 La semaine dernière, nous faisions état, à travers ces colonnes, des conditions obscures dans lesquelles la société Aviation Handling Service (AHS SA – Niger) a vu le jour en 2004, pour poursuivre les prestations d’assistance au sol des avions dans les aéroports du Niger, à la suite de la liquidation définitive de la compagnie multinationale Aïr Afrique. Nous avons décidé de revenir cette semaine encore sur le sujet dont le traitement nous paraît indispensable dans le cadre de l’opération ‘’assainissement’’ engagée par le Conseil Suprême pour la Restauration de la Démocratie (CSRD), parce que tout simplement nous pensons que l’Etat a été grugé dans cette privatisation. Plus grave encore, la société n’a pas réalisé les investissements attendus inscrits dans le cahier de charges. Il convient tout d’abord de souligner que le processus de privatisation du service d’assistance au sol des aviations a revêtu un caractère illégal. L’ancien ministre des Transports, Souleymane Kane, qui s’en est occupé a pris un raccourci illégal pour rétrocéder l’outil. Après avoir dissout la cellule technique mise en place aussitôt la disparition d’Aïr Afrique pour assurer la continuité du service, c’est par un arrêté qu’il lance l’avis d’appel d’offres international à l’issue duquel deux candidatures sont retenues : celle du Menzies Aviation Group AHS et celle de Niger Handling. Le dépouillement et l’évaluation des deux offres ont permis de désigner Menzies comme ad- judicataire. Peut-on lancer un avis de privatisation par un arrêté ministériel ?
Sous la deuxième mandature de la 5e République, cette affaire a valu au ministère Kane une interpellation devant le parlement. Le député, auteur de l’interpellation, a voulu notamment savoir les conditions de création de la société et les avantages que l’Etat en tire ; son montant capital actions et les actionnaires ; la situation de paiement des droits des anciens agents de la défunte Aïr Afrique ainsi que les chiffres d’affaires réalisés par la société de 2004 à 2006. A travers les éléments de réponses qu’il a fournis, Souleymane Kane avait laissé et les députés et l’opinion sur leur faim. Les questions essentielles n’ont pas eu de réponses satisfaisantes Il s’était complu à décrire le processus ayant abouti au choix de la société adjudicataire, qu’il a présentée comme un professionnel mondialement reconnu dans le secteur. Sans pour autant citer les actionnaires locaux dans le montage de la société qui est de droit nigérien. Sur les avantages que l’Etat en tire, il a énuméré l’assurance de l’exercice de l’assistance des avions au sol selon les normes admises sur le plan international, en insistant sur l’extension par la nouvelle société de la couverture d’assurance de son réseau à Niamey ayant permis à l’Etat d’économiser une somme de 600 millions de francs. Il a aussi mentionné l’engagement de la société à réaliser des investissements de l’ordre de 1,5 milliards de francs CFA en trois ans dont 1,1 milliard déjà réalisés à la date de l’interpellation ; la création d’emploi dans le secteur du transport aérien qui s’est traduite par l’embauche de 80 agents de la défunte multinationale ; le paiement d’une redevance de concession de 5% du chiffres d’affaires annuel à l’Etat ainsi que l’acquittement des impôts et taxes sur le bénéfice. Kane a poursuivi son énumération en évoquant le transfert de technologie qui s’est opéré à travers des formations assurées à des employés de la société, et certaines facilités ponctuelles accordées à l’Etat du Niger par la société Aviation Handling Service (AHS SA – Niger). Concernant la deuxième question, il s’était contenté de renvoyer les députés au Journal Officiel dans lequel les noms des actionnaires et les spécifications de la nouvelle société sont consignés. Le règlement des droits des agents de la défunte multinationale a constitué la troisième question et sur ce point précis, Kane s’était livré à des explications visant à montrer la mauvaise foi des syndics créés à Abidjan pour ensuite souligner les efforts déployés par l’Etat, à travers la mise en place de mécanisme, pour soulager les agents nigériens de la défunte multinationale qui ont été finalement désintéressés, selon lui. Concernant les chiffres d’affaires réalisés par la société sur la période 2004-2006, l’ancien ministre des Transports s’était refugié derrière le statut privé d’AHS SA Niger pour dire qu’il ne pouvait disposer de ce type d’informations. Malheureusement la réalité des faits bat en brèche ces explications qu’il avait fournies aux députés pour avoir la paix. La nouvelle société, qui a hérité du patrimoine (dispositif technique, engins, entrepôts, bâtiments) de la multinationale Aïr Afrique alors que celui-ci revenait automatiquement à l’Etat comme dans les autres pays, n’a réalisé aucun investissement en 7 ans de gestion de l’assistance au sol des avions. Elle a continué de fonctionner avec le matériel légué par la multinationale qui est on ne peut plus vétuste aujourd’hui. Les bus pour le transport des passagers à l’embarquement et au débarquement ont été acquis par l’Etat dans la perspective des Jeux de la Francophonie organisés par le Niger en 2005. Concernant les emplois, elle en a plutôt supprimés, en jetant immédiatement dans la rue une bonne partie des agents de la défunte multinationale, qui sont aujourd’hui dans une situation de détresse pour certains. Ils n’ont appris à faire que ce travail et un beau matin, on leur dit qu’ils ne sont plus utiles. La reconversion n’est pas facile pour certains, et il n’y a pas une autre société sur la place qui mène ce type d’activités. Quand Kane déclare que la société assure un service de qualité, il ne donne pas des éléments de comparaison ne serait-ce qu’en citant quelques exemples dans la sous-région. De ce point de vue, la qualité des prestations dans certains aéroports de l’Afrique de l’Ouest est sans commune mesure avec ce qui se passe à Niamey encore moins au niveau des aérodromes de l’intérieur du pays. Pour ce qui est des recettes engrangées par l’Etat grâce à cette société, seule une inspection permettrait de confirmer ou d’infirmer les allégations de l’ancien ministre des Transports. Ce qui est sûr, c’est qu’elle a généré beaucoup de bénéfices pour les actionnaires en 7 ans d’exploitation. Mais pour l’Etat, cela reste à vérifier, au regard des conditions troubles dans lesquelles l’instrument a été cédé.
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