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IN MEMORIAM IBRAHIM YAROH Adieu l’ami de 50 ans !

Je viens de subir une grosse perte en la personne d’Ibrahim Yaro, un ami d’un demi-siècle, qui m’a quitté ce mercredi. Oui, vous avez bien lu : un demi-siècle. La veille c’était Aminou, et le jour suivant c’était toi.

Je l’ai dit et redis, et prévenu tous ceux de notre génération, ces derniers temps, La Grande Faucheuse a décidé de nous régler notre compte !

C’est ainsi que nous avons été cueillis à froid, très tôt ce mercredi matin, par la terrible nouvelle de la disparition de notre ami et frère d’un demi-siècle, Ibrahim Yaroh.

Depuis cette fin des années soixante, quand nos chemins se sont croisés dans cette cour du mythique Lycée national, nous nous sommes toujours arrangés pour nous retrouver, durant les cinq décennies qui ont suivi.

Comme l’a dit récemment le Communiquant prolixe Bacary Domingo Mané à l’endroit d’un illustre disparu, « Ibrahim, tu as traversé le fleuve de l’éternité, sans même te retourner. Sans un murmure. Sans même dire un au revoir expressif, avec au bout cette promesse de partir rejoindre, à jamais, tes ancêtres. Ce qui aurait permis à tes proches de te faire une dernière accolade. La traversée se fait dans un silence glacial. A pas sûr. Avec toute la charge de l’inconnu qui donne à la mort son caractère énigmatique. Avais-tu vraiment le choix ? Pouvais-tu transgresser les règles du jeu, là où la Meilleure des créatures (PSL) n’a opposé aucune objection à l’appel de la Miséricorde. Le décret au sceau indélébile tombe comme un couperet. Il écrit qu’il en serait ainsi jusqu’au jour où la natte de la terre et le voile des cieux seront définitivement pliés….Tu peux, à présent, regarder le monde des mortels avec amusement. Un monde où l’illusion d’être éternel accompagne, au quotidien, nos faits et gestes, avec en prime la vanité de ceux qui sont au sommet de la pyramide de Maslow. »

C’est pourquoi, bien qu’étant du voyage du mercredi pour t’accompagner à ta dernière demeure avec mes prières, (pouvait-il en être autrement ?), je ne suis pas pour autant consolé et apaisé.

Alors je me propose d’essayer une de plus, comme la grande poétesse, conteuse et Ecrivaine, Brigitte Hue-pillette le recommande, le dernier sédatif qui me reste, puisque pour elle, comme pour moi, « L’écriture est mon combat, mon refuge, mon remède, ma guérison, mon filtre magique, mon filtre d’amour, mon rite vaudou, mon miroir magique ». En espérant que ce sédatif me soulagera de la perte d’un ami de 50 ans.

Et surtout que, comme Michel-Ange,  » j’écris seulement pour exhaler la douleur intérieure dont se nourrit mon cœur.  » C’est classique : « pas d’intérêt, pas d’action ». Et pour qui de notre génération a connu Ibrahim Yaro, cet être plein de chaleur et de joie de vivre, saurait que cette douleur est grande et justifiée.

Ils étaient tous là au domicile, ce mercredi matin : Adam, Aoudi, Adani, Akahou, Amoudi, Amadou alias Doudou, Bachir, Mahamadou alias « Tshombé » (Moise), Tatta…J’en oublie ?…..certainement, et tata le lendemain, mais ils étaient tous là quand même. Seuls manquaient à l’appel l’autre Bachir (Tsalha) et Souli, qui ont très tôt tiré leur révérence. L’indécrottable lycéen, Handou, le bizuteur attitré de l’autre bleu de Z’gond (les initiés savent), bien que ne faisant pas partie de la bande des 3J.

Comment se faisaient-ils appeler déjà, cette bande de copains : « ….les Jesse James Junior », je crois.

Leur amitié, nous témoignons, n’a pas pris une seule ride….malgré les vicissitudes de la vie et la politique « tropicalisée Niger » (du ventre ?), avec ses coup bas, ses méchancetés gratuites et ses petits meurtres entre amis, qui ont eu, hélas, raison de tant de vieilles amitiés, voire des parentés.

Tenez, je viens juste de le découvrir, pourquoi donc, cette bande de copains avaient-ils presque tous des prénoms débutant par la première lettre de l’alphabet latin ou arabe ? Toi seul Ibrahim, faisait exception, mais je te trouve l’excuse de porter le nom de l’autre cher frère que j’ai perdu en chemin et qui nous rapprochait tant, c’est notre jardin secret. C’est certain, on ne peut tout de même pas dire qu’ils l’ont prémédité, cette bande de copains, parce que ces prénoms avaient bien été choisis par les parents, pendant qu’eux n’avaient pas voix au chapitre. C’est dire qu’ils étaient vraiment tous faits, les uns pour les autres.

Pourquoi avaient-ils choisi comme nom pour leur groupe d’amis, celui de ce fils d’un pasteur, devenu un célèbre hors-la-loi sévissant aux États-Unis dans l’avant dernier siècle ? C’était de mode et de l’air du temps, le temps où James Brown, d’Aretha Franklin et autres, faisaient la pluie et le beau temps, c’était le temps d’Appollo, des westerns-spaghettis servis à profusion au « Rex » et au « Vox ». Avaient-ils donc le choix, cette bande de copains ?

Eux, pourtant, n’avaient rien de comparable au bad boy, Jesse James, leur icône. Ils étaient plutôt des adolescents à la joie de vivre inénarrable ! De ces années 60 et 70 de l’amitié vraie, de la solidarité vraie, qui nous étaient offertes sur un plateau d’argent. Ces années où les animaux politiques n’avaient pas encore fait leur apparition pour polluer notre environnement. Ces années durant lesquelles, au mois de décembre on grelottait, ces années où les rapports étaient sains, ces années où Niamey était Niamey, avec sa « Petite forêt » qu’on avait tant de plaisir à traverser plusieurs fois en une journée ! Les temps ont bien changé. C’est certain, et les hommes  avec….Qui dirait le contraire ?

Ibrahim, qu’avais-tu donc ramené de ton exaltant voyage de Russie, qui t’a momentanément éloigné de tes amis de toujours ?

Avais-tu dans tes valises, comme on pouvait s’y attendre, des œuvres de Staline, pour qui la fin, justifie les moyens usités ?

Non, nous l’avons vérifié, tu les avais peut-être, mais tu ne t’en es pas du tout servi, sauf peut-être pour garnir les rayons de ta bibliothèque. Tu étais un financier toi, et partant les bons comptes font les bons amis.

« Tchombi », ne t’a pas, par hasard, refilé ce fameux «Prince » de Machiavel, « emprunté » de la bibliothèque garnie de son père, livre de chevet par excellence des amis d’en face, dont la lecture oblique nous a fait tant de mal et détruit des familles et des vies entières ?

Non, j’en suis certain, et même si cela avait été le cas, tu l’as lu avec détachement et sans intérêt. « Tshombé» lui-même, ne l’a lu, j’en suis à présent certain, que pour sa culture générale. Tout comme nous autres, du reste !

Mais alors, Ibrahim, pourquoi n’as-tu pas su attendre une semaine de plus, pour afin de nous fausser compagnie à l’orée de l’année qui s’annonce ?

Je crois que, seule, la grande Faucheuse a la réponse. Nous sommes tous appelés à partir un jour, et je témoigne que Ibrahim YARO, toi, tu t’y étais préparé, puisqu’averti comme certains du destin qui t’a été assigné au jour de ta naissance par les paroles du Sage Amadou Hampâthé Bâ te prédisant : « tu es entré dans une existence dont tu ne sortiras pas vivant, quoi que tu fasses ».

Tu as toujours su garder à l’esprit, dans tes relations avec tes amis et proches, la prescription de Cicéron dans ses « maximes et pensées » :  » La parole, comme la flèche, ne revient plus ; regarde donc, avant de la lancer, si elle n’est ni aiguë ni empoisonnée ». Donc, nous attestons, nous les rescapés,  que tu as toujours su le faire. Pour préserver des amitiés, quoiqu’on dise, sont les richesses ultimes de l’homme.

Ibrahim, tu as toujours su, contrairement à des tas d’autres, que pour être libre et indépendant, et choisir ses amis, il fallait, à l’avance, accepter de supporter certaines privations. C’est le prix, quoi qu’on dise, de la liberté du choix de ses amis et relations qui te sont si chers. Ils viennent de nous démontrer que tu ne t’es as trompé de choix.

Puisque, pour toi, comme Mère Teresa, « Le sentiment de ne pas être aimé est la plus grande des pauvretés », tu t’es toujours arrangé pour mériter la sympathie de tes amis et de ton plus proche entourage, aussi bien professionnel, que familial.

Pour finir, je ne me lasserai jamais, à propos de la mort, de rappeler pour nous autres sursitaires pour combien de temps encore, les mots de Stendhal : « Puisqu’on ne peut l’éviter, oublions-la !». Hélas, je n’ai rien d’autre à proposer.

Suis-je enfin soulagé ? Ce n’est pas certain.

Repose en paix Ibrahim, le frère/ami de 50 ans.

Que Maimouna, ta douce moitié, tes enfants, Maman Lawan, Fatouma Zahra, Fanta Falmata, puisque Mamane Bachir, ton aîné, t’a précédé de peu dans la traversée du fleuve de l’éternité, se rassurent ! Les « Jesse James » n’étaient que des enfants de chœur. Et ils le sont demeurés encore, malgré…..

Par Djibril Baré

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Un commentaire

  1. Condoléances à la famille.
    Ibrahim Yaroh repose en paix.

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