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Démissionnez camarades !

La date 10 avril 2017 restera dans l’histoire de la 7ème République comme un grand jour de la honte; en tout cas, pour toute une génération de personnalités politiques issues du mouvement étudiant. Cette date mérite d’être inscrite en caractères spéciaux dans l’horoscope de la génération militante des années 1990; car, elle fut à deux reprises l’occasion pour le mouvement étudiant nigérien de saisir la profondeur d’un des grands enseignements du philosophe Spinoza qui écrivait « Seul le pouvoir révèle l’homme ».

La 1ère fois, c’était en 1994, à l’occasion de l’assassinat de l’étudiant Tahirou Harouna, sous le régime de l’Alliance des Forces du Changement (AFC); une alliance politique composée essentiellement de partis issus de ce qu’on appelait à l’époque les forces démocratiques. La plupart des responsables de cette alliance, à l’exception notoire du défunt colonel Moumouni Djermakoye, Président fondateur de l’ANDP-Zaman Lahiya, étaient des anciens militants de l’Union des Scolaires Nigériens; c’est à dire des hommes et des femmes que rien ne prédestinait à lancer une horde policière contre des militants de l’organisation dont ils étaient pourtant tous si fiers de se réclamer devant les 1200 délégués à la conférence nationale souveraine.

A l’époque, l’actuel Président de la République, M. Issoufou Mahamadou, était Premier ministre, chef du gouvernement, au sein d’un exécutif dirigé alors par M. Mahamane Ousmane, aujourd’hui opposant. L’opposition politique de cette époque avait pour chef de file un certain M. Mamadou Tandja, et pour porte-parole, un certain Hama Amadou, tous deux figures emblématiques du régime militaro-civil du général Ali Saibou sous l’empire duquel, pour la 1ere fois dans l’histoire du Niger indépendant, les forces de l’ordre avaient ouvert le feu sur des scolaires manifestant pacifiquement.

La mort de l’étudiant Tahirou Harouna, à l’occasion d’une intervention des forces de l’ordre sur le campus universitaire, avait permis à cette opposition de donner de la voix et de dénoncer à son tour un assassinat inacceptable. C’était de bonne guerre, car, même si les circonstances de cette mort n’étaient pas celles des événements tragiques du 9 février 1990, elle montrait au moins que l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle génération de dirigeants issus des forces démocratiques n’avait pas mis un terme à la logique répressive du régime précédent.

Aujourd’hui, avec les événements tragiques du 10 avril 2017, qui interviennent vingt sept (27) ans après la tuerie du 9 février 1990, ceux qui avaient été décriés et fustigés comme des criminels, tiennent doublement leur revanche. D’abord, parce que, même s’ils étaient les premiers à avoir inauguré le bal macabre de la répression mortelle des manifestations non armées, le record en la matière est détenue par ceux qui les ont remplacé ; et ensuite, parce que, depuis deux jours, ce sont deux figures emblématiques du mouvement étudiant des années 1990, Mohamed Ben Omar et Moutari Kalla, qui tiennent le sale rôle de justifier l’injustifiable face au peuple nigérien.

De son exil parisien, le chef de file de l’opposition nigérienne, M. Hama Amadou, ancien Premier ministre, n’a pas manqué d’ironiser légitimement sur cette situation paradoxale à travers un message posté sur les réseaux sociaux. Ce message a été diversement accueilli par ses followers sur facebook, certains saluant une prise de position normale de la part d’un homme qui prétend diriger un jour le pays, et d’autres fustigeant un message teinté d’hypocrisie de la part d’un dirigeant qui n’a jamais été tendre avec le mouvement étudiant; mais, on retiendra que le message de l’opposant en exil, malgré la vague de réactions légitimement indignées qu’il a suscitées dans les rangs de ceux qui soutiennent le régime en place, a le mérite de montrer à nos anciens camarades qu’un jour viendra où ils seront même disqualifiés de s’indigner face à des crimes évidents que d’autres viendraient à commettre.

En tout cas, en lisant les réactions des internautes au message de condoléances du chef de file de l’opposition, tout esprit avisé ne peut manquer de s’interroger sur ce que seraient celles d’autres citoyens lorsque, dans quelques années, ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui viendraient à prendre position sur une situation pareille. Chers camarades Ben et Kalla, démissionnez, démissionnez sans attendre que la clameur publique vienne vous y contraindre, démissionnez et demandez pardon pour tout ce que vous avez raconté face à l’opinion nationale et internationale, démissionnez pour ne pas avoir à sentir ce que Hama Amadou a dû sentir en lisant les commentaires d’internautes lui rappelant des faits et des discours liés à sa gestion passée des crises et convulsions du secteur de l’éducation.

Démissionnez camarades, parce que les gens seront certainement encore plus durs envers vous qu’envers Hama Amadou, vous qui êtes issus du mouvement étudiant, vous qui avez pris une part active à la lutte pour le respect des franchises universitaires. Démissionnez et on vous pardonnera, nous savons que comme vous que « ce n’est pas la conscience qui détermine l’être social, c’est l’être social qui détermine la conscience « . Il y a aussi une vie hors des ministères.

[author ]Moussa Tchangari (Contribution FB)[/author]

51 Comments

  1. on a coutume de dire que ce sont les tonneaux vides qui font le plus de bruit. La génération des tchangari a l’usn a trouvé un terrain facile. C’est dommage que les Ali Sékou Mains, Boulama Agi Gana, Abdou Ibo (paix a son âme). Kaka Doka, Malam Issa, Sani Issa (paix a son ame) etc. n’interviennent pas dans les débats. Eux qui souffert, qui ont connu la prison, la torture de la coordination du célèbre Abdallah Wafi, l’exil devraient dire a Tchangari c’est quoi l’usn. Informée ces pseudo militants, bourgeois, qui ne connaissent même pas le prix du ticket de restaurant se faisant passer pour des cadres de l’usn. Les vrais dirigeants syndicaux n’ont jamais beneficie d’une quelconque faveur, Ils menaient une vie austere presque toujours en clandestinite,

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