés est souverrain , mais c’est une erreur que le secrétaire aux affaires mutualistes Ali Adamou soit ejecté, il rendait bcoup de service au SNEN surtout a la section H du ministere des finances , helas

  2. les sidibé et consorts vous êtes avertis

  3. Si nos partis politiques appliquaient les memes regles de democratie pour designer leurs dirigeants, le pays n’aurait pas ete pris en otage par une bande de cleptomane completement depassee, sans ambition et qui ne pense qu’a vivre au crochet de l’etat. Suivez mon regard.

  4. Chipkaou a combattu Tazartché pour cela elle mérite un 2ème mandat. Je finis avec cette interrogation: Ce nouveau bureau sera t-il collaborateur du gouvernement ou un simple partenaire social?

  5. Cette tornade prouve et atteste la vitalité syndicale qui règne au sein du SNEN le rapprochement de l`ancien directoire du syndicat a suscité une méfiance de la base sur sa capacité à relever les défis..Bonne chance au nouveau BEN

  6. felicitation au nouveau bureau et bon travail,surtout il faut sortir pour enseignè les enfants du peule au lieu de restè dans les bureau pour revendique l’impossible

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