Libération des 10 militaires accusés de coup d’Etat Deux poids deux mesures au sein même de l’armée ?
- Écrit par A.I. (Le Canard déchaîné N° 544 du 30 juillet 2012)
En juillet 2011, une dizaine de militaires des forces armées nigériennes avaient été arrêtés dans une affaire dite de coup d’Etat manqué contre la jeune 7e République.
Le 2 août de la même année, lors de son message à la Nation de la fête de l’indépendance, c’est le Président de la République lui-même qui confirma cette affaire de complot qui projetait son élimination physique pure et simple. Le président Issoufou s’était alors exprimé ainsi : « Dix de ceux qui avaient décidé de tenter à la sécurité de l’Etat ce jour-là sont aux arrêts disciplinaires et l’un d’entre eux est en fuite. L’enquête se poursuit avec l’espoir de remonter aux commanditaires. La loi sera appliquée dans toute sa rigueur, à tous ceux qui, sans raison objective ont cru devoir remettre en cause le choix opéré par le peuple souverain nigérien ».
Après 9 mois de prison ferme, les dix sous-officiers et hommes du rang ont bénéficié d’un nonlieu décrété par la justice qui avait d’ailleurs bouclé son enquête depuis janvier 2012. Les dix infortunés ont donc été libérés le lundi 23 Avril 2012. Depuis lors, ils ont été réaffectés ou ont réintégré leurs postes antérieurs. Tous, sauf un (1) en la personne du lieutenant Hambali qui continue à végéter dans une incertitude injustifiée. Tandis que ses autres camarades des mauvais jours sont en passe d’oublier la mésaventure qu’ils ont vécue avec la normalisation de leur situation, le lieutenant Hambali lui, vit dans la précarité la plus totale.
Pas d’affectation, pas de retour au bercail (son ancien poste), un salaire dépouillé de toutes les indemnités et surtout aucune explication tangible. Pourquoi une telle discrimination ? Malheureusement, la réponse à cette question se trouve coincée dans les entrailles de ceux qui sont à la base de la situation ainsi créée. Accusé injustement des citoyens, parce que des agents de renseignement font du zèle pour montrer qu’ils méritent leurs salaires, est peutêtre une chose à la limite tolérable au Niger. Non pas parce que c’est légitime ou légal mais simplement parce que ça tend à être une tradition bien établie.
Tous les régimes qui se sont succédés de l’indépendance à ce jour ont eu leurs présumées «tentatives » de coup d’Etat qui se sont révélées infondées après investigation. Rappelons au passage le cas des 4 officiers nigériens accusés de vouloir déstabiliser la transition du CSRD. Celui du capitaine Namata sous la 5ème République de Tandja Mamadou pour ne citer que ces illustrations. Mais maintenir un citoyen dans une situation de non droit après que la justice l’ait lavé de tout soupçon frise l’indécence, la dictature, et pardessus tout une violation grave des droits de l’homme dans un Etat qui se dit de droit et dans une République démocratique.
Alors, si dans la plupart des cas, aucune réparation n’est faite à l’égard de ceux injustement accusés et aucune sanction prise à l’encontre de ceux qui accusent gratuitement, il est cependant intolérable d’aller plus loin dans une rupture totale d’égalité entre Nigériens éclaboussés par une affaire créée de toutes pièces. Cela s’appelle de l’injustice et c’est ce genre de pratique que condamnent notre Constitution et toutes les lois de la République. Il est donc urgent de chercher le grain de sable qui bloque la machine pour rétablir la justice et l’équité entre ces dix soldats qui ont déjà trop cher payé pour un crime qu’ils n’ont pas commis.
Car de telles situations sont de nature à discréditer la Renaissance, le régime de Issoufou Mahamadou et le Niger tout entier. Il n’y a qu’une seule et unique justice au Niger. Elle doit être égale pour tous.

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