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Entretien avec M. Souleymane Mahaman, réalisateur à l’ORTN : « Des projets de films pour faire découvrir les oasis du Kawar, les sites et monuments historiques dans le désert du Ténéré »

Le réalisateur de la télévision nationale et directeur de Tal TV M. Souleymane Mahaman est né à Dosso. Agadésien, il a fait le tour du Niger dès le bas âge au gré des affectations de son père qui était dans le commandement, dans les années 60. Après le collège et le lycée à Niamey, il est admis à un concours de l’institut de l’audiovisuel à Paris en 1980. A l’issue d’une formation en audiovisuel pendant deux (2) ans, il revient au Niger nanti d’un diplôme de monteur film.

C’est ainsi qu’en 1982, Souleymane Mahaman commença à travailler à l’ORTN, et au fil des années, il évolua vers la réalisation parce qu’à cette époque, on tournait en film.  »Et j’étais monteur film et 1986 quand la pellicule s’est arrêtée on est passé à la vidéo. Nous anons été reversés dans les rubriques de documentaires au niveau de la télévision nationale.

C’est là que j’ai démarré mes fonctions de réalisateur, assistant réalisateur, puis j’ai commencé à faire moi-même mes documentaires jusqu’à aujourd’hui. Même étant Directeur de Tal TV, j’ai continué parce que je me suis dit que c’est mon métier, je ne dois pas l’abandonner comme ça et même à la retraite un réalisateur ne doit continuer à produire ».

Dans la région d’Agadez, dès qu’on voit un documentaire sur le Sahara, on pense aussitôt à vous. Avez-vous un projet en cours pour le désert ?

A Agadez, j’ai fait une partie de mon enfance, j’ai vécu tout petit encore certaines cérémonies et certaines fêtes et cela m’a beaucoup permis de revenir vers cette culture que j’ai essayé de comprendre par la suite. A l’époque bien sûr, je n’avais pas la maitrise technique pour faire comme aujourd’hui, car j’ai réalisé beaucoup de films sur le désert, Agadez et sur toutes ses traditions : le Bianou et les différentes fêtes, des rencontres avec des femmes âgées qui avaient de la mémoire pour raconter certaines histoires, etc.

A chaque fois que je viens à Agadez, il y a des personnes qui me disent, il y des choses à filmer, si cela t’intéresse on te montre et ça m’a beaucoup permis d’aller vers cette culture et de la faire découvrir au public pour qu’il sache qu’il y a une culture qui est là, qui est encore conservé et cette fois ci je suis venus, bien que j’ai fait un film par rapport au sultanat d’Agadez. Et je pense que cette intronisation m’inspire d’aller beaucoup plus en profondeur.

Au sultanat, j’ai pris toutes les faces cachées, les dignitaires, leurs rôles, leurs fonctions, je vais revoir mes films, pour introduire ce que j’ai vu maintenant avec des images assez récentes. Les gens peuvent connaitre à travers ces réalisations qu’est-ce qu’un sultan de l’Air. Ce n’est pas seulement un sultan d’Agadez, c’est un sultan de l’Air que les gens comprennent tout ce qu’il y a autour de cette chefferie, les différentes tribus qui sont rattachées à ce sultanat.

Vous voulez faire une grande production pour nous faire découvrir les oasis du Kawar. Dans cette grande aventure dans le Ténéré que nous souhaiterions voir sur les écrans, il vous faut des moyens conséquents et un investissement lourd. Comment comptez-vous concrétiser ce projet ?

Au fait, j’ai fait déjà de repérages dans les oasis .Mais je pense que pour comprendre les populations qui y vivent, il faut rester un bon moment, voir leur quotidien, partager leurs soucis, leurs problèmes, leurs cultures pour que ce ne soit pas un film de transition, mais un film qui prendra beaucoup de temps sur une oasis, un village, le désert. Ce n’est pas quelque chose qu’on peut tourner en une semaine, cela nécessite un temps pour le réaliser, beaucoup de moyens.

Je pense proposer un dossier assez consistant qui intéressera les bailleurs de Fonds : l’OIF, l’UE et l’Etat du Niger. Je pense que si le dossier est assez accepté nous atteindrons les objectifs visés .J ‘ai pas peur de trouver le financement et je pense que je peux être aidé pour le faire.

Dans le Kawar, des lieux historiques tels les forts du Djado, Fachi qui sont en train de se dégrader. Qu’est-ce que vous comptez faire pour apporter votre contribution à ce que ces monument, longtemps victimes des intempéries et menacés un jour de disparaitre soient classés site du patrimoine mondial de de l’UNESCO ?

Je pense que ce sont des sites en voie de délabrement et c’est un patrimoine qu’on ne peut trouver nulle part ailleurs qu’ici à ma connaissance .Les Ksars il y en a quelque part dans certains pays magrébins avec la pénétration de l’islam, ils ont été construits par des érudits musulmans et moi ce qui m’intéresse ce sont ceux dont qu’il est question aujourd’hui c’est à dire ceux se trouvant à Yaba, Djado, Fachi, etc. Il faudrait dans notre démarche, mettre un accent très particulier pour pouvoir touchez les sensibilités de ceux qui peuvent faire en sorte que ce soit un patrimoine de l’UNESCO, puisque c’est des démarches et moi je pense que si un film montre vraiment le soucis que nous avons pour réhabiliter ces monuments, il n’y a pas de raisons à ce que les gens ne soient pas sensibles pour leur réhabilitation.

C’est quelque chose qui doit interpeller tout le monde parce qu’au Niger, s’il y a dans d’autres régions des sites et monuments qui se trouvent dans la même situation, il faut les réhabiliter pour que les gens viennent visiter ces lieux, ça peut faire quelque chose pur l’économie nationale.

On a une pensée pour Assodé dont les élus locaux se débattent pour réhabiliter le site en vue de son classement au patrimoine mondial par l’Unesco. Avez-vous un projet pour ce site ?

Il est vrai que quand j’ai tourné un film par rapport aux monuments et sites, on s’est intéressé au site d’Assodé, mais de manière très légère. Je crois que, si je dois retourner, il faudrait qu’on mette un accent particulier sur ce site, faire un travail de recherche, avoir vraiment beaucoup d’informations, de contacts, de renseignements, même de la tradition orale, pour que tout ce que je dois faire soit bien ficelé pour en faire un dossier qui peut vraiment gagner la confiance des bailleurs de Fonds .C’est une œuvre qui peut porter loin l’image même du pays.

Un grand évènement à l’image du Programme Agadez Sokni, de surplus fêté dans une ville historique et riche en culture et en histoire, c’est une source d’inspiration pour un grand réalisateur comme vous. Que retient l’œil du réalisateur par rapport aux réalisations du Programme Agadez Sokni ?

Cela fait un an que je ne suis pas venu à Agadez et quand je suis arrivé, j’étais ébahi par les réalisations qui ont été faites. Même dans l’ancienne ville je pense que c’est quelque chose de très important. Malgré les constructions faites en matériaux définitifs on sent les figures, les motifs. Mais cela m’inspire et je pense qu’on a pensé allier modernité et tradition sans bien sûr écorcher la sensibilité des gens.

Et je pense que ça peut être une option pour faire un film par rapport à cette modernisation en gardant un visage des traditions d’Agadez. Vraiment on n’ pas touchez à ce qui peut être l’orgueil d’Agadez : les lieux saints, les mosquées, les rues tout a été gardé tel, bien que des retouches ont été faites en ce qui concerne l’assainissement, les voies pavées. Et je pense qu’Agadez SOKNI, a vraiment été une réussite dans la façon d’exploiter l’espace, l’architecture.

Quand on vous aborde pour la première fois, on a cette impression d’avoir devant soi un homme timide, mais qui se révèle au travail comme un véritable meneur d’hommes, à l’image d’un bon officier au combat. Quand pensez-vous de cette remarque ?

Une fois j’ai rencontré un de mes professeurs de collège et il m’a dit :  »mais par comment toi, timide comme ça, tu arrives à faire ces choses-là  » ? La timidité c’est ma nature et j’essaie de la travailler comme ça et au niveau du travail, quand on arrive à certaine maitrise de la technique, quand on arrive à une certaine maitrise du personnel que vous avez à votre disposition pour faire un travail, il faut leur transmettre ce que vous voulez voir à l’écran et là-dessus, je suis très rigoureux.

Quand il y a un travail, je prends le temps de le préparer, d’inculquer la valeur du travail aux gens et au bout le résultat est remarquable .Et nous avons des échos qui nous parviennent sur les résultats de nos travaux. Ce qui importe le plus, ce sont les résultats et tous ceux qui travaillent avec moi le savent. La timidité ne m’empêche pas de travailler.

Quand vous réalisez certains clips vidéos on a l’impression que cette passion du désert vous suis .Et même dans la région de Niamey au bord du fleuve, vous trouvez toujours un petit coin du désert pour la réalisation de vos documentaires. Pourquoi cette passion du désert ?

Même sur les rives du fleuve il y a le désert, il y a le sable. Si on me demande pourquoi cette passion des dunes de sable, de désert je dirais que même sur le fleuve, il y a le désert .Nous sommes dans le désert et il est partout au Niger .Allez visiter les bords du fleuve vous le trouverez.

Côté équipement, on va vers la TNT. Pour le réalisateur que vous êtes, que représente une telle perspective ?

Effectivement, maintenant nous amorçons la transition vers la TNT et tout le matériel acquis par l’ORTN est en train de venir à Niamey. Déjà le car vidéo est à l’ORTN et les régies sont prêtes à être installées. Je pense que dans les six (6) mois à venir, les gens constateront que l’ORTN, ou du moins la chaine de télévision nationale, présentera un nouveau visage avec ce matériel.

Ce qui va être compliqué dans un premier temps c’est la formation car même si vous disposez d’un matériel de pointe s’il n’y a pas des hommes pour l’exploiter cela ne fera pas l’effet escompté. Je crois qu’il faut former des techniciens de maintenance, d’exploitation, en technico artistique.

Nous allons passer à la haute définition et la formation s’impose pour cette migration vers la TNT afin que cette celle-ci se fasse sentir sur nos programmes, sur nos diffusions.

À propos de l'Auteur

Réalisé par Abdoulaye Harouna

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