AGISSONS MAINTENANT CONTRE LA FAMINE ET LA CRISE ALIMENTAIRE
- Écrit par OPINIONS N° 169 du 31 JUILLET 2012
On le savait homme de science, on le découvre aujourd’hui journaliste écrivain capable d’animer une tribune dans l’un des plus prestigieux quotidiens français, Le Monde.
Il n’a point choisi son sujet au hasard, il a choisi un sujet de préoccupation nationale à savoir les problèmes alimentaires au Sahel, un défi majeur. Comme vous le savez, dans son programme politique dénommé la Renaissance du Niger, le Président Issoufou Mahamadou y a décliné sa vision de l’autosuffisance alimentaire à travers ce qu’il a appelé ‘’L’initiative 3 N’’ : Les Nigériens Nourrissent les Nigériens. Dans le cadre de son action internationale, le Président Issoufou multiplie les initiatives pour convaincre les partenaires des pays sahéliens de la nécessité d’intervenir massivement pour définitivement éradiquer ce fléau qu’est la faim dans cette partie du monde.
L’article du Président Issoufou s’inscrit donc dans cette dynamique. Important et surtout frappé du sceau de la cohérence et de la profondeur dans la réflexion.
Pour la troisième fois en moins d’une décennie, mon pays est l’épicentre d’une crise alimentaire et nutritionnelle régionale qui atteint 18,6 millions de personnes. Pour la première fois, néanmoins, nous avons anticipé les risques pour tenter d’éviter le pire. Nous avons aussi développé une approche pour mettre fin à ce cycle de la faim.
En associant à la volonté politique des dirigeants d’Afrique de l’Ouest le soutien de la communauté internationale, nous pouvons protéger des millions de personnes au Sahel, lors des prochains mois qui s’annoncent difficiles. Mais nous devons agir maintenant. Il y a neuf mois, dès les premiers signes annonciateurs d’une importante sécheresse au Niger, j’ai alerté sur les risques d’une crise alimentaire et nutritionnelle à venir dans mon pays et fait appel à l’aide internationale pour prévenir les pires conséquences de la sécheresse. Alors que le manque de pluie amenuisait nos récoltes et que les prix alimentaires continuaient d’augmenter, il était clair que les citoyens du Niger auraient besoin d’assistance.
Par ailleurs, avec 60 % des familles vivant sous le seuil de pauvreté, et des prix de 30 % à 40 % plus élevés que la moyenne de ces cinq dernières années, il apparaissait clairement que ce besoin se faisait plus urgent que jamais. Marquant un changement décisif par rapport au passé, dès le mois d’octobre 2011, un plan de réponse d’urgence a été établi en consultation avec les donateurs et les organisations humanitaires. Il a permis de soutenir les moyens d’existence de plus d’un million de personnes dans les premiers mois de l’année, et de se préoccuper des populations vulnérables dans les mois qui ont suivi. L’ampleur du défi n’en demeure pas moins immense.
Actuellement, plus de six millions de Nigériens manquent de nourriture. Après des mois à faire durer les maigres stocks, les réserves des villages sont désormais vides, le prix des céréales de base a augmenté pour devenir inabordable, le fourrage manque pour les animaux et la malnutrition augmente. Les mois à venir seront les plus difficiles, et sans aide, des vies seront détruites. Le Niger dispose d’un plan clair pour protéger ses populations pour les mois à venir, mais seuls 45 % des fonds nécessaires sont disponibles. Nous sommes donc entrés dans une course contre la montre. Or, comme l’a tristement rappelé la crise dans la Corne de l’Afrique en 2011, intervenir tardivement coûte des vies, fragilise les moyens d’existence et crée des situations complexes. Prévenir la malnutrition d’un enfant est bien moins coûteux que de la traiter.
Face au manque de nourriture, les agriculteurs et les éleveurs recourent à des stratégies de survie drastiques : ils contractent des dettes, vendent leurs biens ou diminuent leur nombre de repas. Si nous n’investissons pas maintenant de façon appropriée, ce cercle vicieux de privation risque d’enfermer durablement les populations dans le piège de la faim. Agir maintenant est un impératif moral pour protéger les plus vulnérables, mais plus encore, nous devons tous - gouvernements de la région, pays donateurs, agences des Nations unies, ONG et secteur privé - oeuvrer ensemble à changer la manière dont nous travaillons pour mettre un terme à ces crises récurrentes. Pour garantir un futur où chaque personne au Sahel dispose de suffisamment de nourriture, nous devons changer notre approche et chercher des solutions à long terme.
C’est pourquoi j’ai fait une priorité pour mon gouvernement d’améliorer la productivité de l’agriculture, de promouvoir l’irrigation et les technologies solaires, de moderniser l’élevage, d’améliorer les infrastructures et de protéger l’environnement. Les Nigériens peuvent et vont nourrir les Nigériens. Nous pouvons déjà compter sur de réels succès en matière de lutte contre la faim et la malnutrition. Notre système d’alerte rapide nous a permis de venir en aide aux personnes vulnérables avant que la crise ne démarre. Le restockage a contribué à rendre les céréales accessibles à des prix plus abordables. Le traitement contre la malnutrition est disponible pour davantage d’enfants - plus de 300 000 d’entre eux en ont bénéficié l’année dernière. Mais nous devons faire mieux !
Nous devons briser le cycle de la faim et de la malnutrition. Pour ce faire, nous devons aller au-delà de l’aide d’urgence. Nous devons investir dans des programmes qui renforcent la résilience de nos populations, pour que les sécheresses ne soient pas automatiquement synonymes de crise mais aussi pour que nos populations puissent prospérer durant les bonnes mais aussi les mauvaises années. Des investissements à long terme sont nécessaires pour réduire la pauvreté des nouveaux systèmes d’irrigation et d’approvisionnement en eau, des cultures différentes et mieux adaptées, des réserves alimentaires robustes, des marchés mieux régulés et un meilleur réseau de transports pour accroître la production alimentaire.
Et nous devons consolider ces investissements par le biais d’un meilleur accès aux services de santé, à l’éducation, et à la protection sociale. Ce sont les dirigeants de l’Afrique de l’Ouest qui doivent conduire la région dans une ère de sécurité alimentaire, et c’est avec l’appui et l’assistance de la communauté internationale que nous serons en mesure de le faire.
Issoufou Mahamadou, Président de la République du Niger

