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HOMMAGE DE DJIBRILLA M. BARE A JACQUES CHIRAC L’AFRICAIN…

Jacques Chirac gaulliste paternaliste et condescendant ? Non pas vraiment Jacques Chirac né le 29 novembre 1932 à Paris Président de la République française du 17 mai 1995 au 16 mai 2007, vient de nous quitter le jeudi 26 septembre 2019. Profondément Françafricain et donc profondément anticartiériste du nom de la célèbre formule attribuée à Raymond Cartier « la Corrèze avant le Zambèze », en réalité du Député Jan Montalat en 1964, exprimant une préférence nationale au détriment des ex-colonies françaises.

Les formules tranchées de la bête politique qu’était Jacques Chirac, telles que « les Africains ne sont pas mûrs pour la démocratie » ou encore « Laissez les présidents Africains gagner les élections sinon ils n’en organiseraient pas » ou alors ses fameuses piques à l’endroit des adversaires socialistes « Bien sûr que je suis socialiste ! Je mange de la choucroute et je bois de la bière », qui continuent de secouer le landerneau politique franco -africain.

Selon Wikipédia, l’Enarque Jacques Chirac fut à l’origine de la fondation de deux partis politiques, le Rassemblement pour la République (RPR) en 1976 et l’Union pour un mouvement populaire (UMP) en 2002, et il occupa à plusieurs reprises les fonctions de député pour la Corrèze et de maire de Paris entre 1977 et 1995. Secrétaire d’État dès 1967, il se voit nommé Premier ministre par Valéry Giscard d’Estaing en 1974.

Il est à nouveau Premier ministre sous la présidence de François Mitterrand, de 1986 à 1988, étant ainsi le premier chef du gouvernement d’une cohabitation sous la Ve République et, par la même occasion, la seule personnalité politique sous ce même régime ayant assumé par deux fois la charge de Premier ministre. Durant son parcours politique, il se montre changeant au niveau idéologique. Bien que qualifié par les spécialistes de radical-socialiste dans sa jeunesse, il a incarné toute sa vie durant une politique de droite.

Tout compte fait, tous les Africains retiennent de lui qu’il a incarné jusqu’au bout le Gaullisme pur et dur en confiant la cellule africaine à Jacques Foccart dès son accession à la présidence. Quand on parle des relations de notre pays avec la France, vient immédiatement à l’esprit le fameux « NON » du 28 septembre 1958 du nationaliste Djibo Bakary à la France Gaulliste. Mais avec l’avènement de Jacques Chirac en 1994, j’ai pu avoir une toute autre perception du Gaullisme et de ses méthodes dites Foccart qui font fantasmer les politologues africains.

C’est ainsi que suite à la crise de la cohabitation en 1994, les politiques nigériens ont pu assister à la pleine implication de Chirac à travers son Conseiller officieux pour les Affaires Africaines, Fernand WIBAUX (Paix à son âme) assistant de Jacques Foccart. Je me rappelle encore comme si c’était hier de cette fameuse rencontre à Dakar en 1995 entre cet envoyé de Chirac et une délégation du MNSD en provenance de Niamey composée de Hama Amadou alors premier Ministre de cohabitation et SANI BAKO (Paix à son âme), un diplomate émérite, membre du Bureau politique de ce parti.

« L’Africain » Chirac jouera un rôle déterminant dans le dénouement de ladite crise en optant pour le « feu orange » de l’Elysée (non-ingérence) au Colonel Baré alors chef d‘Etat-major général des Forces Armées Nigériennes (FAN) pour le coup d’Etat du 27 janvier 1996. Ce qui permettra finalement aux antagonistes malgré la médiation de la Communauté internationale, de devenir les meilleurs alliés du monde contre le putschiste.

C’est encore « l’Africain » qui acceptera dans la foulée du coup d’Etat du 27 janvier 1996 de sacrifier son Ambassadeur en poste dans notre pays, au nom de la realpolitik, à la demande du tout nouveau Colonel putschiste Baré, confronté aux réalités des relations asymétriques existant entre pays néo-colonisés et néocolonisateurs. En effet l’ambassadeur qui avait pris des mauvaises habitudes dans ses relations avec la classe politique locale entreprit de dicter au nouvel homme fort sa conduite au quotidien.

Mal lui en a pris, puisqu’il sera déclaré persona non grata avec l’accord et la bénédiction de Paris donc de Jacques Chirac, avec à ses côtés, Jacques Foccart. Quand il a fallu valider la candidature du général Baré par la communauté internationale au grand dam de la classe politique nigérienne de l’époque qui lui était franchement hostile dans un contexte de démocratisation de l’Afrique au nom du consensus de Washington, là également, le feu vert attendu viendra de Paris, puisque ne l’oublions pas, rien ne pouvait se faire dans ce sens sans l’accord de la puissance tutélaire.

Quand le président de la république fraichement élu en juillet 1996 décida dès le 19 août du rétablissement des relations diplomatiques avec la République Populaire de Chine, qui pouvait devenir une rivale encombrante de la France Gaulliste, Chirac sera très compréhensif et il ne mit aucune entrave à ses relations. Foccart ne bronchera pas.

Dans le même élan, quand le président Baré entreprit de mener une campagne pour un deuxième mandat en faveur de l’Afrique au poste de Secrétaire Général de l’ONU dès le mois d’avril, avant même son élection, à travers la candidature du Dr Hamid Algabid alors Secrétaire général de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) et ancien premier ministre du Niger, malgré celle du Copte Boutros Boutros Ghali d’Egypte, ouvertement soutenue par Jacques Chirac himself, et combattue par l’administration Clinton, aucune entrave ni aucune remontrance de Paris ne sera enregistrée.

Bien au contraire, l’ambassadeur de France à l’ONU félicitera la délégation du Niger qui a contribué à sauver un mandat pour l’Afrique Aux lendemains de son accession au pouvoir en janvier 1996, le Président Baré fut sollicité par le Docteur Hamid Algabid, ancien Premier Ministre du Niger, alors en fin de son deuxième mandat de Secrétaire Général de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI), pour un soutien à une éventuelle candidature au poste de Secrétaire Général de l’ONU.

Le Pr BARE finira par accepter de présenter et parrainer cette candidature avec un slogan de campagne « L’Afrique avait droit à un deuxième mandat à l’ONU ». L’Egyptien Boutros Ghali, un Copte francophile, en poste depuis quatre ans et donc en fin de mandat, toutefois candidat à sa réélection pour un deuxième mandat, fortement soutenu par la France, était alors vivement contesté par la diplomatie américaine menée par le Secrétaire d’Etat Madeleine Albright qui menaçait d’opposer un VETO à sa candidature.

Les relations du président Baré avec le turbulent voisin Kadafi ou le président Nigérian Sani Abacha jugés « non fréquentables » par certaines puissances n’ont pas dérangé l’Africain Chirac, contrairement à certaines puissances qualifiées de grandes démocraties, mais qui voulaient nous imposer nos fréquentations. C’est du moins ce que voulait dicter au président Baré l’ambassadeur de la première puissance mondiale accrédité au Niger en 1998.

De même la France de Jacques Chirac ne s’est jamais opposée quand le Président Baré, a violé l’embargo aérien de l’ONU sur la Libye, suite au vote d’une résolution de l’OUA favorable à sa suppression en 1998. Quand une mini crise est survenue entre le Gouvernement et la COGEMA, ancêtre d’AREVA, pour une gouvernance plus équilibrée de l’exploitation de l’uranium du Niger, en 1998, le différend sera vidé au cours de la visite officielle du Président Baré, la même année en France sur invitation de l’Africain Chirac.

De même, Jacques Chirac ne s’était jamais opposé au projet de vente par le Niger de sa part d’uranium à l’Iran qui projetait de construire des écoles et des centres de santé. Il est utile de rappeler que si la visite historique controversée du Président Baré à Cuba sous embargo, sur invitation du Lider Maximo, Fidel CASTRO, ne s’était pas achevée par un drame avec le bombardement de l’avion du présidentiel à l’aller ou au retour en mars 1999, c’est très certainement grâce à la protection et au soutien sans faille de la France de Jacques Chirac.

Puisque de l’aveu public du Ministre de l’Intérieur de l’époque, l’avion du président était Djibrilla M. Baré signant le livre de condoléances à l’Ambassade de France ce lundi 30 septembre 2019 menacé d’être abattu par des avions de chasse des puissances hostiles à Cuba qui tenaient au respect de l’embargo. Soixante-douze heures avant « l’accident malheureux » du 9 avril, j’eus l’honneur de recevoir un émissaire de l’ambassadeur de Chirac me demandant d’informer le président Baré qu’il se devait de se débarrasser de son premier ministre sous peine de disparaitre.

Message transmis le même jour devant témoins dont son épouse. Mais le président Baré ne pouvait se débarrasser de ses amis « par accident ». Il a préféré partir et quitter le monde des aventuriers qui n’était pas fait pour lui. Votre serviteur, promis lui également à la potence comme le président Baré, n’aurait pas pu certainement écrire ces lignes sans la volonté du plénipotentiaire local…l’Africain Jacques Chirac.

La leçon à retenir c’est que contrairement aux dirigeants des puissances dominantes en Afrique en ce moment, Jacques Chirac n’a jamais abandonné ses amis africains qu’il considérait comme des amis et des partenaires qu’il faut respecter, même lorsqu’ils n’étaient plus aux affaires. C’est la force du gaullisme dont Chirac était l’un des derniers dinosaures. La politique gaulliste tant décriée par certains avant leur arrivée au pouvoir a-telle dicté aux autorités de détruire l’école, de construire des rails sans études préalables, de brader les ressources naturelles au plus offrant, de s’engager dans une guerre couteuse sans issue, au détriment de la santé et de l’éducation ? Assurément non !

Elle prônait plutôt une coopération pour l’intérêt de la France à charge pour les gouvernants de sauvegarder les intérêts de leur propre pays en jouant sur les antagonismes franco français pour se maintenir au pouvoir. Foccart qui n’était pas aux affaires en 1993 at –il pu demander aux dirigeants nigériens de l’époque de signer une convention d’enlèvement de l’uranium libellée en monnaie locale (FCFA) pour subir une dévaluation à 100% de cette monnaie au 1er janvier 1994 ? C’est dire qu’il y a eu pire que la politique de Foccart sans Foccart dans certains pays du pré carré.

Les témoignages unanimes rendus depuis sa mort et l’hommage rendu aux Invalides ce dimanche à Jacques Chirac toutes classes politiques et tous continents confondus rendent bien compte de la grandeur de l’homme.

Par Djibrilla Mainassara BARE Ancien Conseiller Spécial du Président de la République

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