Fait Divers: LA LESBIENNE BARBUE
- Écrit par BIZO (Le Canard déchaîné N°524 du 12 Mars 2012)
Voilà une histoire qui ne se raconte pas dans une mosquée et qui va rebuter bien de consciences éprises de bon sens. Pardon à tous ceux qu’elle dérangerait mais sachez que c’est une histoire vraie, oui une histoire vraie.
A 23 ans, Dottiya hérita d’un métier pas tout à fait commode pour son âge. Il devint le gardien de l’école où son père avait exercé le même travail pendant plus de 30 ans. Et c’était en récompense pour le vieux que l’enfant hérita de la tache de son père ; un métier réservé pour la plupart des cas aux personnes d’un certain âge. Faites le tour des établissements scolaires et vous en serez convaincus. Dottiya dut faire face à plusieurs épreuves et aussi à plusieurs surprises. Des épreuves nous n’en retenons qu’une : la réticence du président du COGES de l’établissement qui avait un autre candidat.
Cependant, face à la détermination des autres membres du COGES, Dottiya fut imposé et recruté comme gardien du CEG Bouka, un des rares établissements de la capitale à ne pas bénéficier de clôture malgré une vingtaine d’années d’existence. Surprise ou difficulté pour le jeune Dottiya ? Difficulté car le manque de clôture a fini par faire du CEG Bouka une passoire, surtout une aire de toutes les débauches une fois la nuit tombée. Et c’est justement par une nuit de sombre lune que Dottiya découvrit ce qui va rester désormais comme étant la surprise de sa vie.
Il était 21 heures et déjà dans ce quartier périphérique les bonnes et décentes âmes se rangeaient pour le sommeil. Seul à circuler dans la cour de l’établissement, Dottiya aperçut deux femmes qui y entraient par un des côtés. Il ne leur prêta pas attention car se disait-il, c’étaient deux amies qui se prêtaient certainement à des commérages et autres quolibets sur une tierce. Il continuait à tourner dans la cour quand il remarqua que les deux femmes s’étaient installées à un coin isolé de la cour. L’une était emmitouflée dans un large Hijab qui descendait jusqu’aux pieds et l’autre, curieusement, portait un tee shirt serré qui laissait voir de loin des seins proéminents. Les deux amies s’assirent à même le sol.
Ça y est ! se dit Dottiya, elles allaient certainement prendre une bonne heure à critiquer, médire et même injurier des hommes qui n’auraient pas répondu favorablement à leurs attentes. Dottiya s’apprêtait à s’éloigner quand il remarqua que la dame en tee shirt s’était rapprochée de celle en Hijab et avait posé sa tête sur les genoux de son amie. Cette attitude fouetta la curiosité de Dottiya. Au lieu de s’éloigner, il prit un virage sans se faire remarquer et se rapprocha des deux femmes. Blotti à dix bons mètres derrière un hangar, Dottiya suivait une de ces scènes hallucinantes dont il entendait parler sous d’autres cieux : deux femmes qui se caressent, deux lesbiennes qui donnent libre cours à leur fantaisie sous le regard ahuri de Dottiya.
La femme en Hijab se faisait plus entreprenante et l’autre subissait sans broncher. Elle retira le tee shirt de son amie et entrepris de lui caresser les seins. Au bout d’un instant, ce qui devait arriver se produisit. La dame en tee shirt étala son pagne et se coucha dessus. Celle en Hijab l’enjamba et tout se passa très vite. De son coin, Dottiya jouait au voyeur. Bientôt, tout s’écroula. Les deux femmes se calmèrent, restèrent couchées un temps puis se détachèrent l’une de l’autre. Elles rajustèrent leurs tenues, se rassirent. La dame en Hijab farfouilla dans ses vêtements et retira un paquet de… cigarettes ! Dottiya n’en revenait pas.
Après trois étincelles, un filet de flammes jaillit d’un briquet et éclaira le visage de la dame ! Dottiya cligna des yeux, ferma et rouvrit ses yeux comme s’il sortait d’un long sommeil. Avait-il bien vu ? Non ! Il ne pouvait se tromper sur ce qu’il avait vu ! La dame en Hijab portait une barbe, une barbiche fournie qui débordait du tissu ! Il lança : « Soubh… ». C’était tout ce qui était sorti de sa bouche. Cependant, il l’avait crié si fort qu’il n’échappât pas aux deux dames ! Elles se levèrent brusquement et regardèrent dans la direction de Dottiya qui s’était davantage tapis derrière son hangar. Revenu de sa surprise, il se mit aux trousses des deux femmes qui quittaient précipitamment les lieux.
Il se mit au travers de leur chemin. Dottiya se tint face à eux, dévisageant la dame en Hijab qui gardait la tête baissée. Après deux reproches, il menaça de les conduire au commissariat. La dame en Hijab se racla à plusieurs fois la barbe avant de lâcher : « Pardonne nous pour cette fois ci ! ». La voix était enrouée, grave, masculine ; c’était un homme qui a parlé ! Dottiya bredouilla : « ikon Allah ! ».

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