Qui en veut au batonnier LEBIHAN? Avocat de Hama Amadou
- Écrit par BONKANO (Le Canard déchaîné N°556 du 22 octobre 2012)
La semaine passée, Me Marc Lebihan, le célèbre avocat et ancien bâtonnier de l’Ordre des avocats du Niger, a été enquiquiné par la justice qui n’a rien trouvé de mieux à faire dans ce contexte lourd de sales affaires que d’exhumer un vieux dossier enterré sur lesquels les Nigériens ne l’attendent point. L’histoire est tout simplement renversante. Lisez et appréciez.
Le 18 juillet 1995, Me Marc Lebihan signe avec l’Etat du Niger, représenté par le secrétaire général du gouvernement de l’époque, Moutari Moussa, une convention d’assistance qui consistait en une prestation de services en matière de conseil juridique, de représentation, de postulation et de défense au profit de l’Etat du Niger. Il devient ainsi l’avocat de l’Etat du Niger, ce qui comporte des privilèges et des contraintes. Car, s’il est vrai que « l’Etat s’engage à traiter exclusivement avec Me Marc Lebihan » (article 2, alinéa 2), il est tout autant vrai que, selon l’article 11 de ladite convention, « Me Marc Lebihan s’engage à se dessaisir, à la date d’entrée en vigueur de la convention, de tous les dossiers qu’il détient et qui sont susceptibles de l’amener à plaider contre les intérêts de l’Etat du Niger ».
En cette qualité, il défend avec succès les intérêts de l’Etat du Niger dans une scabreuse affaire de cigarettes frauduleusement introduites sur le territoire national. C’était en 1997. Vendues à plus de deux milliards de nos francs, MeLebihan introduira, conformément à une clause de la convention, une note d’honoraires. Cette clause (article 4) stipule clairement qu’ « en plus du forfait annuel convenu et arrêté (5 millions), l’Etat paiera à Me Marc Lebihan, des honoraires à l’occasion des procès dans lesquels Me Marc Lebihan interviendra pour le compte de l’Etat, et qui comporteront condamnation au profit de l’Etat ou paiement de sommes à titre indemnitaire, contractuel ou autres ».
Dans ce cas, précise la convention, les honoraires seront alloués suivant le barème ciaprès : 7% jusqu’à 10 millions ; 5% pour un montant compris entre 10 millions et 100 millions et 3% pour toute somme qui va au-delà de 100 millions. La reconnaissance de dû est formellement signée par le ministre des Finances de l’époque. Sur la base de ce document certifié, Me Marc Lebihan, qui avait ponctuellement besoin d’argent, convient d’une cession de créance avec Amar Taleb dont il est aussi l’avocat. Ce qui n’a rien d’illégal. Du temps s’est passé sans que l’homme d’affaires cherche à se faire payer par l’Etat. En 2008, soit 11 ans après la cession de créance, dans un contexte politique où quelque part l’on s’activait à chercher des poux sur le crâne désert d’un chauve, les rapports entre Amar Taleb et son avocat se gâtent un peu.
L’homme d’affaires réclame alors son argent, non pas à l’Etat, mais à Me Marc Lebihan. Bien évidemment, la porte à laquelle il tape n’est pas la bonne puisqu’il ne s’agissait pas de dette. Portée devant la justice, l’affaire ne va pas prospérer, les doyens des juges qui se sont succédés n’ayant pas donné suite à ce dossier au regard des qualifications juridiques inexistantes. Comment et par quel mobile cette affaire sans objet en 2008 a pris subitement une dimension démesurée aujourd’hui ? Est-elle née de façon tout à fait fortuite alors que MeLebihan a été entendu sur l’affaire, précisément le jour où son client, Hama Amadou, devait être auditionné sur la fameuse et fumeuse affaire de fonds d’aide à la presse ?

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