Home ACTUALITE Grand frère, Colonel Moussa Moumouni Djermakoye, deux ans déjà !

Grand frère, Colonel Moussa Moumouni Djermakoye, deux ans déjà !

Deux ans déjà que tu as tiré ta révérence ! Que le temps passe vite !

Que faire pour honorer ta mémoire ?

Je ne le répèterai jamais assez, le Poète Ponge, nous a déjà prévenu, malgré notre vanité, que nous ne sommes que «d’Informes mollusques, foule qui sort dans les rues, millions de fourmis que les pieds du temps écrasent ! ».

Mais il a précisé que « nous n’avons finalement pour unique demeure, que la vapeur commune de notre véritable sang : les paroles ». Puisque finalement, « Tout n’est que paroles. »

Puisque, suite à ton voyage sans retour dans la demeure de l’éternité, en plus de la seule nourriture dont ton âme pouvait avoir besoin, à savoir nos prières, tu as besoin de nos paroles écrites pour honorer ta mémoire.

Permet moi d’écrire puisque  » L’écriture c’est le cœur qui éclate en silence  » tel que l’a dit l’écrivain Christian Bobin. En effet, ai-je, moi, le droit d’inscrire la mémoire du Colonel et ancien Chef d’Etat-major Général émérite des FAN que tu fus, inscrire ta mémoire au chapitre du silence, c’est-à-dire dans l’oubli ? Tous les compatriotes sincères me répondraient certainement et unanimement non !

Que le temps passe disais-je ! Puisque cela fait deux ans déjà que tu nous as quittés ! Les connaisseurs des méthodes sournoises de « la grande faucheuse » m’ont dit qu’il en est ainsi quand elle cherche à s’approcher de vous. Vous aurez l’impression que l’horloge tourne deux ou trois fois plus vite que de raison. Pourtant durant notre vie scolaire, les trois mois qui nous séparaient de la rentrée aux vacances de Noël semblaient durer une éternité.

Colonel, que dire de plus à ton sujet, qui n’ait été dit ?

Je ne le répèterai également jamais assez, suite au « succès » de l’Opération « Scier le Baobab » du 09 avril 1999 que des lascars de la république attendaient impatiemment planqués quelque part dans la capitale, pour entamer leur « restau-ration de la démocratie » (sic !), tu as, dès ton retour à Niamey, refusé catégoriquement de cautionner la barbarie !

J’avais confessé que tu me confias, dans le secret de ton bureau, quelques  mois avant ton voyage pour le royaume de l’éternité, que le Colonel Ibrahim Baré, alors proposé par son ami en 1995, aux Hautes charges de Chef d’Etat-major Général des Forces Armées Nigériennes (FAN), consécration suprême dans votre noble métier des armes, t’avait placé face à un choix cornélien en te disant qu’il n’accepterait la lourde charge que si tu acceptais de l’accompagner en devenant son Adjoint. Ce que, tout naturellement, tu acceptas……

Quand tu déclinas poliment l’offre des proscrits du 09 avril 1999 désemparés, qui pouvait être surpris de ton chevaleresque acte ? Sûrement pas moi, puisque l’adage l’a consacré depuis fort longtemps : « bon sang ne saurait mentir ».

« N’ouvre la bouche que si tu es sûr que ce que tu vas dire est plus beau que le silence », a prescrit le proverbe Arabe, c’est pourquoi je m’autorise à briser le silence. Parce que ces paroles pourraient, je le pense, honorer ta mémoire et rehausser ton honneur militaire. Je parlerais pour dire que j’avais fait le constat qu’à l’orée de l’année 2017, donc quelques mois avant de tirer ta révérence, tu étais soulagé de me faire savoir, en présence d’un témoin, les actes que tu as posés en ce jour fatidique de la boucherie du 09 avril 1999, que des croque-morts bien identifiés de notre république espéraient de tous leurs vœux. Tu avais, dis-je, quelques heures après cette boucherie qui t’avais surpris  à l’étranger dans la capitale d’un pays voisin, réclamé à ton hôte, « le Beau Voisin » de son surnom, un dispositif militaire comme tu savais les concevoir, afin de mener une opération militaire pour déloger les « proscrits ». Face au silence de ton hôte du moment, qui craignais, il se pourrait, la Sierra-leonisation du pays brandie  par l’auteur de la formule de « l’accident  malheureux », tu t’étais résolu, en bon stratège militaire, à rentrer au bercail et affronter le chaos créé par « cet accident malheureux ».

C’est dire que le président Baré, ton compagnon d’armes, a été certainement ravi de te croiser dans le royaume de l’éternel, pendant que nous, nous te pleurions ici-bas.

Oui, Mon grand-frère Colonel je ne pourrais jamais t’oublier, toi qui m’as permis d’assister à mon premier et certaine le dernier défilé du FIMA en plein air et en plein désert, en m’assurant une sécurité à toute épreuve. Je me rappellerai toujours que de ton temps, ou de votre temps, les morts de toute année se comptaient sur les doigts de nos deux mains. Et encore !

Oui, grand-frère, je ne pourrais jamais t’oublier puisque de ton temps,  je pouvais me rendre en toute sécurité de Niamey à Bilma et de Madama à Inatès sans aucune crainte. Je pouvais dormir du sommeil du juste à la belle étoile pour profiter du climatiseur naturel.

A présent, j’ai peur, j’ai peur y compris dans notre Niamey où il faisait bon vivre. J’ai peur de me rendre à Torodi, à Dori ou à Ouallam. J’ai peur de me rendre à Diffa auprès de mes aïeux et je ne suis pas seul. Ma seule consolation, je ne suis pas seul à avoir peur. Même les « lions » réputés pour leur bravoure ont désormais peur, y compris quand le soleil est au firmament. Ma seule hantise : comment échapper à la mort ? Au fait, mon Colonel, puis-je te poser une question pour un champion : si je passais la nuit dans un de tes Véhicules blindés la faucheuse, pourrait-elle me retrouver et m’emporter ? Répond-moi franchement !

Je sais que toi, tu n’as jamais eu peur de la mort, puisqu’en t’engageant volontairement dans le métier des armes comme l’autre défunt grand frère, tu t’étais initié  à donner la mort, pour assurer notre sécurité, tout en te tenant prêt à honorer son rendez-vous galant à chaque instant de ta vie.

Repose en paix, grand-frère Moussa Moumouni Djermakoye !

Par Ton petit frère Djibril Baré

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