RUMEURS ET PREDICTIONS SUR LE SORT DU REGIME
- Écrit par Boussada Ben Ali (L’ACTION N° 55 DU 23 AOUT 2012)
La vie chère, les prix à la pompe des hydrocarbures dans un pays producteur du pétrole, l'argent qui ne circule pas, les voyages du Président...
l'assainissement qui bat de l'aile, la crise malienne avec ses conséquences et incertitudes, les incendies des marchés, les inondations et leurs dégâts matériels et humains ; constituent le lot quotidien de plaintes des Nigériens qui languissent dans l'attente de voir le gouvernement se ressaisir ou partir. Du coup, l'expression de la détresse humaine est devenue quasi publique au grand dam du légendaire flegme que l'on reconnaît, volontiers, aux Nigériens au point de se demander quel spectre hante encore le Niger. Et la rumeur, entretenue par ceux qui en ont fait une arme de " récupération massive des esprits " n'est pas pour faciliter les choses à ceux qui veulent trouver des solutions rationnelles à nos problèmes.
A entendre les jérémiades poussées, ça et là, on se croirait vraiment dans le scénario du célèbre titre de Chinua Achébé ''Le monde s'effondre''. Aucune autocritique n'est formulée sur nos propres responsabilités quant aux événements qui nous tombent dessus. A la manière de l'autruche, nous nous voilons les yeux pour rejeter loin, très loin de nous, toute responsabilité. Les inondations ont déjà fait quelques 33 morts selon une source officielle. Les dégâts matériels, le nombre d'habitations effondrées et les champs de cultures perdus sont encore mal estimés. Mais, une chose est sûre, selon le Président de la République, les régions de Dosso et d'Agadez sont les plus touchées.
Que faire alors ? Au chevet des victimes des inondations de la rive droite et de saga, le président Issoufou a annoncé la mobilisation d'un Milliard de nos francs pour faire face à la situation. La première Dame Hadjia Aissata Issoufou a très vite exprimé sa compassion aux sinistrés et a apporté sa modeste contribution pour soulager leurs souffrances. Au regard de tous les autres constats alarmants, que compte faire le gouvernement pour satisfaire les attentes des citoyens et ne pas laisser la rumeur et les prédictions des charlatans paralyser son action? De prime abord, il convient de revenir sur terre. En dehors de la vie chère, de la situation des catastrophes diverses entraînées par les incendies des marchés et les inondations, les autres sujets restent virtuels et relèvent de la politique politicienne.
L'indicible malaise invoqué, çà et là, n'est que la résultante de notre refus collectif à accepter la marche de notre pays vers la stabilité et le développement. Or, ces deux conditions ne peuvent se réunir lorsque le sens de la démocratie est dévoyé par des individus qui, tout en ayant conscience de leurs actes, pensent tromper la majorité d'entre nous en se faisant passer pour des saints. C'est le cercle vicieux. L'étouffement de la démocratie, d'une manière ou d'une autre, mène toujours à l'étouffement des initiatives et du progrès dans notre pays. A l'opposé, un relâchement des pouvoirs publics conduit inéluctablement à l'anarchie et à la rumeur comme repère de la gouvernance. Dès que la rumeur, basée le plus souvent sur l'irrationnel, s'installe dans les esprits, elle corrompt les valeurs et les principes.
La rumeur tue le travail producteur pour libérer la diffamation, la calomnie et la paresse. Même les esprits cartésiens s'en remettent au syncrétisme. Les dires des charlatans, vendeurs d'illusions, ont plus de force que la réalité tangible des choses. Les nigériens ont pris goût à ces prédictions malveillantes, la classe politique y excelle déjà. Au finish, on est tenté de croire que ces sont ces charlatans qui gouvernent. Ils poussent les gouvernants à attiser le feu des frustrations et des exclusions et les opposants à distiller le venin de l'apocalypse au sein de l'opinion. Conséquence : le peuple est désemparé de sorte que chaque matin que Dieu fait, il se réveille avec le sentiment d'attendre un événement. Quel événement ? Il n'en sait rien ! Mais un événement tout de même.
Faudrait-il user de toutes ces voltiges mystiques pour faire comprendre aux gouvernants qu'il faut de la rigueur pour diriger et à l'opposition du tact pour saisir les opportunités qui se présentent à elle ? Faudrait-il tout cela pour provoquer un remaniement ministériel, une baisse des prix des hydrocarbures ou un recasement des victimes d'incendies ou inondations ? De notre point de vue, il est grand temps que notre classe politique, tous bords confondus, prenne ses responsabilités. Il est temps que le peuple comprenne que son bonheur passe aussi par des choix rationnels. Le ''sur place'' ne convient pas à un peuple laborieux et paisible.
On peut faire bouger les choses tout en restant serein sans propager des rumeurs folles pour atteindre son but. Que dis-je encore ? Alors que je cherche une chute à mon article, voilà qu'une autre rumeur vient me bouleverser l'esprit ! Bismillahi ! Que Dieu nous épargne. Ainsi va le Niger.


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