Embrasement du front social : La renaissance du Niger manquerait-elle des solutions alternatives ?
- Écrit par Elh Mahamat

Seize mois après l’investiture, à grandes pompes, du Président Issoufou Mahamadou, le front social semble se réveiller.
Le programme de renaissance serait-il en panne de solutions alternatives contre la réalité de l’exercice du pouvoir très éloignée de l’euphorie de la campagne électorale ? Depuis quelques semaines, le front social a renoué avec les mouvements d’humeur. Après la déclaration de l’Intersyndicale des Travailleurs du Niger menaçant de reprendre le chemin des grèves si le gouvernement de Brigi Rafini ne s’empresse pas de donner une suite favorable au protocole d’accord qu’il a signé avec ce regroupement de six centrales syndicales, février dernier.
Pour l’ITN, grande héritière des dernières luttes ayant permis au Président Issoufou Mahamadou d’accéder à la magistrature suprême après une transition militaire de quelques quinze mois. C’est dire que cette montée au créneau des leaders syndicaux au Niger signe la rupture de l’état de grâce que la majorité présidentielle avait voulu plus long en raison de la participation de l’ITN, au sein de la CFDR, à la reconquête des acquis démocratiques et républicains fortement remis en cause par l’ancien Président Tandja Mamadou à travers son « tazartché ».
Puis, il y a eu les dernières grèves dont celle exécutée par le Syndicat Autonome des Magistrats du Niger (SAMAN). Les magistrats nigériens réclament une amélioration de leurs conditions de vie à travers des revalorisations de leurs indemnités. Toutefois, magistrats et autorités n’arrivent pas à s’entendre sur les différents taux d’augmentation. Le mouvement des hommes à la toge noire butte contre l’incompréhension générale car leurs revendications friseraient une boulimie mal retenue.
En effet, la sommation de leurs acquis dépasserait le million de francs CFA dans un pays où un nigérien sur trois serait, qu’un nigérien sur quatre vivrait en dessous du seuil de l’extrême pauvreté et où le salaire minimum de croissance ne dépasse les 29.000 FCFA. Mieux, les milieux politiciens sont bien remontés contre les magistrats qu’ils accusent de vouloir percevoir des salaires au-dessus de ceux des ministres et des présidents des institutions de la République. Même si le suivi du mouvement que le SAMAN avait projeté pour les 31 juillet, le 1er et le 2 Août 2012 a été peu médiatisé, il reste que les citoyens qui observent avec dextérité ce bras de fer continuent à se poser des questions sur les vraies motivations de cette soudaine intransigeance du 3ème pouvoir.
Le même 31 juillet, une grève de 24 heures exécutée par un collectif du secteur de transport avait paralysé les activités dans la capitale et les grandes régions du pays. Le SYNCOTAXI (affilié à la CGT-NIGER), le CPT et le SYNBUS avaient lancé ce mot d’ordre pour protester contre les prix des hydrocarbures et des tracasseries auxquelles font face les conducteurs de taxi. La réussite de ce mouvement qui a fortement perturbé les services publics prouve une fois de plus que le gouvernement du Niger avait fait des mauvais choix dans l’application des prix des hydrocarbures dans un pays qui vient juste de devenir producteur de l’or noir.
Il faut, enfin, noter cet appel des syndicats du secteur rural demandant le boycott par leurs militants des opérations de luttes antiacridiennes annoncées par les autorités en réaction aux prévisions en la matière. Comme on le voit bien, les autorités éprouvent de plus en plus de difficultés pour contenir la grogne sociale qui semble gagner tous les compartiments de la vie socioéconomique de notre pays. Pire, elles avaient affiché une faiblesse de négociation qui avait abouti à la signature des protocoles totalement irréalistes au regard des tensions de trésorerie et de la justice sociale qui doit rester, en filigrane, la boussole des pouvoirs publics.
En clair, cette situation doit être surveillée comme du lait au feu car elle peut connaître une évolution pouvant déboucher sur des actions de rue beaucoup plus préjudiciables au climat d’apaisement jusqu’ici observé par les différents acteurs du pays. Le deuxième feu restant la situation au Mali et les positions dégagées par notre pays à travers ses plus hautes autorités.
Il ne leur reste plus qu’à savoir naviguer entre deux feux pour assurer un pays viable.

