Home ACTUALITE Contribution pour une amélioration des performances de la Gouvernance de la Ville de Niamey…

Contribution pour une amélioration des performances de la Gouvernance de la Ville de Niamey…

Monsieur Mouctar Mamoudou, Urbaniste, Aménagiste, Expert Ville en Développement, Président de la délégation Spéciale de la Ville de Niamey.

Suite aux différents commentaires et autres réactions concernant l’insalubrité dans la ville de Niamey, il m’est apparu nécessaire d’apporter une modeste contribution à travers le présent article , afin de permettre aux uns et aux autres de mieux appréhender la question en la recadrant dans un contexte global, à savoir celui de la problématique de la gouvernance municipale .

En effet, considérée comme un manque d’hygiène et de confort au sein du milieu de résidence, l’insalubrité concerne les déchets solides, les eaux usées, les eaux de pluie stagnantes, voire les voies dégradées. Elle regroupe ainsi des composantes de l’assainissement qui lui-même constitue une préoccupation de la gestion du cadre de vie à laquelle sont quotidiennement confrontées les autorités municipales.

Au regard du statut de Capitale, de la taille et des tendances d’évolution de la ville de Niamey, cette gestion est sujette à des problèmes d’ordre administratif, technique, financier, territorial et politique que la question de l’insalubrité a permis de mettre en relief ; et par conséquent de s’interroger sur les méthodes et pratiques de gouvernance de la Capitale. Il s’agit donc d’analyser en premier lieu le contexte d’évolution de la ville de Niamey , ensuite d’identifier les défis majeurs auxquels font face les autorités gestionnaires de la ville de Niamey ,ainsi que certaines lacunes de la gouvernance, et enfin de proposer quelques actions pouvant permettre d’affronter ces défis avec plus d’efficience, et par conséquent d’améliorer les actes de gouvernance.

1. Contexte d’évolution de la Ville de Niamey La ville de Niamey qui a l’origine n’était qu’un petit village, est aujourd’hui devenue une agglomération millionnaire confrontée à un processus de croissance urbaine en plein essor qui nécessite d’être maîtrisé. Ainsi sur le plan démographique, la population est passée de 35 000 habitants en 1960, à 28 000 en 1977, 600 000 en 1984, puis 800 000 en 2000, pour atteindre 1 200 000 personnes en 2010, date à laquelle la ville de Niamey concentrait en son sein 39 % de toute la population urbaine du Niger.

La population actuelle peut être estimée à 1 500 000 habitants. En accompagnement de cette croissance démographique, la croissance spatiale à travers les extensions urbaines est passée progressivement de 820 hectares (ha) en 1960, à 2460 ha en 1977, puis 5580 ha en 1984, pour atteindre 25 000 ha en 2010 Aujourd’hui la superficie urbanisée peut être estimée entre 35000 et 40 000 ha Il convient de noter que toutes ces extensions urbaines ont été réalisées sur des terrains supports d’activités agricoles. A titre d’exemple, en 1990 avant la réalisation de certains lotissements, les cultures pluviales (mil – niébé – sorgho) pratiquées à la périphérie de la ville occupaient respectivement – 13 887 hectares pour le mil avec une production annuelle moyenne de 5280 tonnes – 11 492 hectares pour le niébé avec une production annuelle moyenne de 5289 tonnes ;

– 1465 hectares pour le sorgho avec une production annuelle moyenne de 1465 tonnes ‘’. (source : profil des interactions entre la problématique foncière et le développement de l‘agriculture urbaine- dans la ville de Niamey – RFAO/ROC 2OO1 De nos jours tous ces sites de production ont été envahis par les lotissements.

2. les défis majeurs Le contexte d’évolution met en relief deux défis majeurs :

– la croissance démographique ;

– la croissance spatiale. La croissance démographique de par son essor, traduit l’intensité de la polarisation ainsi que la position dominante de la capitale dans l’armature urbaine du pays .Elle engendre des préoccupations diverses directement liées au cadre et aux conditions de vie, donc à la gestion urbaine. Quant à la croissance spatiale, elle intensifie les problèmes de déplacement et va nécessiter des investissements considérables pour la viabilisation des lotissements réalisés. La gestion de tels défis nécessite des moyens administratifs, techniques et financiers appropriés, mais aussi une vision stratégique du devenir de la Capitale.

3. Les moyens de la gouvernance

3 .1 Sur le plan administratif. La décentralisation confère à la ville de Niamey des prérogatives de «pouvoir local », c’est-à-dire celles de la libre administration et gestion de son territoire ; donc d’une autorité qui doit lui permettre d’être capable de traiter efficacement tous les problèmes engendrés par la croissance urbaine. L’organisation administrative interne et le mode de fonctionnement doivent donc être articulés autour de diverses compétences allant de la planification au contrôle de l’occupation du sol, en passant par la programmation, la réalisation des investissements et la gestion.

Ces actions nécessitent non seulement des ressources humaines répondant quantitativement et qualitativement aux missions ci-dessus évoquées, mais aussi des équipements matériels appropriés. La question est donc de savoir si l’organisation administrative actuelle de la ville de Niamey est en adéquation avec l’objectif de maîtrise de la croissance urbaine. La réponse à cette question passe par la réalisation d’un audit organisationnel, qui permettra en tant que de besoin, d’envisager des mesures de réorganisation, de renforcement des capacités, de redéploiement, et/ou de recrutement. Au titre du renforcement des capacités, des sessions de formation pourront être organisées au profit des élus et des cadres municipaux dans les domaines de la planification urbaine, des méthodes de partenariat, et de la mobilisation des investissements.

Pour rendre plus visibles les actions et les activités, les autorités municipales doivent mettre en place un cadre permanent d’information et de dialogue avec les organisations de la société civile, particulièrement les associations de quartier dont il faut encourager la création. Ces associations pourront entre autres assurer la préservation des espaces réservés pour équipements collectifs , animer des discussions sur les droits et devoirs de la population et formuler des observations sur des projets d’aménagement urbain revêtant un impact social avéré.

Ledit cadre servira également de support à l’organisation de rencontres sur des thématiques relatives au cadre de vie. La coordination sera assurée par une cellule Information et Relations Publiques (C.I.R.P) 3 .2 Sur le plan technique Gérer une ville abritant 1 500 000 habitants, nécessite de disposer d’outils de planification et de contrôle de l’occupation et de l’utilisation du sol. En effet au vu des tendances d’évolution démographique et spatiale, la ville de Niamey doit être dotée d’un document de planification stratégique qui définit les perspectives de développement économique, social et spatial de la Capitale à long terme (15 à 20 ans).

Un tel document permet d’assurer une mise en cohérence spatiale des investissements en matière d’infrastructures et d’équipements collectifs. Or depuis près de deux (2) décennies, la ville de Niamey ne dispose plus d’un document de cette nature, le dernier étant arrivé à échéance en 1999. Cette absence, ajoutée au laxisme des autorités tant centrales que municipales, a servi de vecteur à la situation de gestion très désastreuse du foncier engendrée par les multiples lotissements réalisés par les « promoteurs fonciers » privés Les conséquences d’une telle situation d’extensions urbaines incontrôlées sont très préjudiciables pour le devenir de la capitale, notamment par rapport à la localisation des investissements dans les domaines des logements sociaux, des grands équipements sociaux et marchands, et d’emprises des grandes voies de circulation ; et ce parce que les espaces nécessaires pour les recevoir n’ont pas été programmés et réservés.

Ce sont là des éléments qui mettent en relief certaines lacunes qui entravent la gestion urbaine. Pour y remédier, nous recommandons les actions suivantes :

a) Mise à jour des cartes et plans généraux et thématiques ;

b) Elaboration dans les meilleurs délais d’un document de planification urbaine, qui doit accorder une attention particulière à la question de la territorialité. En effet, bien que la ville de Niamey ait atteint ses limites territoriales, sa croissance spatiale se poursuit sur les territoires des communes environnantes de Kollo, Karma, Hamdallaye et Liboré. Compte tenu de la proximité de ces entités et de la forte attractivité exercée sur elles par la ville de Niamey, le périmètre d’étude doit porter sur une vaste aire géographique qui peut être qualifiée d’aire urbaine de la Capitale.

c) Aménagement de Zones d’activités offrant de bonnes conditions d’accueil des investisseurs ;

d) Réalisation des opérations d’amélioration des conditions d’exercice des activités économiques existantes Ces deux actions seront initiées en collaboration avec la Chambre de Commerce. Un bulletin périodique d’information économique pourra être édité à cet effet à l’intension des investisseurs e) Réorganisation des services techniques à travers trois (3) directions :

– Planification urbaine (croissance démographique – extensions urbaines – évolution économique – programmation des actions prioritaires) ;

– Aménagement urbain et gestion foncière (production et viabilisation des terrains à bâtir – accès aux parcelles -opérations d’amélioration de l’habitat – contrôle de l’utilisation du sol) ;

– Infrastructures et équipements collectifs (voirie – circulation – assainissement – alimentation en eau et électricité – équipements administratifs, sociaux et marchands) Une telle répartition permet d’avoir une meilleure visibilité dans les responsabilités et les activités, tout comme elle assure une cohérence dans les tâches.

3.3 Sur le plan financier La réalisation des études ainsi que celle des opérations d’aménagement urbain, tout comme les activités de maintenance des infrastructures, nécessitent des moyens financiers et matériels appropriés. La ville de Niamey doit donc fournir plus d’effort dans la mobilisation des ressources en vue d’accroître ses capacités d’auto  financement.

L’effort de mobilisation doit se traduire par un net rehaussement des réalisations des recettes par rapport aux prévisions. Ceci signifie que les autorités municipales doivent disposer de toutes les données relatives au potentiel fiscal, et d’un dispositif de collecte et de recouvrement qui soit en adéquation avec ledit potentiel fiscal. Pour ce faire, la réalisation d’un audit financier est nécessaire, afin d’établir un état des lieux de la situation financière, et identifier les mesures nécessaires à l’amélioration des ressources financières pour une meilleur prise en charge des services urbains. En résumé, la gestion des problèmes d’une ville en pleine croissance comme Niamey, ne peut se faire à coup d’actions ponctuelles.

Seule une planification stratégique peut permettre de prendre en compte les défis engendrés par cette croissance, servant ainsi d’outil d’aide à la décision. Elle doit constituer de ce fait l’axe majeur de la gouvernance municipale basée sur la gestion administrative, technique, financière et politique. Toutefois il convient de souligner que la gestion politique impacte fortement sur les autres actes de gouvernance.

En effet les autorités municipales sont constamment soumises aux instructions des autorités de tutelle, aux interventions des partis politiques, aux sollicitations des organisations de la société civile, sans compter les conflits de compétences avec certains acteurs dont les rôles prêtent à confusion. En conclusion, la gouvernance de la capitale exige :

– Une vision (image à long terme – objectifs – programmes) ; Une gestion rigoureuse du patrimoine foncier et des moyens financiers et matériels (extensions urbaines programmées et contrôlées -préservation des réserves foncières – acquisitions foncières – accès aux parcelles contrôlés – contrôle des occupations e t utilisations du sol – dispositif approprié de collecte et de recouvrement – maitrise des dépenses -programmation et contrôle de l’utilisation du matériel de voirie et d’assainissement – un cadre permanent d’information et de dialogue) ;

– Un personnel et des conseillers municipaux capables d’initier et de mettre en œuvre une stratégie de promotion d’un développement local durable, moteur des transformations et d’amélioration du cadre et des conditions de vie, et vecteur de l’émergence de la capitale nigérienne. Par conséquent, quelle que soit l’équipe municipale qui aura en charge la lourde mission de la gouvernance de la capitale, elle sera soumise à cet impératif.

Les choix des futurs candidats aux prochaines élections municipales doivent donc transcender les considérations subjectives. Enfin, nous devons tous œuvrer de manière citoyenne à l’atteinte de l’émergence de notre capitale, car chacun de nous désire vivre au sein d’un cadre de vie agréable.

[author ]IBRO ALKASSOUM [/author]

6 Comments

  1. Mr Ibro Alkassou, malheureusement pour la ville de Niamey, les competents et les adeptes du travail bien fait n’ont plus la cote dans ce pays. Helas, seuls les mediocres, les escrocs, les ignorants avec les grandes gueules ont droit de cite. C’est malheureux mais c’est cela la triste realite. Mais toute chose a une fin y compris le reigne des mediocres, des paresseux et des voleurs.

  2. Je me pose la question de savoir ce que nous pouvons bien attendre de cette nouvelle equipe quand des prejudices financiers de l´ordre de 3 milliards de cfa sont restes impunis. Soyons realistes. Cette nouvelle equipe ne viendra pas revolutionner les besognes qui ont eu cours dans la gestion de la ville depuis que celle ci a fait partie du partage politique. Tous les cadres techniques nigeriens ne sont pas pourris comme nos hommes politiques. Beaucoup parmi ces cadres ne revent que de faire leur preuve et compter sur leur merite pour progresser, mais il faut reconnaitre aussi que cette vertue a cesse d´etre avec la politisation de l´administration publique savamment entretenue par des hommes politiques dont la mediocrite n´a d´egale que leur cupidite et leur irresponsabilite vis-a-vis de l´etat. Ces memes hommes politiques continuent de troner au sommet de l´etat, chantant la meme musique, posant les memes actes avec les memes consequences desastreuses. La question qui se pose aujourd´hui a cette fameuse dream team de sauvetage de niamey est bien la suivante: Comment changer la danse quand la musique elle ne change pas ?

  3. Si des experts comme l’auteur de ce article sont associés dans le processus de prise de décision, Niamey Nyagnala serait avancée. Malheureusement au Niger les ressources humaines compétentes sont mal utilisées.
    L’article est une pertinente analyse. Si et seulement si tous les ingénieurs et autres apportent leurs contributions de la sorte et que le pouvoir politique en tienne compte , ça éviterait au pays de se faire escroqué par des soient disant experts ,marchands d’illusions venus d’ailleurs.

  4. Tout doit commencer par l’esprit de patriotisme. Que dois je faire pour mon pays pour qu’il avance positivement ? et non ce que je dois piller à mon pays. On a l’impression que d’autres ne savent pas pourquoi ils vivent? pourtant l’islam auquel nous prétendons adhérer recommande d’abord la propriété, le pardon, l’amour envers les autres et le respect des autorités. Une ville comme Niamey doit être diriger avec la plus grande rigueur et fermeté. Éviter la politique politicienne. Celui qui brule un centime de goudron doit payer. Les actes de vandalismes doivent être sévèrement punis. MAIS ATTENTION SACHEZ QUE LE BON EXEMPLE DOIT VENIR DES AUTORITES MISES EN PLACE CAR TOUT CE QUE VOUS FAITES LES GENS OBSERVENT.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Check Also

Déclaration de S.E.M Issoufou Mahamadou Président de La République, Chef De L’Etat, Président du Conseil de Sécurité des Nations Unies pour le mois de septembre 2020

Messieurs les chefs d’État et de Gouvernement, Monsieur le Secrétaire Général des Nations …