SCANDALE DE L'URANIUM Comment le Niger a perdu ses acquis face à AREVA ?
- Écrit par K.M. (LE COURRIER N° 226 DU 20 SEPTEMBRE 2012)
La malédiction de l'uranium. A défaut de pire, on ne saurait dire moins, dans cette longue histoire de l'exploitation de l'uranium nigérien par AREVA (ex COGEMA).
Une histoire faite de hauts et de bas, tantôt conflictuelle, tantôt tragique mais jamais en faveur des intérêts du peule nigérien. Au moment où se déclenche une autre manche dans cette longue guerre d'intérêts, au moment où le Ministre d'Etat en charge des mines et du développement industriel oppose un niet à la plateforme créée par AREVA à dessein, au moment où autorités nationales et citoyen n'ont plus droit à l'erreur sur le dossier uranium, votre journal, " LE COURRIER ", revient sur un article publié dans le spécial du 20 juillet 2011.
La sonnette d'alarme, tirée depuis lors, se remet à tinter. Dans cet article, " LE COURRIER " explique comment le Niger a perdu du terrain sur ses acquis face à AREVA, au cours de la courte durée de la Transition du CSRD, comment il est imposé aux autorités actuelles de relever le défi posé par l'ancien Président Tandja Mamadou et notre responsabilité collective à défendre notre souveraineté sur les richesses du sous-sol nigérien. Au commencement, les velléités de contrôler les ressources uranifères…
On se rappelle que la brusque prise de valeur du minerai jaune sur le marché mondial, atteignant le pic record de 230.000FCFA le kilogramme, et le développement spectaculaire du nucléaire civil, notamment dans les pays émergeants comme le Brésil, avaient constitué des facteurs clés pour un regain d'intérêt visà- vis de l'industrie uranifère. L'uranium du Niger prit de l'importance ! Dans la bataille qui s'engage, les autorités nigériennes de l'époque refusent d'être le dindon de la farce avec le gigantesque projet d'exploitation du gisement d'Imouraren qui propulsera notre pays au deuxième rang mondial après le CANADA.
En fait, la guerre de l'uranium est déclenchée. Les armes du Président nigérien Tandja Mamadou se résumaient à une série d'intransigeance : la diversification des partenaires miniers du Niger et une juste et équitable répartition des retombées sur une base ''gagnant-gagnant''. Dans cette logique, il pouvait compter sur deux atouts : un soutien intérieur fort et l'irruption salutaire sur la scène internationale d'une Chine, moins regardante sur les aspects de la démocratie, des droits humains et de la bonne gouvernance. Le vent n'était pas favorable à la France. Elle accepte, à contrecoeur les exigences du Niger ; convaincue que son heure sonnera, tôt ou tard. C'est le principe froid de la lutte d'intérêt.
Rappel des quelques acquis obtenus par le Niger…
coup d'état balaya Tandja et son ambition un 18 février 2010. Les Nigériens étaient libérés et pour AREVA, son heure avait sonné ! La France et AREVA n'avaient plus en face d'eux qu'une junte militaire en panne de soutien international et, peut-être, prête à tout pour entrer dans leur grâce. En tout cas, si personne n'ignore les contours des derniers accords signés entre le Niger et AREVA, peu de gens ont des preuves sur la probable collusion entre la junte du 18 février 2010, la France et AREVA.
Quoiqu'il en soit, AREVA va profiter pour tirer la couverture de son côté. Elle demande et obtient de la junte militaire la réouverture des négociations autour de la question de l'uranium. Dès le mois de décembre 2010, elle impose le prix de 55.000FCFA le kilogramme d'uranium. Comment cela s'est passé ?
Un document de travail suspect…
Pour parvenir à ses fins, AREVA élabore un document intitulé ''Document de travail'' qu'elle va soumettre au gouvernement de Transition. A partir du mois d'Août jusqu'en décembre 2010, des rencontres autour de ce fameux document de travail vont réunir partie nigérienne et responsables d'AREVA. Ainsi, Anne Lauvergeon, en personne, viendra au Niger en fin octobre pour diriger une rencontre à la SONARA I avec des financiers nigériens à laquelle le Trésorier Général de la Transition et son staff prendront part.
Dans sa mallette, l'ancienne patronne du nucléaire français avait des propositions chiffrées à 20 milliards pour le Niger si celui-ci acceptait le changement du prix du kilogramme d'uranium. Dans cette optique, AREVA prend l'engagement d'accréditer un compte d'attente au profit du Niger si la proposition de prix de ce dernier ne dépasse pas les 95% du prix référentiel. Une rencontre de révision des accords est projetée en 2012 entre AREVA et la SOPAMIN. En clair, lorsque le monsieur ''donnantdonnant'' d'AREVA, un certain ''Montesu'', paraphera les accords avec le Niger, un 7 décembre 2010, le Niger avait perdu l'essentiel de ses acquis de 2007.
En mi-décembre 2010, les autorités instruisent SOPAMIN de cesser toute activité de commercialisation de l'uranium. Dans le même temps, il est confié, à 100%, cette tâche à une autre filiale d'AREVA basée en Allemagne dénommée URANGE SELL SCHAST (UG). La guerre de contrôle des ressources uranifères est donc perdue pour le plus pauvre pays du monde. Dans la foulée, elle avait laissé la junte au pouvoir divisée entre partisans de nouveaux accords et ceux opposés au recul. Le N°2 du CSRD et trois autres colonels payeront de leur liberté comme Tandja, Diori Hamani Sani Souna Siddo
Une stratégie de contournement qui blesse dangereusement notre pays.
Dans la reprise du contrôle des ressources uranifères exploitées par AREVA, cette société avait joué d'une stratégie de contournement. Comme un courant d'eau impétueux qui contourne l'obstacle pour mieux le cerner et triompher par l'usure, AREVA N.C. encercle le projet IMOURAREN. Pour échapper au droit nigérien et aux difficultés des accords de 2007, AREVA N.C. cède une part de 15% de ses 66,65% à une filiale créée sous le droit français avec pour dénomination ''AREVA EXPANSION'' basée en Allemagne. Cette dernière s'empresse de les vendre (les 15%) à KEPKO, une société Coréenne. Ainsi, par ces artifices juridiques, AREVA N.C. prive le Niger d'importantes retombées de la vente de ces parts à KEPKO.
En contrepartie de cette transaction sur le dos du Niger, AREVA avait obtenu de KEPKO la construction de l'usine d'IMOURAREN pour 1.350 millions d'euro. Mais le Niger ne participant pas à la réalisation de ce projet de construction, AREVA exige et obtient de lui l'inacceptable cession de 7% de ses parts. Du reste, un audit du projet IMOURAREN mené sur la période de 2006 à 2007 a révélé que 60% des dépenses sont inéligibles (fausses). Pire, l'inéligibilité porte sur environ 23 milliards de nos francs lourds pour seulement 8 milliards de provisions ''estournées''.
L'autre tactique d'AREVA a consisté à la création d'une plateforme composée de 82 personnes qui contrôlent l'ensemble des structures d'exploitation uranifère. Percevant les dangers qui entourent ce projet tant pour le pays que pour les travailleurs, le Ministre des mines et de l'énergie de l'époque, M. Mohamed Abdoulahi avait adressé une lettre N°00471 du 02 septembre 2009 à AREVA pour attirer l'attention de celle-ci de ne pas procéder à la mise en place de cette plate forme. Mais à la faveur de la signature de nouveaux contrats avec la junte au pouvoir en décembre 2010, AREVA profite de la situation pour régler cette question.
Par ailleurs, la ministre de l'époque de la transition du CSRD, cellelà même qui avait paraphé de sa main lesdits accords, occupe actuellement la dignité de Conseillère ''chargée des questions minières'' du Président de la République avec rang de ministre. Allez- y comprendre ! Après la lecture de ce dossier, il ne fait plus de doute que la période de la restauration de la démocratie a été très profitable pour la France et AREVA (c'est même pipe, même tabac). Le Niger a perdu ses acquis, sa souveraineté. Il appartient au Président Issoufou Mahamadou de réussir ce combat pour ne pas paraître moins méritant que Tandja aux yeux de l'opinion nationale. Pour sa part, le Ministre d'Etat en charge des mines a ouvert la voie pour la réparation des dégâts.
Plus que jamais, comme au temps de Tandja, le soutien populaire est nécessaire pour réussir un combat qui pourrait être perdu à l'avance.

Commentaires
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QU'ALLAH PROTEGE LE NIGER.