Discours du Ministre d'Etat Bazoum Mohamed au Mouvement des Pays Non Alignés
- Écrit par Ministre d'Etat Bazoum Mohamed
Monsieur le Président, Excellences Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames et messieurs, Je voudrais en commençant remercier les autorités iraniennes pour l'accueil chaleureux qu'elles ont réservés depuis notre arrivée dans cette belle ville de Téhéran.
Le thème de notre conférence, Paix durable à travers une gouvernance mondiale conjointe, doit nous inciter à réfléchir sur la place de notre mouvement dans la configuration internationale actuelle qui, il faut le reconnaitre, n'a plus rien à voir avec le contexte de l'époque de sa naissance et de son âge d'or que furent les années 60 et 70. Il me semble qu'un tel effort requiert de notre part plus d'engagement que le rituel de nos rés habituelles dont les discours convenus en font des rencontres dont on peut faire l'économie, tant il est vrai que rien ne les distingue de celles que nous tenons dans le cadre de l'ONU.
Ce qui caractérise le monde aujourd'hui c'est avant tout l'absence de toute forme de conscience au principe de ce qui en tient lieu de gouvernance. L'économie l'ayant emporté sur tous les autres paramètres de la vie, nous assistons à une hégémonie du capital financier qui a fini par déconnecter la richesse des investissements productifs, faisant place nette aux activités spéculatives qui ont fait des dirigeants des grandes banques les vrais maitres de la planète.Le mal du monde d'aujourd'hui tient au manque d'un gouvernement d'un monde que les technologies modernes de la communication ont pourtant passablement rapetissé.
Cette impression que l'on a aujourd'hui de l'absence de leadership mondial tel qu'incarné au début du siècle dernier par les grandes figures dont nous nous souvenons tous, tient au recul de la politique et d'un minimum de morale par conséquent et au primat corrélatif de l'argent dans la vie sociale. Les relations internationales se ressentent de cet état de fait car l'ordre du monde est dicté par une propension à la banalisation du droit et à la prééminence du rapport des forces dicté, en dernière instance par l'économie.Le droit international qui régit le monde aujourd'hui s'origine des contextes de grandes violences des 19 ème et 20eme, incarnés notamment par les 1 ère et 2eme guerres mondiales.
Sa vocation est de prévenir les guerres et de promouvoir la paix afin que l'humanité vive en paix, dans le respect des Etats et de leur souveraineté. Or il est courant que nous assistions à l'évocation du droit international pour provoquer des guerres, à travers des mécanismes de perversion des règles sur lesquelles reposent la paix et la stabilité du monde.
Monsieur le Président, Il me semble que si le MNA veut influer sur le cours politique international et jouer un certain rôle sur la scène mondiale, il doit impérativement promouvoir les moyens par lesquels un autre rapport de forces puisse s'établir dans les relations internationales, à même de conduire au respect du droit.A cet effet notre mouvement se doit de s'occuper de façon exclusive de quelques grandes thématiques internationales, tout en se donnant les moyens institutionnels et politiques de les faire aboutir.
Il peut, par exemple, se concentrer sur le problème palestinien et refuser cet fait accompli abject du déni du moindre droit au peuple de Palestine au nom de raisons qui n'ont plus rien à voir avec la sécurité d'Israël abusivement invoquée, mais qui tiennent à des considérations d'un autre âge, que l'humanité a totalement dépassé. La vérité, c'est qu’une grande part de la violence dans le monde a à voir avec cette plaie béante qu'est le sort infligé au peuple palestinien par des gouvernements d'Israël de plus en plus intransigeants, convaincus qu'ils sont de leur impunité en vertu de normes diplomatiques inédites et spécieuses.
Pour réduire de façon considérable la violence, dont le principal foyer reste le Proche Orient, il faut impérativement rendre ses droits au peuple palestinien conformément aux nombreuses résolutions prises à cet effet par l'ONU. Notre mouvement peut notamment s'assigner cela comme objectif central si tant est qu'il veuille cesser d'être une simple tribune dont la finalité est d'orchestrer des palabres sans conséquences. Pour s'occuper de ce problème dont la résolution changera beaucoup de choses dans l'ordre violent de ce monde, ainsi que d'autres questions comme celle de la gouvernance mondiale à devoir démocratiser, notre mouvement ne peut continuer d’exister comme à l'ère de la Conférence de Bandung.
Pour être efficace le MNA doit cesser d'être une auberge espagnole pour devenir une organisation dotée d'un minimum de cohérence et adossée à un minimum de structures susceptibles de donner suite aux réflexions qui s'y font. A l'évidence un tel pari est extrêmement difficile et bien des forces redoutables s'y opposeront avec acharnement. Mais le tenter me parait donner un certain sens à nos rés qui ne sauraient indéfiniment se perpétuer rien que pour entretenir le souvenir de ce mouvement qui n'avait connu ses heures de gloire que parce qu'il s'était assigné des missions précises.
Certes, à l'époque aussi son organisation n'avait jamais pu passer par un exécutif de toute façon problématique au regard de l'asymétrie qui l'a toujours caractérisé. Mais notre époque marquée par le recul de l'enthousiasme propre au recul des idéologies et de la foi qui leur est consubstantielle, a besoin de plus de moyens que par le passé, même pour aboutir à des résultats très modestes. En tout état de cause il vaut mieux que le MNA se donne une réelle ambition, quitte à ne pas la réaliser et accepter alors de disparaitre plutôt que d'exister à travers des conférences comme celle que nous tenons actuellement et dont on ne perçoit pas le véritable enjeu.
Monsieur le Président, ma réflexion n'est peut- être pas convenue ni même diplomatiquement correcte, mais j'ai voulu de cette façon maladroite et plutôt superficielle nous convier à une réflexion dont on ne fera pas, à terme, l'économie.
JE VOUS REMERCIE DE VOTRE ATTENTION.

