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FORMATIONS ET QUALIFICATIONS DES ENSEIGNANTS AU NIGER

Enseigner est un métier exigeant et noble qui permet de former les jeunes, devenir de la nation. Pour dispenser un cours, quelque soit le niveau, il faut normalement  disposer de connaissances solides  dans la discipline ou le niveau concerné et d’un certificat d’aptitude pédagogique. A  l’heure actuelle au Niger, du Primaire à l’Université  la situation de formation et qualification des enseignants se présente  comme suit :

  • Les qualifications aux différents niveaux d’enseignement

Au primaire le corps enseignant est constitué d’instituteurs ou d’instituteurs adjoints, issus des écoles normales mais aussi de jeunes, sans aucune formation pédagogique, titulaires  du BEPC (Brevet d’Etude du Premier Cycle), ou du  baccalauréat ou de tout autre diplôme jugé équivalent.

Dans l’enseignement secondaire, les professeurs  des collèges et lycées  sont issus de l’Ecole Normale Supérieure (ENS de Niamey), du Centre Amir Sultan (enseignants du Franco-arabe) des Facultés des Sciences de l’Education (FSE de Maradi, Tahoua ou Zinder) ou alors ce sont des jeunes nantis de titres universitaires très divers, également sans formation pédagogique. Généralement ceux qui ont  des diplômes correspondant au baccalauréat  plus deux ans (DUEG, DUEL, DUES, DUT, etc.) enseignent dans les collèges et  ceux qui ont le baccalauréat plus trois ans (Licence, etc.) et plus (Maitrise, CAPES,    etc.) dans les lycées. On trouve parfois des bacheliers C ou D qui enseignent  les disciplines scientifiques (Maths, PC, SVT) dans les collèges, par insuffisance d’enseignants ayant le profil requis. Cette mauvaise conjecture fait que par exemple  le français est enseigné dans les CEG, CES et lycées par des diplômés de lettres modernes (ce qu’il faut) mais aussi des linguistes, sociologues, communicateurs, philosophes, juristes etc. et les sciences par des économistes, agronomes, topographes, ou des techniciens de commerce, marketing etc.

Dans l’enseignement secondaire technique, il faut avoir soit le diplôme universitaire de technologie (DUT) ou le brevet de technicien supérieur (DUT) pour le premier cycle, soit la licence ou le diplôme d’ingénieur pour le second cycle.

Au niveau de l’enseignement supérieur, on trouve les enseignants technologues et les enseignants chercheurs, titulaires  de doctorat, parmi lesquels  beaucoup n’ont pas de certificat d’aptitude pédagogique approprié à l’enseignement du supérieur. Les enseignants technologues assurent un enseignement intégré avec des cours théoriques et des travaux dirigés, pratiques et d’application. Quant aux  enseignants chercheurs, ils assurent  la double  activité d’enseignement des étudiants et la recherche scientifique dans la discipline exercée.

  • Le développement de l’accès et les enseignants contractuels

La mise en œuvre du  Programme Décennal de Développement de l’Education du Niger (PDDE 2003-2013), et la très forte proportion de jeunes dans la population ont entrainé un accroissement de l’accès à tous les niveaux. Pour pourvoir au besoin en personnel enseignant, le Niger a mis en place une politique de recrutement basée d’abord sur le volontariat en1998 puis la contractualisation à partir de 2003.

Les enseignants contractuels du Primaire et du Secondaire constituent aujourd’hui l’écrasante majorité du personnel enseignant craie en main (77,7% au Primaire en 2015 et  66,7% au secondaire en 2016). Ces contractuels travaillent dans les mêmes conditions que les enseignants titulaires et ont les mêmes charges horaires mais un salaire nettement inférieur. Cependant la  gestion  des enseignants contractuels est assez difficile à cause des  abandons à tout moment  de l’année scolaire et pour diverses autres raisons, sans préavis. Après quelques années de fonction, un certain nombre d’entre eux acquiert des habiletés pédagogiques par :

  • l’encadrement de proximité des directeurs   d’écoles,   des  conseillers   pédagogiques  et   des inspecteurs pédagogiques mais avec de fortes disparités selon les inspections ou directions départementales de l’enseignement secondaire.
  • la participation  à la cellule d’animation pédagogique (CAPED) au Primaire et aux travaux d’Unités Pédagogiques dans le Secondaire, avec également des disparités
  • différentes sessions de formations continues organisées par les ministères en charge de l’Education avec l’appui de divers partenaires, des ONG et associations mais  dont malheureusement les bénéficiaires ne se sont pas bien nombreux.
  • Comment améliorer la qualité de l’éducation

Il est évident que pour améliorer la qualité de l’éducation au Niger il faut avant tout avoir des enseignants qualifiés et en nombre et pour y parvenir la première étape  est de  concevoir un plan « Marshal » pour « former » ou « recycler » tous les enseignants contractuels. Le développement d’une éducation de qualité doit obligatoirement passer par un accroissement considérablele du nombre d’enseignants qualifiés et leur rétention dans le système en améliorant leur statut et conditions de travail.

La première étape pour aller vers l’amélioration de  la qualité de l’éducation est donc de rendre professionnels tous les enseignants recrutés sans formation initiale. Les autres actions d’accompagnement indispensables (à planifier dans le court et moyen terme)  sont :

  • Un cadre de travail adéquat avec des infrastructures en matériaux définitifs
  • Des équipements et du matériel d’enseignement et d’apprentissage de qualité et en quantité suffisante pour tous les ordres et niveaux d’enseignement
  • Des bibliothèques, laboratoires et des ateliers bien équipés
  • Des salles informatiques adaptées aux différents ordres et niveaux d’enseignement avec des tarifs abordables de connexion internet, pour tous les services d’enseignement
  • La formation de tous les directeurs d’école et chefs d’établissements en administration, gestion et planification pour leur permettre d’exercer pleinement leur tache  et avec efficacité
  • Le renforcement de la dotation en matériel roulant et carburant des directions et inspections avec exigence pour les directeurs, inspecteurs et conseillers pédagogiques de visiter au moins un tiers, voire la moitié des écoles ou établissements relevant de leur zone de responsabilité au cours d’une année scolaire.
  • Le recrutement d’élèves ou d’étudiants ayant une bonne moyenne ( au moins 11/20) et la vocation d’enseigner pour toutes les écoles de formation d’enseignants
  • Le rehaussement du niveau des formateurs des écoles normales d’instituteurs et la réforme des  curricula pour  mieux  prendre en compte les contenus enseignés à l’école  primaire
  • Le respect de la politique de carte scolaire pour éviter les créations ou implantations anarchiques d’établissements parfois en vue de contenter certaines personnalités, sans tenir compte des normes
  • La revalorisation de la fonction enseignante et des écoles et facultés des sciences de l’éducation qui donnent les moyens de mieux éduquer et former la société
  • La redynamisation des organes consultatifs de l’éducation pour leur donner toute leur importance dans un cadre démocratique en revoyant leur composition, devenue aujourd’hui obsolète et les amener à fonctionner avec tous les paliers hiérarchiques du niveau communal au niveau national en passant par les niveaux départementaux et régionaux et avec une prise en charge des assises par le budget national; et non comme des réunions de simples formalités
  • La création d’un Fonds National de l’Education pour appuyer les efforts de l’Etat et des communautés par la réalisation d’infrastructures et l’achat d’équipements, financé par les entreprises réalisant un certain chiffre d’affaire (à déterminer)
  • L’évaluation de la LOSEN par une étude pour voir les questions non abordées et les insuffisances, puis organisée une rencontre de tous les acteurs du système éducatif en vue de renforcer cette loi et la  réadapter au contexte actuel
  • L’exécution de missions périodiques de suivi et évaluation avec des équipes constituées de cadres du niveau central et déconcentré pour apprécier les différentes mesures de la politique éducative et y apporter les retouches ou réforme nécessaires.

Enfin,  pour continuer la réflexion sur le thème traité, appréciez ces citations  de célébrités sur l’Education :

L’éducation est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde Nelson Mandela (1918-2013)

L’éducation, c’est la famille qui la donne ; l’instruction, c’est l’Etat qui la doit. Victor Hugo (1802-1885)

L’éducation est pour l’enfance ce qu’est l’eau pour une plante. Rochefoucauld-Doudeauville (Livre des pensées 1861).

À propos de l'Auteur

Moustapha Liman Tinguiri Planificateur de L’Education DRES Zinder

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4 plusieurs commentaires

  1. Très belle analyse, très instructif pour nous autres….et du courage à l’auteur…

  2. Bonne contribution à l’analyse des problèmes de la qualité de l’éducation au Niger. Mais les universités de Tahoua et Maradi ont-elles commencé à former des profs de CEG et lycées?

  3. Très belle analyse, l’organisation des idées est très bien faite. Cependant, il faut savoir que tout ne sera possible qu’avec une bonne gouvernance et une gestion très rigoureuse du contribuable nigérien et des fonds d’aide à l’éducation.
    Ceci n’est aussi nullement l’affaire seule du gouvernement comme mentionner dans les citations plus bas, mais l’engagement et la conviction de tout le peuple nigérien.
    Les parents doivent croire à l’éducation et suivre leurs enfants et l’État doit vraiment veiller à mettre les moyens nécessaires avec aussi un suivi très rigoureux.

  4. Merci pour la pertinence de votre analyse.

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