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ACTUALITE - Politique - 21 mai 2021

Editorial : Assainir et moraliser : le sacerdoce du président Bazoum

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Avant d’aborder le sujet du jour relatif à l’assainissement et la moralisation de la vie publique nationale, nous sollicitons votre indulgence pour nous laisser vous narrer, en peu de mots, une petite histoire. Cela se passait, il y a près de 200 ans dans un village du grand empire islamique peulh de Sokoto. Un matin, un habitant de cette localité était monté sur le minaret de la mosquée du village pour appeler à la prière. Eberlués, les fidèles du village se regardèrent les uns les autres, car l’horloge indiquait 9 heures du matin, mais, tout de même, accoururent pour venir à la mosquée.

Sur place, ils aperçurent l’homme perché du haut du minaret qui criait ‘’ Allahou Akbar, la justice est morte, Allahou Akbar, la justice est morte’’ ! De quoi s’agissait-il ? Il se trouvait que l’homme en question était un paysan victime d’une spoliation de son lopin de terre par le chef du village. En effet, chaque jour, ce chef injuste grignotait sur le champ du paysan. La victime porta plainte devant la justice, mais rien n’y fit, la spoliation est consommée. De guerre lasse, il se résigna à cette mise en scène pour appeler à la prière afin faire de part au public de ses malheurs, en désespoir de cause.

La leçon cardinale à tirer de cette histoire pathétique, c’est l’impératif catégorique, au sens kantien du terme, d’instituer une bonne gouvernance dans un pays, une gouvernance juste, saine, fondée sur le respect des règles d’éthique et d’orthodoxie dans la gestion des deniers publics à tous les échelons de l’appareil étatique. A l’origine de l’éthique de la gestion publique, il y a l’éthique de la gestion des finances publiques. Ainsi, au centre de la notion d’éthique de la gestion des finances publiques se pose la cruciale question du rapport de l’administration et de ses agents aux deniers publics qu’elle collecte et emploie.

Tout l’enjeu de la question est là : comment gérer un bien qui n’appartient à personne (les deniers publics), mais qui appartient à tous ? La question n’est guère banale, car elle fonde la confiance que la société peut avoir dans la gestion du secteur public à la fois en termes de probité de ses agents, d’efficacité de leur action et, plus généralement, de crédibilité de l’Etat. Pour relever un tel défi, il aura fallu inventer une éthique de gestion publique fondée sur des règles et principes sacro-saints encadrant cette gestion, et sur une conscience individuelle et collective de la part des agents publics qui y sont voués. Partout ailleurs dans le monde où les deniers publics font l’objet d’une bonne gestion, c’est parce que ce cadre institutionnel et juridique rigoureux aura été mis en place, ainsi que cette morale individuelle et collective exigée des agents publics.

Au Niger, ces dernières années, l’assainissement et la moralisation de la vie publique sont devenus un enjeu national de premier ordre, tant les pratiques et comportements peu orthodoxes semblent constituer la règle et non l’exception. La conscience civique déclinant d’année en année devant le règne du fric et de la frime, certains citoyens nigériens auront abandonné toutes notions de patrie ou de nation pour se préoccuper uniquement de leur accomplissement personnel pour lequel ils sont prêts à piller, à voler les deniers publics. Face à ce péril national, les autorités de la Septième République avaient pensé trouver la panacée dans la création d’une institution comme la HALCIA (Haute Autorité de Lutte contre la Corruption et les Infractions Assimilées), mais très vite, cette institution qui avait connu des débuts prometteurs aura été plombée pour n’être plus qu’une institution de plus.

Aujourd’hui, le Président Mohamed Bazoum ambitionne de s’attaquer à ce monstre à mille têtes que sont les détournements de deniers publics et les pratiques corruptives. Il en avait déjà donné le ton dans son discours d’investiture, le 02 avril dernier, en avertissant qu’aucun parapluie politique ne serait offert à tous ceux qui viendraient à se rendre coupables d’indélicatesses dans la gestion de la chose publique ! Le faussaire de la Présidence en constitue la parfaite illustration, car bien que militant actif d’un parti politique de la majorité, il a été arrêté et écroué.

Les investigations se poursuivent pour savoir s’il avait agi seul ou avec des complices dans la chaîne budgétaire. Homme de droiture et de justice, le Président-philosophe entend inaugurer une présidence fondée sur les valeurs morales d’exemplarité qui doivent guider l’action publique, et pour cela il est prêt à aller jusqu’au bout de cet engagement. Il n’aura pas conquis le pouvoir suprême pour une partie de plaisir, mais bien pour satisfaire un haut idéal : réaliser le bonheur des hommes et des femmes dont il a juré sur le Coran de bien les protéger. On peut déjà le croire sur parole, car en trente ans d’engagement politique ponctué de responsabilités au haut niveau de l’Etat, personne n’a vu l’homme être confondu ou compromis dans un quelconque scandale lié à l’argent. Sa droiture et son intégrité morale ne souffrent donc, à cet effet, d’aucune ambigüité dans l’opinion publique nationale et internationale. D’ailleurs, lors de la campagne électorale passée, ses adversaires politiques n’avaient eu aucun argument sérieux à lui opposer en dehors d’une polémique inutile.

D’ores et déjà, les Nigériens applaudissent des deux mains cette noble intention pour protéger farouchement les deniers publics tout comme celle de réduire drastiquement le train de vie de l’Etat en supprimant certains postes-doublons crées uniquement pour caser une clientèle politique budgétivore et par-dessus tout totalement inutile ! Pour l’ensemble de nos compatriotes, il s’agira d’aller plus vite et plus profondément dans cette nouvelle dynamique d’assainir et de mettre surtout fin à l’impunité généralisée, car les lenteurs et autres tergiversations ont, bien souvent, raison des ardeurs et autres initiatives louables.

En règle générale, quand l’exemplarité vient d’en haut, le peuple suit et accepte les sacrifices qu’on lui demande de consentir. Le Président-philosophe vient donc d’ouvrir une page importante de sa présidence, aidons-le donc à la remplir d’actions louables au profit du peuple nigérien !    

Par Zakari Alzouma Coulibaly(onep)

6 Comments

  1. Toh! Pourvu qu’il ne s’agisse pas, là encore, d’un simple effet d’annonce visant, comme les fois précédentes, à se mettre l’opinion nationale « dans la poche ».

  2. N’est ce pas ce même éditorialiste qui chantait les louanges de Issoufou dans sa gestion clairvoyante des deniers publics à peine 2 mois de cela ? Maintenant que le vent a changé de direction, il raconte d’autres choses dans le seul but de se voir. Le Président doit d’abord se débarrasser de la plupart des courtisans qui ont enduit Issoufou en erreur s’il ne veut pas tomber dans le même trou. Actuellement nous sommes conscient de l’hécatombe dans lequel IM a plongé le pays. Même ses propres partisans le disent maintenant, histoire de se faire voir de l’autre côté du rivage.

  3. Certes le Président Mohamed Bazoum mérite d’être accompagné et soutenu, dans sa lourde et exaltante mission d’assainissement de la gestion des biens publics, mais lui aussi doit savoir , qu’il est impossible d’assainir avec des personnes dont la moralité est douteuse.
    Surtout quand il confie une mission d’enquête administrative à un monsieur, qui couche avec les femmes d’autrui dans les bureaux, une même a divorcé à cause de lui ,est sa collaboratrice actuellement . Leur force d’arguments : les intrigues, la calomnie, le mensonge.
    Aucune compétence.

    1. En tout cas, le monsieur à la tête de l’IGE et la clique de pétasses et de nervis autour de lui, ne saurait être l’homme de la situation. Lui-même (ou plutôt sa gestion) mérite une large et profonde inspection. Une inspection à la mesure de la démesure des centaines de millions qu’il a engrangés lors de son passage au Trésor. Allez-y enquêter du côté du Trésor, et vous en saurez suffisamment sur le carnage des ressources publiques qu’il a opéré en six ans. Les Ibou karadjé, Boubé « style féroce », Halarou (du Ministère de la Défense), feu Zakay, pour ne citer que ceux-là étaient tous ses vaches à la lait. Eux s’arrogeaient des marchés publics opaques, et Zourkaleyni procédait promptement à leurs paiements dans l’intérêt bien compris des différentes parties. Tout le monde, au Trésor, sait que pour un paiement de 500 millions, il fallait « lâcher » 10% (soit 50 briques) à Zourkaleyni, et donc 100 briques pour un paiement d’un milliard. Demandez surtout à un certain Hamidou Wali, ancien comptable au Trésor, il vous en dira des choses. Et c’est ce monsieur (Zourkaleyni) qui prétend aujourd’hui inspecter la gestion de quelqu’un tout en s’érigeant en « modèle » ou donneur de leçon? Soyons un peu sérieux, voyons!

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