ASSAINISSEMENT TOUJOURS : Bye bye la plateforme d’AREVA !
- Écrit par Ayouba Karimou (OPINIONS N° 171 du 02 OCTOBRE 2012)

Sur instruction du Président de la République Issoufou Mahamadou, le Ministre des Mines, de l’Energie et du Développement industriel, Omar Hamidou dit Ladan Tchiana, vient de sommer les Directions Générales d’Imouraren S.A, SOMAIR et COMINAK de procéder très rapidement au démantèlement de la plateforme de sociétés mise en place depuis 2008 par AREVA, et ce, dans les meilleurs délais.
Pour une meilleure compréhension de la question, il nous paraît judicieux de nous attarder un peu sur la signification de cette plateforme de sociétés qui fait aujourd’hui débat entre l’Etat du Niger et AREVA.
Une plateforme pour AREVA pour quoi faire ?
En 2008, AREVA NC Niger avait envisagé de mettre en place une plateforme regroupant les quatre sociétés minières exploitant l’uranium au Niger (COMINAK, SOMAIR, IMOURAREN) en mettant au-dessus de ces sociétés, AREVA NC Niger (ANCN), créé à dessein. Cette « harmonisation » devait être le véhicule par lequel ANCN réaliserait d’importantes opérations financières dans le but d’améliorer son bilan d’exercice annuel aux dépends des sociétés nigériennes susmentionnées. C’est dans la perspective de multiplier les profits et de minimiser les coûts ainsi que les pertes qu’ANCN avait mis en place ce procédé savamment élaboré pour contourner les conventions en vigueur entre notre pays et les trois filiales (SOMAIR, COMINAKK et IMOURAREN) et s’approprier ainsi les procédures de passation des marchés, le recrutement, la logistique, les systèmes d’informations etc.
Ainsi, par ce procédé, ANCN devenait seul décideur et refacturait toutes ces opérations au grand dam de l’Etat du Niger qui se voyait, in fine, privé injustement de la plupart de ses dividendes en fin d’exercice. Or, lorsque l’on se penche de près sur ce que représentent les opérations effectuées par ANCN par l’écran de cette plateforme, l’on peut se rendre compte qu’il s’agit là d’énormes manques à gagner pour l’Etat du Niger. En effet, il pourrait s’agir de dizaines voire une centaine de milliards de nos francs qui sont ainsi frauduleusement transférés dans l’Hexagone en toute tranquillité. Mais à l’époque, le régime de Tandja s’était fermement opposé à ce projet. Il aura donc fallu l’arrivée de la Transition du Conseil Suprême pour la Restauration de la Démocratie (CSRD) pour remettre le projet à flot.
A l’époque, les membres de la junte s’étaient même divisés sur la question avant que le ministre des mines de cette période, Abba ne fût congédié du gouvernement pour son opposition à ce projet, remplacé par un ministre plus « compréhensif ». En tout état de cause, ANCN parvint à faire passer son ‘’truc’’ en catimini. Faut-il le rappeler, l’Etat du Niger ne détient seulement qu’un tiers du capital de SOMAIR, COMINAK et IMOURAREN, en dépit du fait que c’est sur son sol que l’uranium exploité, en dépit également des impacts négatifs sur l’environnement et sur les populations vivant dans les zones d’extraction ; pendant qu’ANCN se taille la part du lion, alors que sa seule contribution demeurant l’outillage d’exploitation.
Une situation typique d’un roman d’Emile Zola dont le réalisme littéraire nous aura beaucoup plus appris sur la société bourgeoise française de la seconde moitié du dix-neuvième siècle que tous les livres de sociologie ou d’économie parus à cette époque. « Si vous voulez l’indépendance, vous l’aurez », avait ironiquement répondu le Général De Gaulle à l’endroit des colonies françaises désireuses de s’affranchir du joug colonial pour entrer à leur tour dans l’histoire. Il y eut les indépendances africaines, mais à quel prix futur ? Et c’est-là toute la portée de cette phrase De Gaulle qui illustre parfaitement et préfigure déjà le néocolonialisme qui imprégnera les relations entre les anciennes possessions coloniales et la métropole française !
Eh bien, AREVA, avant elle, la COGEMA, devait être au service de ce néo-colonialisme français au Niger qui porte toujours les stigmates de la période coloniale restées encore vivaces en dépit des conquêtes démocratiques récentes enregistrées par l’humanité ! Malgré plusieurs démarches entreprises par les autorités nigériennes pour améliorer substantiellement les recettes issues de la vente de l’uranium, AREVA a toujours opposé une fin de non-recevoir à cette légitime demande. AREVA c’est la France, la France c’est AREVA, et gare aux irrévérencieux et autres iconoclastes de dirigeants nigériens qui oseraient défier l’ancienne puissance tutélaire !
Malheureusement, le président Diori, aveuglé sans doute par son nationalisme émancipateur, l’avait appris à ses dépends trente-huit ans plus tôt, lorsqu’il avait voulu réclamer le respect de la justice contractuelle dans le sens de la revalorisation du prix de l’uranium. Depuis lors, plus personne au Niger n’osa aller défier le mastodonte AREVA qui continua sa spoliation au Niger. Et lorsque les forces progressistes issues de la Conférence Nationale Souveraine de juillet 1990 voulurent s’attaquer à la question dans la perspective de l’affirmation de la souveraineté du Niger sur ses ressources minières, on créa et entretint une rébellion armée afin de déstabiliser le pays. Ainsi, pendant plus d’une décennie, le Niger dut faire face à plusieurs fronts armés ayant endeuillé de nombreuses familles nigériennes.
Si on ne peut aujourd’hui rapporter la preuve tangible de l’étroitesse présumée des liens étroits entre AREVA et la rébellion, en revanche, on ne peut non plus s’empêcher d’établir une corrélation d’avec les guerres civiles qui surviennent partout en Afrique où opèrent les multinationales minières occidentales. Récemment encore, en 2008, le président Tandja s’était aventuré dans cette jungle des relations tumultueuses entre AREVA et le Niger en exigeant de la France une révision du contrat avec AREVA et à Tandja d’ajouter que ce serait au président français de l’époque, Nicolas Sarkozy, de faire le premier le déplacement sur Niamey.
Ce qui fut fait, la mort dans l’âme, ‘’dolé’’, Sarkozy vint s’agenouiller devant ‘’l’empereur’’ Tandja. Cependant, Tandja Mamadou semblait avoir oublié le vieil adage selon lequel ‘’ on ne partage jamais le repas du diable sans un jour en payer le prix’’. La vengeance est un plat qui se mange froid, dit-on souvent, et Tandja ne l’apprit, malheureusement, que trop tard ! Il fut naturellement vite contrarié dans son funeste projet de tazarché par une ‘’main invisible’’ et c’est fort logiquement qu’intervint le coup d’Etat du 18 février 2010. Etrangement, c’est durant justement la Transition du CSRD qu’AREVA NC Niger se vit renforcée et le projet de « plateforme » redéployé.
Troublante coïncidence, non ? Voilà de façon succincte la petite saga d’AREVA au Niger et les relations incestueuses que cette société a toujours entretenues avec les dirigeants nigériens. A présent, revenons à l’actualité brûlante..
De la décision du Niger d’ordonner le démantèlement de la plateforme.
Le Ministre des Mines, de l’Energie et du Développement industriel, Omar Hamidou, soutenu par le président de la République, vient d’ouvrir un nouveau front contre AREVA au Niger en exigeant d’elle le démantèlement de la plateforme de sociétés derrière laquelle elle s’abritait pour gruger l’Etat du Niger.
Cela a une qualification bien précise en droit des contrats : des pratiques déloyales à l’encontre du cocontractant, alors même que le Code civil de 1804 dispose en son article 1134, al 2, que ‘’les contrats doivent être exécutés de bonne foi’’. C’est-là incontestablement une décision hautement courageuse et responsable qu’il faut ici saluer et encourager, car conforme aux intérêts supérieurs du peuple nigérien. Dans une lettre en date du 11 septembre 2012, le principal syndicat du secteur des mines, le SYNTRAMIN, avait apporté son soutien ferme et total aux autorités nigériennes pour le sens de la responsabilité et le degré élevé dont elles ont fait montre en prenant cette téméraire décision.
Comme l’avait souligné un auteur, « si la France a très largement profité de l’uranium, en cooptant des régimes autoritaires qui le lui fournissaient au meilleur prix, le Niger n’a hérité que d’une triple catastrophe : une catastrophe environnementale, une catastrophe sanitaire et une catastrophe sociale. Présente au Niger depuis plus d’un demi-siècle (1958), la COGEMA, ancêtre d’AREVA, aura fait mains basses sur l’uranate nigérien en ne laissant que des miettes à l’Etat du Niger, dividendes insignifiants pour lui permettre d’amorcer son développement économique et social. Non seulement l’extraction de ce minerai à haute teneur radioactive cause des atteintes graves à l’environnement, mais en plus, elle expose les populations des zones d’extraction à des périls majeurs pour leur santé physique.
En plus de quarante d’exploitation de l’uranium au Niger, qu’est-ce cela a-t-il apporté à ce pays dans sa lutte pour sortir de la misère et du sous-développement, à part la destruction progressive de son environnement et l’avenir hypothéqué d’une partie de sa population exposée au syndrome de Tchernobyl, ou à part conforter la place de puissance économique de la France dans le monde en ayant à sa disposition un minerai stratégique à vil prix et une main d’oeuvre servile ? En plus de quatre décennies de présence effective sur le sol nigérien, AREVA ne dispose même pas d’un siège ultramoderne, aussi petit soit-il, pour abriter son personnel ! Un véritable scandale étant donné son chiffre d’affaires (près de 50 milliards d’euros) et au regard de l’importance stratégique de ses activités au Niger et dans le monde !
Mais c’est aussi cela l’héritage de l’administration coloniale française qui a fait de ses anciennes possessions des vaches laitières sans aucun plan de développement durable pour ces nouveaux Etats. La situation est encore pire au Niger où cette ancienne colonie de l’Afrique Occidentale Française (AOF) est la seule à n’avoir pas bénéficié d’infrastructures routières et ferroviaires au lendemain de l’indépendance du pays, en 1960. AREVA est l’illustration parfaite de la ‘’Françafrique’’ au Niger, tout comme ELF et Total le furent ailleurs au Gabon, au Congo, au Cameroun et encore au Nigeria. Il a résulté de l’exploitation de l’uranium pendant plus de quarante ans, non pas une quelconque prospérité économique pour cet Etat comme cela aurait dû l’être pour un pays rentier, mais des crises politiques, sociales et parfois identitaires qui auront durablement fragilisé le Niger dans ses efforts de développement.
Notre sort n’aura pas été non plus meilleur que celui des autres Etats africains dont les énormes potentialités minières, au lieu de favoriser fortement leur développement, ont bien au contraire fait leurs malheurs. Cependant, le Niger et son vaillant peuple ne renonceront jamais à leur combat pour l’émancipation totale de l’homme nigérien, débarrassé de tout complexe. En effet, il est grand temps de dépassionner le débat et de calmer les ardeurs. Le combat mené par nos autorités politiques contre la « plateforme » d’ANCN se veut avant tout un débat sur la finance, la bonne gouvernance et l’Etat de droit. Finance, car il s’agit bien là de retombées minières nécessaires à notre croissance économique et à l’émergence de notre pays dans le cadre d’une économie globale.
Nous ne pouvons permettre que cette partie importante de nos ressources soit ainsi spoliée. La bonne gouvernance, parce que dans chaque convention minière établie figure un droit de regard de l’Etat du Niger sur la gouvernance de ces entreprises et que jusque-là, les représentants de la République ont fait figure de pantins oubliant souvent dans quelle direction devait être leur allégeance. Il est grand temps de revoir le plan de gouvernance pour y insérer des Nigériens capables et patriotes. Enfin, le droit, puisque la structure hybride mise en place par AREVA NC Niger ne correspond à aucune section du droit des sociétés telles que prévues par l’OHADA- Elle est donc de fait illégale et va même à l’encontre de toutes les conventions minières.
Du reste, qui mieux que le Président Issoufou Mahamadou, ancien haut cadre des mines, grand connaisseur de tous les rouages de l’extraction minière au Niger, pouvait être à même de prendre ses responsabilités lorsque les intérêts supérieurs du pays l’exigent ? Le Chef de l’Etat saura toujours compter sur la vigilance, le soutien et la mobilisation de tous les Nigériens dès lors que son combat se situe dans le sens de la réaffirmation de la souveraineté de notre jeune République. Nous ne terminerons pas notre propos sans, une fois de plus, saluer son sens élevé du devoir patriotique, sa grandeur d’esprit et son courage. En avant pour le progrès, advienne que pourra, à l’image de ce célèbre vers de Corneille dans le Cid : « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ! ».

Commentaires
vous avez le soutien de tous les nigeriens meme celui de nous autres a l exterieur
2. Très certainement AREVA useront de toutes les stratègies pour contourner la loi, faire des marges et éviter au Niger d'accéder directement au marché de l'uranium.la connaissance de la valeur réelle de ce minerai reveillera le sentiment de nationalisation . Cependant, la question la plus importante est la suivante: Avons nous pris le chemin d'être à même d'exploiter nous mêmes l'uranium? Très certainement pas.
Malgré la création de l"EMIG, EMAÏR et le département de géologie de la fac de science, le chef d'expoitation de ces unités reste et demeure un étranger. Voilà cinquante ans d'exploitation et nous n'avons pas accéder à la science d'exploitation de l'uranium. Moralité: Former des nigériens en russie, en chine, au canada pour assumer notre leur responsabiliter . Il n'ya de transfert de technique