IL Y A TROIS ANS, LE REFERENDUM TAZARTCHE: Quels enseignements en tirer ?
- Écrit par Seidou Yacouba Maiga (LE COURRIER N° 220)
Il y a trois ans, précisément le 4 août 2009, le Président Tandja Mamadou, en fin de deuxième et dernier mandat, conviait les nigériens au referendum controversé...
consacrant sa volonté de se maintenir au pouvoir, malgré les dispositions claires de la Constitution de la 5ème république. L'article 36 de la Constitution du 18 juillet 1999 stipule, en son alinéa 1, que " le président de la République est élu pour cinq(5) ans au suffrage universel libre, direct, égal et secret. Il est rééligible une seule fois ". Et, en dépit de l'arrêt du 12 juin de la Cour constitutionnelle qui a annulé le décret convoquant ledit referendum. Contre tout, sous prétexte qu'il ne devait jamais trahir ou travestir les aspirations du peuple, le referendum fut organisé, et la nouvelle Constitution votée, inaugurant ainsi la 6ème République. Elle aura une durée de vie brève, moins de deux (2) mois.
Au passage, notons que depuis les indépendances, chaque Président nigérien a, eu à lui seul, sa République. Le Président Tandja, lui, en a eu deux (la 5ème et la 6ème). En comparaison à notre pays, la France vit sous la 5ème République depuis 1958. Décrié par la majorité des nigériens, partis politiques, syndicats et associations, et l'extérieur, le referendum n'en recueillit pas moins de chiffres époustouflants, jamais atteints dans l'histoire politique récente de notre pays : 68,26 % de taux de participation, avec 92,5 % de oui ; 3.704.558 votes favorables sur 4.126.199 inscrits, c'est à en perdre le souffle ! Pour couronner le processus, des élections législatives seront organisées le 20 octobre 2009, le Mnsd rafla 76 sièges sur 113.
La nouvelle Assemblée installée le 14 novembre, Seini Oumarou, président du parti présidentiel, en fut élu le Président le 28 novembre. Les innovations majeures de la Constitution de la 6ème République sont en substance : 3 ans de bonus hors processus électoral pour le Président en exercice, l'instauration d'un régime présidentiel fort, la modification du serment du Président qui ne subit plus la rigueur de la loi en cas de parjure, la candidature à souhait à la magistrature suprême. Les conséquences socio politiques furent nombreuses : restriction des libertés, arrestations arbitraires, instrumentalisation de la justice, montage de faux dossiers contre ceux qui refusent d'être aux ordres, la contrainte à l'exil des trois leaders de l'opposition de l'époque (Issoufou Mahamadou, Hama Amadou, Mahamane Ousmane), crispation de la situation sociale.
A l'extérieur, ce fut la mise aux bans du pays, la suspension des plusieurs relations bilatérales et multilatérales, la suppression de multiples aides financières et assistances techniques. C'est dans cette situation plus que tendue qu'intervient, le 18 février 2010, le coup d'Etat de Djibo Salou et ses compagnons. L'intérêt de convoquer dans le présent les actes posés par les hommes dans le passé, au plus haut point, est d'en tirer des leçons utilitaires. Le vent du tazartche qui a soufflé sur notre pays en 2009 a été un désastre et montre à quel point la démocratie est fragile et qu'à tout moment, si les citoyens ne sont pas vigilants et ne résistent pas, nous pouvons basculer dans un régime hybride ou contraire à l'esprit de l'époque.
C'est l'occasion de rappeler à nos dirigeants qui sont aussi, c'est vrai, des hommes comme nous avec les imperfections que l'on sait, les engagements pris vis-à-vis de l'ensemble du peuple et non une partie du peuple. Afin qu'ils puissent éviter les flatteries de leurs courtisans, et la prise en otage par un cercle qui ne considère que ses intérêts de groupe, pour ne considérer que les observations porteuses de l'intérêt général. Les actes d'un homme politique, de surcroît le magistrat suprême, ont des conséquences dramatiques sur la nation, quand ils ne visent que la réalisation de la seule ambition politique personnelle. Car, s'il est vrai que le chef peut être induit en erreur par son entourage, il est aussi responsable du choix des hommes qui l'entourent.
Dans tous les cas, il ne saurait être dédouané de sa responsabilité qui reste pleine et entière il s'agit du respect scrupuleux des dispositions cardinales de la loi fondamentale. La société humaine est basée sur des règles, des lois conventionnelles qui nous protègent tous, sans le respect desquelles les fondements mêmes de la vie collective sont détruits. C'est le respect de ces dispositions qui permet de maintenir l'ordre nécessaire à la vie en société et à la société ellemême de se maintenir dans l'existence. Sinon, c'est la loi de la jungle, la loi du plus fort. Et celui-ci, on le sait, n'est jamais assez fort pour être toujours le maître. Le tazartche fut une erreur, une perte de temps, d'énergie, d'argent pour notre pays. C'est vrai que ça ne sert à rien de le ressasser tout le temps. Allons de l'avant, comme le disait si bien l'honorable député Issa Lémine.
C'est notre histoire, nous devons l'assumer en tant que partie intégrante de notre passé politique, mais avec la conviction que la démocratie est synonyme de respect des règles conventionnelles qu'on peut certes changer mais auxquelles il faut obéir en attendant leur modification dans les conditions prescrites. En évitant bien sûr les modifications fantaisistes qui constituent, selon Gandou Zakara, " les maladies infantiles des démocraties africaines ". La démocratie est respect des libertés fondamentales et des droits humains. Si elle n'est pas le meilleur système politique, il est au moins le moins mauvais. Le président de la République, tout chef de l'Etat qu'il est, ne tire la légitimité de son pouvoir que du peuple qui en est le fondement.
Et tout pouvoir humain, ne peut se maintenir, malgré les canons de son détenteur, sans l'assentiment de ceux sur qui il s'exerce. Nous devons donc oeuvrer à consolider l'Etat de droit, et promouvoir la démocratie, parce que la démocratie protège aussi bien le brigand que l'honnête citoyen.

Commentaires
Dieu vous gugera d'avoir vendu ce pays aux mecréants? ALLAH YA ISA.
Cet article est une reponse à la declaration de l'ARN (l'opposition) qui a bien posé des questions légitimes par rapport a l'assainissemen t des finances publiques entre autres. Au lieu que le gouvernement ( ou allié) reponde pour éclairer au moins le Peuple, il se jette sur son sport favoris de delation et d'intimidation. Désolé, il faudra que les Politiques arrêtent de prendre le Peuple comme des enfants, on suit bien ce qui se passe ds ce Pays et on peut aisement faire la part des choses. Je dirais que desormais les jours sont comptés pour ce régime à caractère mensonger. Vive le Niger, Vive son Peuple très Patient.