21ème anniversaire de la Conférence Nationale : 29 juillet, désormais consacrée journée de la Démocratie
- Écrit par Yahaya Garba (La roue de l'histoire)
Notre pays a commémoré le 29 juillet 2012 le 21ème anniversaire de la Conférence Nationale Souveraine (CNS).
Cette année, la cérémonie a été couplée à la 1ère édition de la journée de la démocratie qui sera désormais célébrée le 29 juillet de chaque année. A cette occasion, une conférence débat a regroupé au palais du 29 juillet, sous le haut patronage du premier ministre Brigi Rafini, en présence du Ministre porte-parole du gouvernement M. Marou Amadou, des députés nationaux et des anciens acteurs des joutes du 29 juillet 1991 dont M. Mohamed Moussa, membre du présidium. 1991- 2012, cela fait exactement 21 ans jour pour jour que s’étaient ouvertes les activités entrant de la cadre de la Conférence Nationale Souveraine.
Cette année, l’innovation qui consacre la célébration de cet événement est l’institution de la date du 29 juillet, journée de la démocratie. Le Comité d’Organisation des Grands Evénements (COGE) qui a la charge d’organiser ces événements a prévu une conférence débat sur le thème: «Bilan de 20 ans de démocratie au Niger : forces et faiblesses» animée par deux éminents conférenciers à savoir : M. Sanoussi Tambary Jackou, président du Parti Nigérien pour l’Autogestion (PNA Al’Oumma) et enseignant chercheur à la retraite à l’Université de Niamey, ministre conseiller spécial du Président de la République et Dr Souley Adji, socio politologue, enseignant chercheur à l’Université de Niamey.
Dans son discours d’ouverture de cette journée le Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, porte parole du gouvernement M. Marou Amadou a indiqué que la conférence nationale a jeté les bases de la démocratie dans notre pays et forgé la conscience et l’attachement du peuple Nigérien à la liberté et au droit ainsi que son refus de l’autoritarisme et du pouvoir personnel. Puis rappeler que le gouvernement a décrété la date du 29 juillet de chaque année, ‘’journée de la démocratie’’. Il s’agit à travers cet acte de célébrer et rendre hommage à un moment historique de notre pays, qu’est la conférence nationale, selon lui.
Ce fut alors le tour des conférenciers d’occuper la tribune pour la conduite des débats qui ont été, faut-il l’avouer, très riches et très émouvants. A plusieurs moments, l’audience s’est rappelée de l’atmosphère souvent lourde qui a caractérisé les trois mois de débats au Palais des Sports entre les forces dites progressistes. Prenant la parole le premier, le président du PNA Al’ Oumma Sanoussi Tambary Jackou a rappelé d’entrée de jeu que la démocratie nigérienne a subi plusieurs vicissitudes et des moments de hauts et de bas avec un chemin tortueux qui reste hélas semé encore d’embûches. Il a jugé utile de donner un aperçu général de l’histoire de la démocratie dans l’humanité, mais aussi de donner une définition à ce concept.
Le conférencier a donné une dizaine de définition de la démocratie selon certains penseurs issus des domaines variés. Il a relevé aussi qu’il existe plusieurs formes de démocratie à travers quelques exemples telle que la démocratie antique d’Athènes en Grèce, la démocratie bourgeoise, la démocratie chrétienne, la démocratie conservatrice (Pays-Bas, Suisse, Belgique), la démocratie délibérative, la démocratie directe avec référendum, la démocratie populaire, la démocratie économique et sociale, la démocratie semi directe, la démocratie prolétarienne, etc. Il a attiré l’attention sur la nuance qu’il faut tirer entre la démocratie et la République. La République, a-t-il dit, est le mode d’organisation d’un Etat, la démocratie quant à elle, elle s’applique à n’importe quel groupe social. Il y a des Républiques sans démocratie et vice-versa.
En Europe, il y a des monarchies démocratiques comme l’Angleterre, l’Espagne, la Belgique, les Pays-Bas, le Danemark, la Suède, le Luxemburg, la Principauté de Monaco. En Asie, on n’a le Japon qui est un Empire. Dans les pays arabes du Golfe, on n’a l’Arabie Saoudite, la Jordanie. En Afrique, on n’a le Maroc, le Lesotho, mais en Amérique tout est République. Après ce petit tour introductif, M. Sanoussi Tambari Jackou s’est appesanti sur la vie démocratique du Niger. Il a relevé plusieurs périodes de succès et de faiblesse dans la marche de notre pays en matière démocratique.
Il y a eu d’abord la démocratie coloniale de 1946 à 1958, la démocratie étouffée à parti unique de 1959 à 1974, puis l’éclipse de la démocratie avec le régime d’exception de Kountché du 15 avril 1974 à septembre 1989, puis la démocratie limitée de la 2ème République du Niger avec parti unique avec le Président Ali Chaïbou. Ensuite vint la révolution démocratique avec la tenue de la conférence nationale souveraine en 1991. Ce fut une nouvelle expérience de la démocratie multipartite du 25 décembre 1992 au 27 janvier 1996. Malheureusement, assista dans la même année à une nouvelle éclipse démocratique sous la transition de Baré 27 janvier 1996 au 12 mai 1996.
Ce fut alors la démocratie contrôlée de la 4ème République après cette transition du 12 mai 1996 au 09 Avril 1999 avec l’assassinat du Président Baré. On retombe encore dans l’instauration d’un régime d’exception du 11 avril 1999 au 22 décembre 1999. Après, notre pays fait son retour à la vie démocratique avec la 5ème République du 22 décembre 1999 au 22 décembre 2009 sous la conduite du Président Tandja Mamadou. Et brutalement, on s’enfonça dans la démocratie anti-démocratique de la 6ème République contestée et rejetée par l’opinion nationale et internationale. Elle n’a duré que quelques jours du 04 août 2009 au 18 février 2010.
Notre pays va connaître encore un régime exception sous la conduite de Djibo Salou le putschiste du 18 février 2010 venu prétendument restaurer la démocratie du 18 février 2010 au 7 avril 2011. Et enfin, c’est l’espoir de la vraie restauration de la démocratie avec l’installation des autorités de la 7ème République depuis le 7 avril 2011. Leur élection à la tête du pays a été saluée par la communauté internationale à cause de la clarté et du scrutin qui ont été organisés à cet effet. Le candidat malheureux, chef de file de l’opposition en a fait même le déplacement pour aller présenter ses félicitations au candidat élu. Le second conférencier, Dr. Souley Adji, s’est plutôt appesanti sur le comportement des différents acteurs démocratiques post conférence nationale.
L’insuffisance d’une culture démocratique interne, l’absence de la formation des militants, la personnalisation du pouvoir, l’instrumentalisation de l’ethnie, la relégation des femmes au second rang, le manque de constance idéologique, l’opportunisme des acteurs politiques, ce sont là entre autres, les quelques maux qui font obstacle à l’épanouissement de notre démocratie, a déclaré le conférencier. Les autres composantes qui constituent un autre frein au développement et à l’épanouissement de la démocratie Nigérienne, sont les forces armées Nigériennes, les acteurs de la société civile ainsi que la presse. S’agissant de la première,c'est-à-dire l’armée, Souley Adji explique son comportement par le fait qu’elle est tributaire de l’ancien système et considère la démocratie comme un coup de force à son encontre, a précisé le conférencier.
Parlant de la société civile, Souley Adji d’indiquer que cette dernière a perdu ses engagements d’antan, c'est-à-dire des années 1990. Cependant malgré toutes ses insuffisances constatées ça et là, la culture démocratique est ancrée dans le comportement des Nigériens. Vingt un (21) ans après la conférence Nationale Souveraine, le Niger est à sa 7ème république soit une moyenne de trois (3) ans par république. Espérons qu’avec l’instauration de la journée de la démocratie, les différents acteurs joueront chacun pleinement son rôle pour consolider et sauver davantage les acquis démocratiques. Car la démocratie n’est pas seulement un mot, mais un comportement.

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