52ème anniversaire de l’indépendance du Niger : Le Président de la République opte pour une répartition plus équilibrée des revenus pétroliers
- Écrit par Laoual Sallaou Ismaël (Roue de l’Histoire N°623)

A l’occasion de la commémoration du 52ème anniversaire de l’accession du Niger à la souveraineté nationale, le Président de la République, Chef de l’Etat, a consacré à la tradition en prononçant un message à la Nation. Un message d’espoir et d’espérance essentiellement articulé autour des perspectives promotteuses qui s’offrent pour le Niger dans les prochaines années. Les ressources minières et pétrolières et leurs retombées, les infrastructures, les secteurs sociaux de base, ont été au centre du Message du Président de la République qui opte manifestement pour de gros investissements dans les secteurs sociaux de base et une répartition plus équilibrée de la rente pétrolière.
Un bel avenir pétrolier pour le Niger A l’entame de son discours, le Président de la République Issoufou Mahamadou a tenu à rappeler que le 52ème anniversaire de notre indépendance est le premier que célèbre notre pays depuis qu’il est devenu producteur du pétrole. Ce qui pour lui, depuis le 28 Novembre 2011, date d’inauguration de la raffinerie de Zinder, permet au Niger non seulement de satisfaire ses besoins en produits pétroliers raffinés mais aussi d’en exporter. Moteur de la croissance de notre économie, les perspectives s’annoncent prometteuses. En effet, a annoncé le Chef de l’Etat, avec beaucoup de satisfaction, ‘’de nouvelles découvertes ont permis d’accroître les réserves pétrolières sur le permis d’Agadem et que de très bonnes perspectives s’offrent à nous sur celui de Bilma’’.
Issoufou Mahamadou évoquera par ailleurs, les négociations en cours avec le Tchad et le Cameroun pour la construction du pipeline qui permettra l’évacuation du pétrole brut à travers ces deux pays. ‘’Le Niger a donc, devant lui, un bel avenir pétrolier’’, soulignera-t-il avant de s’interroger sur l’attente des nigériens à ce sujet. ‘’Je sais que vous vous demandez, à juste titre, quel emploi des ressources financières, tirées du pétrole, fera le Gouvernement afin qu’elles profitent au plus grand nombre de Nigériens’’, dira le Président Issoufou Mahamadou. La réponse du Chef de l’Etat à ce sujet est claire : ‘’ le Gouvernement a décidé d’affecter ces ressources à la satisfaction des besoins de l’immense majorité de notre peuple, tels qu’ils ont été identifiés dans le programme de renaissance que celui-ci a approuvé par son vote le 12 Mars 2011’’.
En termes clairs, le Gouvernement entend investir dans l’éducation, la santé, l’accès à l’eau, la sécurité alimentaire, les infrastructures et la création d’emplois pour les jeunes. Ce qui laisse peu de chance, du moins pour l’année 2012, à l’aboutissement des revendications pressantes d’une frange de la société civile nigérienne qui réclame la baisse du prix des hydrocarbures à la pompe. Issoufou Mahamadou semble dire que les retombées du pétrole profiteront à tous, les populations des villes comme des campagnes. Il citera d’ailleurs à cet effet, pour soutenir l’orientation des ressources vers les gros investissements, le lancement le 3 Juillet 2012, des travaux de construction de la route Diffa –N’Guigmi- Frontière avec le Tchad, qui rentre dans le cadre de ces perspectives.
‘’Ce qui permet de parachever le noble projet de la route de l’unité, projet conçu et en partie réalisé par le Président Hamani Diori (que son âme repose en paix), père de l’indépendance…’’ de même que ‘’les études de faisabilité de la route du pétrole Bilma-Agadem-N’gourti- N’guigmi’’, devait-il indiquer. Dans le même ordre d’idée, le Président Issoufou Mahamadou a rappelé l’examen en Conseil des Ministres, par le gouvernement du Plan de Développement Economique et Social (PDES) pour la période 2012-2015. ‘’Ce plan ambitieux, élaboré sur la base des orientations du programme de renaissance et de la Déclaration de Politique Générale du Premier Ministre, prévoit, un taux minimal de croissance de 6% environ, ce taux pouvant atteindre deux chiffres’’ devait-il préciser.
Pour le Président de la République, ‘’cette croissance sera portée par une relance de la consommation des ménages et des investissements, une augmentation des dépenses publiques, un accroissement des exportations et la promotion d’industries de substitution à certaines importations’’. Mais, devait indiquer le Chef de l’Etat, un peu plus prudent à ce niveau, cela suppose que soient poursuivie et renforcée la lutte contre la corruption, la fraude fiscale et les détournements des deniers publics et une répartition des revenus en faveur des couches sociales les plus défavorisées, une lutte contre les inégalités et la création d’une classe moyenne capable de contribuer non seulement à la prospérité économique du pays mais aussi à sa stabilité politique.
Des défis qui gangrènent notre pays et dont la mise en oeuvre reste encore timide au regard des espoirs suscités par la 7ème République à son installation. La lutte contre la corruption et les détournements des deniers publics semble, à cette étape, ne pas donner satisfaction à l’écrasante majorité des nigériens. Quant aux inégalités sociales, si beaucoup a été fait pour une meilleure répartition des richesses avec le monde rural, beaucoup reste à faire pour résoudre le problème crucial des disparités salariales entre les différents secteurs de la vie publics et les multiples statuts autonomes et particuliers de certains corps de la fonction publique qui créent des frustrations au niveau des fonctionnaires de l’Etat. Rassurant et prévoyant, le Président Issoufou Mahamadou se veut, malgré les urgences, optimiste.
A ce sujet, il parlera du Plan du Développement Economique et Social (PDES) et ses programmes d’investissements que le gouvernement soumettra à une table ronde des bailleurs de fonds dans le courant du dernier trimestre de cette année, ainsi que de celle sur le financement de l’initiative « 3N ». Issoufou Mahamadou confiant dira que les ‘’résultats de l’offensive diplomatique qui est menée, de Paris à Washington, de Londres à Beijing ou Rio nous permettent d’être optimistes quant à la mobilisation des ressources extérieures nécessaires à la réalisation de nos objectifs’’. L’espoir est permis surtout par rapport aux perspectives sur les recettes qui seront tirées non seulement du pétrole mais aussi de l’exploitation de l’uranium et des autres ressources naturelles, parmi lesquelles figurent le charbon de Salkadamna et le ciment de Kao dont les dossiers sont bien avancés, a indiqué le Président de la République qui mentionnera par ailleurs, la poursuite normale des travaux de construction du barrage de Kandadji sur lesquels il y’avait eu, un moment, des inquiétudes.
Vers la modernisation de l’administration publique Toutefois, le Président de la République ne perd pas de vue la cheville ouvrière de la mise en oeuvre de cette politique ambitieuse, à savoir l’administration. ‘’…les actions de développement que nous sommes en train d’engager suppose une administration performante’’. Il ne manquera pas de relever les faiblesses de cette administration qui ont pour noms la faible capacité d’absorption des ressources financières mises à la disposition du Niger par nos partenaires au développement ; la lourdeur des procédures et des mécanismes de décaissement et le manque de performance de notre administration. A ce sujet, le Président de la République engagera ‘’le Gouvernement à prendre toutes les mesures nécessaires pour faire de notre administration l’outil de développement indispensable à la réussite du programme de renaissance’’.
Issoufou Mahamadou préconisera à cet effet que l’administration fonctionne selon les règles axées sur les résultats avec l’établissement d’un cahier de charge à l’attention des agents. Il suggérera également la prise des mesures pour rendre effectifs les contrôles administratifs à travers la redynamisation des inspections au sein des ministères. Des réponses aux chocs alimentaire et sécuritaire Dans son message à la Nation à l’occasion du 3 août 2012, le Président de la République n’a pas manqué de revenir sur ce qu’il a appelé les ‘’séries de chocs’’ qui ont affecté le Niger et qui continuent encore à hanter le pays, notamment le choc de la crise libyenne, le choc de la crise malienne et le choc de la mauvaise campagne agro-pastorale 2011. Par rapport aux questions sécuritaires, le Chef de l’Etat rendra un vibrant hommage aux forces de défenses et de sécurité ‘’qui ont su empêcher toute implantation, sur notre territoire, de groupes armés venus de Libye’’.
Hommage aussi ‘’pour avoir su, jusqu’ici, protéger le pays des débordements de la crise malienne’’. Issoufou Mahamadou réïtérera l’engagement du gouvernement à ‘’renforcer leur moral et pour accroître leur capacité opérationnelle ainsi que leur capacité de renseignements’’. Appréciant la situation qui prévaut au Mali voisin, le Président de la République fondera l’espoir qu’un Gouvernement d’ Nationale, capable de mobiliser l’ensemble du peuple malien derrière lui, y sera très bientôt mis en place. Toutefois, il n’exclut pas l’hypothèse que la crise soit durable et qu’elle ne puisse pas trouver de solution politique. ‘’Nous devons donc rester vigilants. Nous devons, comme nous l’avions fait dans le cas de la crise libyenne, nous préparer à faire face à toutes ses conséquences’’, soulignera-t-il.
S’agissant de la crise alimentaire, le Chef de l’Etat a salué ‘’les réactions positives des pays amis, des organisations multilatérales et des Organisations Non Gouvernementales (ONG)’’ qui ont répondu promptement au programme d’urgence conçu et mis en oeuvre par le Gouvernement, afin de soutenir efficacement les populations vulnérables. ‘’Grâce à leur soutien et à notre propre mobilisation, nous avons démontré que sécheresse n’est pas synonyme de famine’’, notera-t-il avec satisfaction. Pour autant, le combat contre l’insécurité alimentaire se poursuit. Pour la campagne agro-pastorale en cours, le Gouvernement a pris, à temps, les mesures appropriées, pour mettre, à la disposition des agriculteurs et des éleveurs, les intrants nécessaires notamment les semences, les engrais et autres produits phytosanitaires ainsi que des aliments pour bétail, rassurera le Chef de l’Etat.
S’agissant de la lutte antiacridienne, notera-t-il, le Gouvernement a déjà mobilisé 2 milliards de FCFA et engagé des actions sur le terrain. De toutes les façons, ‘’dans le cadre de l’initiative «3N» et quels que soient les résultats de la campagne actuelle, le Gouvernement est instruit pour qu’il n y ait aucun temps mort entre la campagne pluviale et celle des cultures irriguées’’, devait conclure le Président de la République à ce sujet. Regard aussi sur la vie chère, en ce mois béni du Ramadan où malheureusement on assiste à une flambée des prix sur les marchés. ‘’Je sais aussi que cette période est généralement inflationniste, notamment s’agissant des produits de première nécessité comme le sucre. Je demande aux opérateurs économiques de respecter les engagements pris dans le cadre des rés organisées par le Ministre chargé du Commerce notamment celles du forum national sur la lutte contre la vie chère et de la Commission Nationale de Lutte contre la Vie Chère’’, a rappelé le Président de la République qui annoncera la mise en chantier par le Ministre chargé du commerce d’une loi sur la protection des consommateurs.
Toutefois, pour alléger dans l’immédiat les souffrances des populations laborieuses, le Président de la République a rappelé la vente à prix modérés de 3000 tonnes de sucre et le projet d’installation d’une industrie sucrière dans le pays avec un volet agricole qui permettra aux producteurs de canne à sucre de disposer de revenus réguliers et conséquents. Les actions d’allègement des souffrances des populations se poursuivent également à travers des opérations de vente à prix modérés, débutées depuis le mois de février 2012 et qui portent sur 131.000 tonnes de céréales jusqu’en Septembre, la distribution gratuite, à partir de Juin jusqu’en Septembre, de 123.000 tonnes de vivres qui permettront d’atteindre 2.400.000 personnes, le transfert inconditionnel d’argent à hauteur d’environ 48 milliards de FCFA entre Décembre 2011 et Juillet 2012 et 12,5 milliards prévus pour les mois d’Août et de Septembre, la récupération nutritionnelle au profit de 485.000 enfants et de 116.000 femmes enceintes allaitantes et accompagnantes.
Autant de mesures d’urgences et des perpectives à long terme qui dénotent de la volonté du Président de la République à aller en plein coeur du programme de la Renaissance.
