ELUCUBRATIONS AU SUJET DES «VOYAGES DU PRESIDENT»
- Écrit par Seyni Bory (Journaliste) Sahel Dimanche du 10 aout 2012
Alors que les préoccupations nationales sont toutes tendues vers l'imploration du Tout-Puissant pour qu'il gratifie le pays d'un hivernage pluvieux et fécond...
les spécialistes de ce-qui-se-dit-en-ville grouillent dans les salons de Niamey, rivalisant d'explications plus farfelues les unes que les autres sur tel ou tel sujet d'actualité ... La dernière trouvaille de ces experts en intox a pour thème principal les «voyages du président» à l'étranger. Evitant soigneusement de dire que le Président Issoufou Mahamadou a aussi, depuis longtemps, fait le tour du Niger, ces politiciens au petit pied vous donnent, calculatrice en main, le coût, en francs CFA, des déplacements du Chef de l'Etat et, lorsque vous leur paraissez dubitatif, en font le décompte en kilomètres, précisant, sans rire, que ce Magellan des temps modernes a totalisé en l'espace d'un an l'équivalent de plusieurs fois le tour de la terre.
On est en plein délire ! En toute chose, il faut pourtant savoir raison garder ! Le monde change. Le monde a changé. En cette ère de globalisation à outrance où chacun compte ses amis et où les investissements sérieux se négocient pied à pied, il n'y a pas de places assises pour les pauvres. Ni pour leurs dirigeants conscients des devoirs de leurs charges. Or donc, le Président Issoufou voyage. Mais ce ne sont point des voyages de sinécure. Depuis son accession à la magistrature suprême en avril 2011, l'homme n'a ménagé ni son temps ni sa santé au service de la Nation.
Souvent en déplacement, tantôt à l'intérieur, tantôt à l'extérieur du pays. Bref passage en revue : le Chef de l'Etat vient d'effectuer une visite d'amitié et de travail en République populaire de Chine, un pays engagé depuis quelques années avec le nôtre dans un partenariat gagnant-gagnant dans des domaines aussi stratégiques que ceux du pétrole et de l'uranium. Deuxième puissance économique mondiale et gros investisseur, ce pays, aujourd'hui passage obligé des dirigeants du monde entier, entretient avec le Niger une coopération mutuellement bénéfique dont les résultats, visibles (2ème Pont de Niamey, Raffinerie de Zinder (SORAZ) pour ne citer que ceux-là), méritent d'être consolidés et amplifiés.
De fait, la visite du chef de l'Etat dans l'Empire du Milieu a été, d'emblée, sanctionnée par l'annonce d'un don d'un montant de 13 milliards de francs CFA de la Chine à notre pays et la révision, à la baisse, du taux de remboursement du crédit chinois consenti pour la construction de la SORAZ et son étalement sur une période plus longue, toutes opérations qui vont faire faire d'importantes économies à l'Etat. Le séjour chinois du Président Issoufou a également été l'occasion de la signature de nombreux accords et conventions portant financement d'infrastructures aussi essentielles que celles relatives à la résolution du problème récurrent d'eau à Zinder, la future Centrale thermique de Sadakamna, une ligne haute tension Malbaza-Maradi-Zinder, la Cimenterie de Kaou et une usine de fabrication de sucre à Gaya, sans compter la construction d'un hôpital de référence à Niamey.
Faut-il encore ajouter qu'en marge de sa visite officielle et de ses entretiens avec les milieux d'affaires chinois et les autorités politiques, dont le Président HU Jintao, le chef de l'Etat s'est adressé à la 5ème Conférence ministérielle du Forum de Coopération Chine-Afrique dans le cadre duquel Pékin a annoncé avoir porté l'enveloppe de son aide à l'Afrique à 20 milliards de dollars pour les trois prochaines années. Les habitués des voyages au long cours savent ce qu'il en coûte, physiquement, de traverser autant de fuseaux horaires pour rallier Niamey à Beijing. N'empêche ! Il n'a pas manqué, ici, de malins esprits pour se demander ce que le Chef de l'Etat est allé chercher en Chine, et pourquoi il y est allé maintenant, alors que la guerre gronde à notre porte du fait de la crise malienne.
Jugez-en le ridicule : hier seulement, les mêmes manquaient de mots pour railler les voyages du président Issoufou en Côte d'Ivoire, au Sénégal ou au Burkina Faso où se discutaient les questions traitant justement de ce dossier malien. En route pour Pékin, le Chef de l'Etat a, du reste, pris part à Addis-Abeba, en Ethiopie, à une session ordinaire de la Conférence des Chefs d'Etat et de gouvernement de l' Africaine (UA) dans l'ordre du jour de laquelle la question malienne a occupé une place de choix. Rétrospectivement, nul homme sensé ne peut, de bonne foi, faire reproche au Chef de l'Etat d'avoir rendu visite, à Paris, à son vieil ami de l'International Socialiste (IS), François Hollande, au lendemain de son accession au pouvoir, ou d'avoir fait entendre la voix du Niger, pays sahélien s'il en est, au Forum de Rio de Janeiro (Brésil) sur l'environnement mondial en juin dernier.
Pas plus qu'à celui, centré sur l'économie nigérienne et les investissements, tenu à Londres, capitale de la finance internationale, durant la même période. Aussi loin que porte le regard, tous ces déplacements du Chef de l'Etat sont, ainsi qu'on le voit, estampillés «Niger d'abord». Pour ceux qui connaissent les desseins de l'homme pour son pays, il ne saurait en être autrement. Il n'est pas mauvais de le répéter pour clouer au pilori les élucubrations des autres.

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