Exclusif : le DG de la BAGRI interviewé par le Journal « LES AFRIQUES »
- Écrit par Propos recueillis par Ismael Aïdara (Les Afriques N°194-22 au 28 mars 2012)
En exclusivité, le directeur général de la Banque agricole du Niger, Rabiou Abdou sort de sa réserve et parle à bâtons rompus des performances de la filiale nigérienne de la holding BRS qu’il a dirigée jusqu’au 24 septembre 2008 et des grandes ambitions de la banque.
«Moins de 2 % de nigériens disposent d’un compte bancaire, mais la BAGRI ambitionne de déplacer les frontières de la bancarisation» Rabiou Abdou directeur général de la Banque agricole du Niger
Les Afriques :Vous avez été une des pièces maîtresses du projet de création du Groupe BRS, de la BRS-Niger et de la filiale de Guinée Bissau. Pouvez-vous revenir sur les temps forts de la mise en route de ces filiales ?
Rabiou ABDOU, Directeur Général de BAGRINiger : C’est l’un des premiers défis que j’ai eu à relever au début de ma jeune carrière de financier. J’en étais très fier. J’ai appris beaucoup notamment auprès du Coordonnateur de cette équipe à savoir M. DEVO. Rien que le fait d’être désigné pour faire partie d’une équipe de 5 cadres de la BCEAO pour conduire la mise en oeuvre d’un projet aussi important, dans un environnement plein de hautes compétences, c’est un signal qui en disait long et c’était un honneur pour ma modeste personne. C’était une Equipe très conviviale. On a travaillé dur et j’aime souvent rappelé que j’ai passé 15 mois dans une chambre d’hôtel au Novotel de Dakar, en mission spécialement consacrée à la création du Groupe BRS.
J’avais tout donné à cet important projet communautaire. J’ai mis en place toute la fondation de la BRS-NIGER pendant les 4 premières années et cette banque était en ce moment l’une des références du Groupe BRS et ma nomination comme DG de la BRS-Guinée-Bissau chargé de son redressement sur la base des termes de référence clairs établis par la Bceao, était simplement la reconnaissance du statut de modèle que représentait la BRS-Niger du moment. Précisons que j’étais DG de la BRSGuinée- Bissau cumulativement avec mes fonctions de DG de la BRS-Niger et pendant la même période j’étais en charge de l’assistance technique à la BRSBénin et à la BRS-Togo. J’étais le plus jeune DG du Groupe BRS à notre recrutement en 2005 (j’avais alors 38 ans). Vers la fin, mon rôle s’étendait bien au-delà de la simple BRS-Niger et je vous demande d’interroger les Administrateurs du Holding du Groupe BRS.
LA : Dans quel état financier, aviez vous laissé la BRS-Niger, au moment de votre départ pour la BAGRI ?
R.A : Bonne question. Avant d’être financier, il faut retenir que je suis d’abord Ingénieur Statisticien- Economiste. Et lorsqu’on a un tel profil, il faut être sûr que l’on prend soin et la précaution de détenir tout son passé professionnel de façon chiffrée et sur la base des statistiques officielles et certifiées. Un statisticien ne laisse pas la place aux spéculations, aux rumeurs ou au dilatoire. Non nous sommes habitués au concret, aux chiffres. Cela dit, j’ai quitté la BRS-Niger le 24 septembre 2008, rappelé à la Bceao (siège) pour nécessité de service. Ce départ a été célébré par un grand cocktail d’au revoir au Grand Hôtel de Niamey avec la participation de tous les administrateurs, 5 ministres du gouvernement du Niger, le personnel et les clients de la BRS-Niger.
La lecture du procès-verbal du Conseil d’Administration de cette banque en date du 24 septembre 2008, signé par le PCA et l’Administrateur représentant de la BOAD, indique que j’ai laissé la BRS-Niger avec des fonds propres effectifs positifs de 1.380.000.000 de f CFA, une taille de bilan de 12,7 milliards, un excédent de produits sur les charges de 255 millions, une trésorerie oisive de 1888,8 millions, 11.000 comptes actifs, le réseau le plus dense de toutes les filiales du Groupe BRS avec 7 agences dont 4 dans les régions, et un taux brut de dégradation de portefeuille de 10,1% après contre expertise du commissaire aux comptes. C’est quand même une performance exceptionnelle ! Le procès-verbal de passation de service signé par moi et mon remplaçant contient également toutes ces données officielles. Peut-on raisonnablement attendre plus d’un DG pour une banque créée avec 2 milliards de capital, après 4 ans de gestion ? Je ne pense pas.
BAGRI, un mécanisme né de la crise alimentaire. (AFP)
LA : Vous confirmez donc la solidité du portefeuille de la BRS-Niger sous votre magistère, contrairement aux informations distillées par vos détracteurs ?
R.A : Oui absolument. On peut analyser et commenter les chiffres, mais on ne les lit jamais à l’envers. C’est vrai que certains détracteurs n’ont jamais lu ces documents officiels qui contiennent la vérité, car ils ne peuvent jamais y accéder et d’autres ne souhaiteront jamais en prendre connaissance du fait de la mauvaise foi lorsqu’ils ne sont pas tout simplement victimes d’une manipulation. Je confirme que jusqu’au 24 septembre 2008, la BRS-Niger est parmi les filiales les plus performantes et servait de modèle dans l’Uemoa (consultez les états financiers comparatifs des 8 pays de 2005 à 2008 et vous serez très surpris). Votre Journal est spécialisé en finance et est lu par les plus grands financiers africains et surtout de la zone Uemoa.
Si j’ai accepté de répondre à vos questions c’est pour que les personnes et institutions, bien averties et détenant ces chiffres officiels, puissent éclairer ceux qui spéculent sur la base du faux et du sensationnel, juste pour nuire. On ne réécrit pas l’histoire surtout en matière de gestion et je vous conseille dans la vie (surtout en Afrique) de toujours bien conserver vos archives. Je suis musulman et même en matière de justice divine dans l’au-delà, chacun répond de ses actes. Dieu ne vous imputera jamais les mauvais actes des petits-fils de votre arrière petit-fils, parce que vous êtes fatalement leurs aïeux. Par contre même quand vous leur laissez une grande fortune en héritage, vous n’aurez aucun dividende au cas même où ces héritiers en font un bon usage pour plaire à Dieu, et en contre partie très logiquement, les péchés commis avec la fortune que vous laissez en héritage ne perturbent pas votre sommeil dans la tombe. Voilà ce que Dieu le Juste décrète et que les hommes doivent impérativement accepter. C’est la vraie Loi.
«On ne réécrit pas l’histoire surtout en matière de gestion et je vous conseille dans la vie (surtout en Afrique) de toujours bien conserver vos archives»
LA : Quelle est votre appréciation de l’évolution de la situation du Groupe BRS et de la BRS-NIGER en particulier de votre départ à la date d’aujourd’hui ?
R.A : Je vous rappelle que je suis tout de même un pur produit de la BCEAO. J’ai toujours gardé cette culture «Banque Centrale», ce qui fait que je ne parle que du bien d’une banque lorsque c’est le cas. Je n’ai donc pas d’opinion sur la situation actuelle du Groupe BRS, ni même de la BRS-NIGER que je connais pourtant mieux que quiconque. Je ne sais que ce que j’ai laissé en 2008, construit à partir de rien et au prix d’un lourd sacrifice avec une équipe de collaborateurs dont je garde d’excellents souvenirs et qui ont tout donné pour faire de la BRSNIGER ce qu’elle était jusqu’en 2008.
Cela dit, j’aurais été certainement plus heureux si 4 ans après moi, la BRS a pu progresser ou dans le pire des cas on a pu la maintenir au niveau où nous l’avions laissée. On ne renie jamais son fils dans notre culture, notre histoire est bien liée à celle de la BRS qui j’en suis convaincu, demeure un outil formidable de développement moyennant peut-être un petit recentrage. Le Groupe renferme encore d’excellents banquiers, membres fondateurs de certaines filiales, qui sont capables de faire du Groupe BRS un pôle financier de développement très rentable financièrement et économiquement et dont nos pays ont sérieusement besoin.
LA :Vous êtes actuellement Administrateur Directeur Général et même actionnaire de la BAGRI. Vous avez été le concepteur de cette banque et on a beaucoup spéculé sur les initiateurs de l’idée de la BAGRI. Selon vous cette banque est-elle l’oeuvre exclusive ou non du Conseil Supérieur pour la Restauration de la Démocratie du Général SALOU Djibo ?
«L’Etat c’est une continuité. Le débat sur la paternité d’un tel projet est donc pour moi une discussion stérile... La banque a vu le jour pendant la transition, sous le Gl Salou.»
R.A : En fait depuis la liquidation de la Caisse Nationale de Crédit Agricole (CNCA) en 1986, tous les dirigeants du Niger qui se sont succédé ont eu à un moment ou à un autre, l’idée de mettre en place un mécanisme de financement de l’agriculture. L’Etat c’est une continuité. Le débat sur la paternité d’un tel projet est donc pour moi une discussion stérile. Ce qui est vrai par contre, c’est que l’étude de faisabilité de la BAGRI a été conduite de bout en bout en 2010 par nos soins, au Cabinet du Premier Ministre Danda pendant la transition dirigée par le Général Salou et la banque a vu le jour dans cette période.
LA : Pourquoi, les autorités ont attendu 2011 pour la création d’une Banque agricole au Niger, pays à vocation agro- sylvo-pastorale ?
R.A : Je crois que le contexte s’y prêtait mieux en 2011 et la coïncidence avec la crise alimentaire a certainement accéléré la prise de conscience de la nécessité de doter le pays d’un tel mécanisme.
LA : Combien a coûté le ticket d’entrée de BAGRI sur le marché nigérien ?
R.A : Le capital de la Banque est de 10 milliards de f CFA. Nous avions en fait anticipé le relèvement du capital que pourraient décider les Autorités Monétaires après la phase de 5 milliards de f CFA.
LA : Quelle est la configuration actuelle du tour de table ?
R.A : Le capital de 10 milliards de f CFA est détenu par 5 actionnaires. L’Etat du Niger en détient 35% pour compte propre et un portage de 64% à céder progressivement aux investisseurs d’ici 2015.
LA : En tant qu’actionnaire majoritaire de référence, l’Etat s’est engagé dans un processus de diluer ses parts progressivement jusqu’à l’échéance 2015. Pourquoi cette option et quelle est sa portée ?
R.A : Vous savez que depuis l’expérience de la gestion peu orthodoxe et très souvent politique des banques de développement et l’épisode des années 80-90, la présence des Etats dans le capital des banques est très encadrée par les Autorités Monétaires et même les institutions financières internationales, pour ne pas dire simplement que cette présence est peu souhaitée. Avec ses 35% seulement, l’Etat détendra une minorité de blocage qui garantira le maintien de la vocation agricole de la Banque. Et c’est une très bonne approche.
LA : La forte présence de l’Etat dans le capital n’entrave- t-elle pas la gestion et la crédibilité de l’éligibilité de vos prêts ?
R.A : Non pas du tout. Je vous assure qu’il n’y a aucune interférence de l’Etat dans nos décisions de gestion. Nous assurons une gestion autonome de la Banque selon nos procédures et dans le strict respect des normes d’appréciation de risque. La gouvernance bancaire a ses règles, et nous veillons à leur respect. Dieu merci, l’OHADA a mis suffisamment de garde-fous dans la gouvernance des sociétés anonymes et la Loi Bancaire a renforcé les exigences en matière de qualité et de compétence dans le choix des dirigeants de banque.
LA : Quels sont les critères d’accessibilité aux crédits de la BAGRI ?
R.A : Certes la BAGRI est une banque à vocation agricole, mais à l’instar des autres banques agricoles de la sous-région, elle a été agréée en qualité de banque universelle finançant tous les secteurs de l’économie, dans un souci de prévention de risques covariants. Cette stratégie de diversification de portefeuille nous conduit à mettre en avant la rentabilité des projets que nous finançons, avec un peu plus de souplesse dans le financement des groupements de producteurs. Mais il est important de noter que dans le cas de la BAGRI, tirant les leçons de certaines expériences, il n’est indiqué nulle part que la banque est dédiée à une cible donnée.
Nous finançons la lutte contre l’insécurité alimentaire en cherchant à accroître les bases productives de notre économie, peu importe le statut du nigérien qui souhaite produire. Et d’ailleurs nous nous sommes rendus compte que les vrais producteurs au Niger ne sont pas forcément les paysans, ils sont soit fonctionnaires, soit de grands commerçants. Ce sont eux que l’on appelle agriculteurs, un concept différent de celui de paysan qui lui ne cherche qu’à produire pour survivre. En outre, notre mission de promotion de l’industrialisation endogène du Niger, basée sur l’agro-industrie, facilite l’accès des entreprises de ce segment aux crédits de la BAGRI.
«Avec ses 35% seulement, l’Etat détendra une minorité de blocage qui garantira le maintien de la vocation agricole de la Banque»
LA : S’agit-il d’un modèle industriel bancaire exporté au Niger, si l’on sait que la Caisse Nationale du Crédit Agricole du Sénégal est votre partenaire technique stratégique dans le montage du projet ? R.A : Non le partenariat technique en matière bancaire ne signifie pas cela. Disons que la CNCAS du Sénégal est notre partenaire technique comme elle l’est d’ailleurs pour beaucoup d’autres banques agricoles de la sous-région. La CNCAS a une grande expérience dans le financement agricole et cette expérience peut nous inspirer, mais on ne peut pas parler d’exportation d’un modèle de l’industrie bancaire. C’est une bonne coopération sudsud, et je vous assure qu’elle est d’un grand apport pour la BAGRI.
LA : Le marché est largement dominé par des mastodontes comme la Sonibank, BIA-Niger rachetée par Coris Bank et des groupes bancaires panafricains, Ecobank, BOA. Quelle va être la partition de BAGRI dans l’offre des produits bancaires à la clientèle ?
R.A :Moi je considère qu’il y a toujours de la marge sur le marché bancaire nigérien, il suffit seulement de savoir l’identifier et de développer des stratégies appropriées pour se positionner sur les nouveaux segments en plus des créneaux traditionnels qu’il faut discuter avec la concurrence. Ainsi va la règle. C’est pourquoi notre approche de marché est centrée sur l’innovation. La présence des grandes banques que je respecte beaucoup d’ailleurs, n’est pas une préoccupation pour la BAGRI. Pour vous faire une confidence, sachez qu’en général j’aime les défis et faire réussir la BAGRI en est un pour moi et mon équipe. De nature je suis quelqu’un qui ose et qui aime prendre des risques calculés. Je n’aime pas du surplace ou l’effet de mode. C’est la condition pour avancer pour un pays, une entreprise et même pour un individu.
Une banque universelle qui lutte contre l’insécurité alimentaire.(AFP)
LA : Qu’avez-vous entrepris en termes d’expansion du réseau BAGRI à Niamey et dans les régions du pays pour rapprocher vos services aux citoyens ?
R.A : Même dans ce domaine nous innovons. Nous avons opté pour une banque de proximité, mettant le client au centre de ses préoccupations. Notre pays est très peu bancarisé (moins de 2 % de nigériens ont un compte bancaire) et la BAGRI ambitionne de déplacer les frontières de la bancarisation au Niger. C’est dans ce cadre que déjà en 12 mois d’activité, conformément au plan d’affaires, la Banque compte une dizaine d’agences avec une couverture pratiquement de toutes les régions du pays.
Cette dynamique va se poursuivre avec la même intensité. Il y va de la sécurité de nos financements dans les villages reculés et de l’efficacité de notre dispositif de collecte de l’épargne rurale. Pour en mesurer la portée, je suis sûr que vous ne pouvez pas imaginer que le Campus de l’Université de Niamey n’a été doté d’une agence bancaire (et un DAB) que le 18 février 2012 par la BAGRI. Quel est ce Campus dans les pays de l’UEMOA qui ne compte pas 1 à 2 guichets ou distributeurs ?
LA : A court terme, y a-t-il une stratégie de se positionner dans le top «middle-market» au Niger ?
R.A : Oui la forte capitalisation de la BAGRI la propulse de fait parmi les banques moyennes au Niger dès la fin de son premier exercice, avec une taille de bilan de l’ordre de 18 milliards de f CFA.
LA : Quel est le bilan financier de l’activité bancaire, un an après son démarrage ?
R.A : En matière d’appréciation du financement de l’économie, j’ai une forte préférence pour les statistiques en termes de flux plutôt qu’en termes d’encours. C’est ainsi qu’en flux, nous avions injecté 14,963 milliards de f CFA dans l’économie nationale en 12 mois d’activité, dont 4,540 milliards au profit de l’agriculture ; 3,660 milliards au titre du financement des entreprises et 6,761 milliards pour les particuliers. Le produit net bancaire s’est situé à 1212 millions. Le taux de remboursement était de l’ordre 94% pour une prévision de 90%, ce qui indique un trend assez favorable à consolider et à améliorer.
LA : Quelle est la part de la contribution de la BAGRI dans le financement de l’économie nigérienne notamment dans l’agriculture ?
R.A : Cela me parait prématuré et approximatif de donner un sens analytique au poids relatif au niveau national en un an d’activité. Toutefois, les données {xtypo_quote}La Banque a lancé un programme test de financement des intrants pour un montant initial de 2 milliards de f CFA.{xtypo_quote}comparatives dans le secteur semblent indiquer que nous avons déjà laissé 3 banques derrière nous en termes de taille de bilan, sur les 10 banques que compte le Niger. Par contre dans le financement de l’agriculture, il est indéniable que la BAGRI se positionne déjà comme leader avec environ 97% du total du financement que les banques ont consacré à l’agriculture au Niger, selon nos statistiques et la Centrale des Risques. Rien d’étonnant je suppose car logiquement la BAGRI devrait faire plus que cela, mais l’ampleur du risque dans l’agriculture nous recommande une certaine prudence. Cela confirme aussi que ce secteur vital pour notre économie n’est pas du tout financé.
LA : Existe-t-il un dispositif pour réduire les risques de crédit auxquels la BAGRI s’expose ?
R.A : Oui. Pour accompagner l’activité de la BAGRI, il a été mis en place 3 fonds dédiés, à savoir le Fonds de garantie agricole qui couvre nos interventions à hauteur de 75% pour les cultures sous pluie et 50% pour les cultures irriguées et l’élevage, le Fonds de bonification agropastoral, qui permet d’alléger les charges d’intérêt en supportant 5 points de % sur le taux commercial facturé par la BAGRI, le Fonds de prévoyance et d’atténuation des calamités agropastorales, qui permet de reconstituer les capacités productives de nos clients après un sinistre.
LA : Etes- vous sollicité par l’Etat dans la mise en place du financement des campagnes agricoles ? A combien évaluez vous vos interventions ?
R.A : Disons que le financement de la campagne au Niger n’a pas la même organisation qu’au Sénégal et au Mali avec l’arachide et le coton. Nos filières ne sont pas au même niveau de structuration et justement notre difficulté dans le développement du portefeuille agricole est l’absence d’une demande de financement agricole structurée. Nous intervenons à notre manière dans les filières riz et oignon. Dans ce cadre, en avril 2011, la Banque a lancé un programme test de financement des intrants pour un montant initial de 2 milliards de f CFA. De l’avis des producteurs (et c’est une réalité au Niger), déjà pour cette première année, l’intervention de la BAGRI a boosté la production de l’oignon à un niveau record et notre problème aujourd’hui se pose en termes de commercialisation car la surproduction s’est traduite par une chute spectaculaire des prix. Nous sommes donc obligés d’accompagner les producteurs dans la commercialisation en urgence pour la filière oignon.
LA :Avez-vous intégré dans la gamme de vos produits, la bancassurance-agricole pour pallier aux cycles de crises alimentaires ?
R.A :Non pour l’instant nous ne sommes pas à ce niveau de perfection en matière de financement agricole. J’ai néanmoins eu une séance de travail à Dakar avec la Compagnie d’assurance agricole du Sénégal pendant mon voyage d’étude, lors de l’étude de faisabilité de la BAGRI. La bancassurance-agricole n’est pas encore assez développée et il me semble que l’expérience sénégalaise est la première dans la zone CIMA. En principe si les 3 Fonds prévus sont bien dotés, la BAGRI peut s’estimer bien couverte même sans la bancassurance agricole, qui risque d’être difficilement rentable au Niger au regard des fortes caprices climatiques qui caractérisent notre pays.
LA : Bon nombre de banques agricoles au Sud du Sahara ont été rachetées par des majors, seriez-vous tenté dans les années à venir par des opérations de fusion ou d’acquisition ?
R.A : Cette question semble être au-delà de ma compétence en tant que Directeur Général même si je suis petit actionnaire et Administrateur de la BAGRI. Disons que pour l’instant nous sommes au stade de l’ouverture du capital à certaines catégories d’investisseurs, conformément aux engagements pris par les promoteurs de la Banque et déjà des intérêts se manifestent dans le sens d’une prise de participation.
LA : Quelles sont les ambitions de la BAGRI d’ici à l’horizon 2015 ?
R.A :Notre pays s’est engagé dans un programme de renaissance avec des perspectives pétrolières et uranifères très prometteuses. La BAGRI dispose d’ailleurs d’une agence dans l’enceinte de la Raffinerie de Zinder. Les Autorités ambitionnent de ne plus considérer l’adversité climatique comme une fatalité et ont lancé l’initiative 3N (les Nigériens Nourrissent les Nigériens). De par son statut de banque agricole, l’ambition de la BAGRI est de consolider sa position d’instrument stratégique et opérationnel de mise en oeuvre de l’initiative 3N. La banque se veut l’intermédiaire financier de tout le dispositif national de lutte contre l’insécurité alimentaire. En quelque sorte la «banque verte» finançant la «révolution verte» dont rêvent les nigériens.
LA :Vous êtes de quel camp politique ?
R.A : Ecoutez ! S.E.M le Premier Danda disait un jour à un journaliste qu’«au Niger chacun a son coeur quelque part». Ceci étant, tout le monde ne peut pas être politicien. Il faut accepter et même souhaiter qu’il y ait des postes et des fonctions techniques dans un Etat. Je suis un technocrate opérant dans un secteur très sensible, qui n’aime pas de bruit, régi par des lois et normes spécifiques communes à plusieurs pays et je me considère comme tel. Mon silence sur plusieurs sujets et contrevérités est dicté par cette contrainte professionnelle, pas plus.
Propos recueillis par
Ismael Aidara
Bio Express : Qui est Rabiou Abdou ?
Agé de 45 ans, Rabiou ABDOU est diplômé de 3 Grandes Ecoles d’ingénieurs de renommée internationale. Il y accéda suite à des concours internationaux et par bourse d’excellence. Cap à Kigali, capitale du Rwanda de 1988 à 1991, puis direction Abidjan de 1992 à 1995. Un grand tournant de son cursus académique intervient suite à son admission aux prestigieux instituts français INSEE/ENSAE de Paris durant la période 1995-1996. Sa formation d’Ingénieur Statisticien-Economiste, spécialisé en Modélisation Macro-économétrique, bonifie son parchemin et le met sur orbite. Dans sa vie professionnelle, Rabiou ABDOU fut Conseiller Economique, Commercial et Politique à l’Ambassade du Canada de 1998 à 2000.
Avant de poser son baluchon à la tour financière sous-régionale de la BCEAO en qualité de Fondé de Pouvoirs durant la période 2000 à 2008. A la BCEAO, il apporte une bouffée d’oxygène à l’institution pendant les 5 premières années au niveau du Service Crédit. Les plus hautes autorités de la Banque Centrale le cooptent en compagnie de 4 Cadres pour conduire les études devant aboutir à la création du Groupe BRS. Conscientes des enjeux du nouveau holding BRS, les autorités jettent leur dévolu sur lui pour diriger la filiale nigérienne du holding de 2005 à 2008. Et c’est après cela qu’il a été nommé DG de la BRS-NIGER (après test, de 2005 à 2008).
Chargé de cours d’économétrie et d’analyse des données à l’Université de Niamey durant une décennie, il migre à la station primatoriale où il assume les fonctions de Conseiller Spécial du Premier Ministre au Niger, Chargé des questions économiques, financières et monétaires en 2010-2011. Couronnement de son parcours, il préside le Conseil National d’Orientation et de Contrôle du Fonds d’Investissement des Collectivités Territoriales (2010-2011) avant d’enfiler l’écharpe d’Administrateur Directeur Général de la Banque Agricole du Niger (BAGRI) en juillet 2010.
22 mars 2012
Publié le 16 mars 2012
Source : http://www.lesafriques.com/

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