LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE CHANGE DE FUSIL D'ÉPAULE De l'assainissement à la remise des Nigériens au travail
- Écrit par Le COURRIER N° 229 DU 10 OCTOBRE 2012
La remise des Nigériens, désormais cheval de bataille du président de la République, Issoufou Mahamadou subira-t-elle le même sort que l'assainissement ?
Encore une fois, les choses sont parties comme à la vitesse de la lumière. Visites surprises dans les ministères, apparemment Issoufou Mahamadou n'a pas que le calife Omar Ibn Khatab comme modèle. Il y a du kountchéisme en lui. Sauf que lui Kountché avait gagné les deux paris, celui de la moralisation et de la remise des Nigériens au travail. Le vendredi 5 octobre 2012, le président de la République, Issoufou Mahamadou était très tôt (aux environs de 7 h 30) dans les locaux abritant le Ministère de l'Education Nationale, de l'Alphabétisation et de la Promotion des Langues Nationales (MEN/A/PLN).
Ce déplacement du chef suprême de l'administration rentre dans le cadre de la remise des Nigériens au travail. Auparavant, dans le courant de la même semaine, il était successivement au Ministère du Pétrole et de l'Energie puis à celui des Mines et du Développement Industriel, tous deux logés dans l'enceinte de l'immeuble ONAREM. Bien évidemment, dans tous les endroits visités, les premiers responsables étaient présents. Le protocole présidentiel a sans doute chuchoté l'information la veille, histoire de préserver le gouvernement d'une éventuelle honte. Il y a quelques semaines, ce sont les bureaux des conseillers du président de la République qui recevaient la visite surprise de ce dernier.
Là, comme lors des récentes visites, le constat est amer : les fonctionnaires nigériens de l'administration publique ne travaillent pas. C'est, du reste, ce qui ressort des commentaires faits par les journalistes qui accompagnaient le chef de l'Etat dans ces déplacements. A s'en tenir aux propos du président de la République à Dosso, qu'on ne peut pas faire des omelettes sans casser les oeufs, il faut s'attendre, logiquement, les jours prochains à des sanctions ou disons à des décisions douloureuses à l'encontre de toutes celles et tous ceux qui n'étaient pas sur place lors du passage du chef de l'Etat. Si bien évidemment, il s'agit d'un remake à la Kountché.
C'est ainsi que sévissait feu le président du Conseil Militaire Suprême (CMS), du temps de son règne, contre les brebis galeuses de l'administration. Le président de la République, Issoufou Mahamadou pourra-t-il remettre les Nigériens au travail ? Par cette façon de faire (les visites surprises à la Kountché), parviendra-t-il à modeler les mentalités des fonctionnaires et à redonner à l'administration publique ses lettres de noblesse ? Les avis sont partagés. Si pour certains, il ne faut pas ménager le bâton dans la remise des Nigériens au travail, pour d'autres le contexte et les époques sont bien différents.
Au temps de feu Seyni Kountché, il s'agissait d'un régime d'exception tandis qu'aujourd'hui, le Niger est de plain-pied dans un contexte démocratique et de respect des lois et des règlements en vigueur. Toutes les analyses s'accordent à dire que la remise des Nigériens passe par la dépolitisation de l'administration. Mais peut-on dépolitiser sans moraliser ? Ce qui nous amène à parler de l'assainissement en cours. Où en est l'engagement du chef de l'Etat à combattre l'impunité et la corruption ?
En dehors des professions de foi sans cesse renouvelées dans tous les discours des plus hautes autorités, il n'y a aujourd'hui rien qui laisse penser que le président de la République Issoufou Mahamadou réussira à relever le défi de l'assainissement qu'il s'est luimême lancé à relever aussi bien au cours des campagnes que lors de son investiture. Pourtant, ce n'était pas le bon départ qui a manqué. Tout d'abord, il y avait un bon héritage laissé par la transition militaire de Djibo Salou, notamment l'Inspection Générale d'Etat et la Commission de Lutte contre la Délinquance Economique, Financière et Fiscale pour la Promotion de la Bonne Gouvernance dans la Gestion des Biens Publics (CLDEFF/PBG/GBP).
Ensuite le président de la République lui-même a annoncé concrètement les couleurs au début de son mandat à travers l'affaire de paiement des fausses factures au Ministère de l'Economie et des Finances et celle dite de l'OPVN (Office des Produits Vivriers du Niger) de troc riz contre niébé. Et récemment, le dossier du référendum " tazartché " dans lequel plusieurs personnalités et non des moindres sont impliquées et qui a d'ailleurs coûté à quelques députés la levée de leur immunitaire parlementaire. Sur ce dossier, depuis lors, plus rien.
C'est également la loi du silence sur les deux affaires ci-dessus mentionnées et qui ont fait couler beaucoup d'encre et de salive, tous les présumés coupables finirent par bénéficier de liberté provisoire après avoir passé quelques mois entre les prisons de Niamey et de Kollo et l'Hôpital National de Niamey. Pour l'heure, après plus d'un an d'exercice de son mandat, Issoufou Mahamadou laisse les Nigériens dubitatifs sur sa détermination à moraliser la vie publique.
Pour vu que la remise des Nigériens au travail ne soit pas un autre leurre et ne subisse le même sort.

Commentaires
"kanja allabe" comme disent mes parents bériberi.