Conférence de presse des Présidents nigérien et malien Libérer et unifier le Mali avec ou sans l’ONU
- Écrit par Amadou BELLO (Le Monde d'aojourd'hui n°03 du mardi 4 décembre 2012)
Le Président par intérim du Mali était en visite au Niger les 1er, 2 et 3 décembre 2012. Au cours de son séjour, Pr Dioncounda Traoré et sa délégation ont eu plusieurs séances de travail avec le Président Issoufou et ses proches collaborateurs.
La veille de son départ, Diocounda Traoré et Issoufou Mahamadou ont conjointement animé une conférence de presse. Un échange avec les journalistes au cours duquel le langage diplomatique est transpercé par la déception voire la colère face au comportement de la communauté internationale relativement à la crise malienne. Une conférence de presse pleine de sous-entendus. Décryptage de votre « Monde d’aujourd’hui ».
C’est le Président malien qui ouvre le bal en ne faisant pas du tout mystère de sa déception vis-à-vis du Rapport présenté par le Secrétaire général des Nations Unies devant le Conseil de sécurité le 28 novembre dernier. Le chef de l’Etat malien dit constater du recul dans la position de la communauté internationale après qu’une unanimité se soit dégagée, particulièrement par les instances africaines, sur la nécessité d’une intervention militaire. Ensuite à Dioncounda Traoré de démentir certaines informations contenues dans le rapport de Ban Ki Moon qui soutient que des minorités ont été marginalisées et martyrisées dans le nord Mali :
« (…) nous avons constaté quelques affirmations avec lesquelles nous pensons que ni nous, ni vous, ni tous ceux qui connaissent la véritable histoire de nos pays et les efforts qui ont été consentis pour les uns et les autres, ne comprenons. » Concernant la négociation prônée par les grands du monde, le Président Dioncounda se défend de vouloir la guerre si elle n’était pas incontournable : « le Niger comme le Mali, nous sommes des pays pacifiques, attachés à la paix et donc attachés au dialogue et à la négociation à priori. Bien entendu, nous allons négocier, nous allons dialoguer mais nous allons dialoguer avec les forces avec lesquelles nous pouvons dialoguer (…) dans la résolution de cette crise il y a 2 volets il y a le dialogue mais il y a aussi la force. »
Négocier d’accord mais il y a une ligne rouge à ne pas franchir. Et le Président malien trace clairement cette ligne : « l’intégrité territoriale du Mali n’est pas négociable, il ne sera pas question d’autodétermination et il ne sera pas non plus question de remise en cause du caractère républicain et laïc de l’Etat malien … » Fidèle à sa position première qui est la fermeté, le Président Issoufou Mahamadou ne fait pas usage de la langue de bois il va droit au but. Tout en sachant les risques pour son pays, il préfère affronter le danger avant que celui- ci ne le trouve assis surplace. Il n’y a pas de risque zéro a-t-il affirmé avant d’en appeler à la prise de conscience de tous face à ce qu’il considère comme « l’exécution des obligations qui sont les nôtre dans le cadre des décisions prises par la Cédéao ».
Pour Issoufou, il n’y a rien à faire, il faut prendre ses responsabilités : « Les populations du nord Mali souffrent des exactions des terroristes et des exactions du crime organisé ne peuvent pas attendre plus longtemps. Et chaque jour qui passe consolide malheureusement les mouvements terroristes et le crime organisé au nord Mali. Nous devons agir vite, les populations du nord Mali ont besoin de ça, les populations du nord mali ont besoin d’être libérées et toute la sous région est concernée. Comme vous le savez, si les terroristes arrivent à s’enraciner dans le nord Mali, ils vont s’attaquer aux autres pays de la zone sahélo saharienne et au-delà c’est une menace à la sécurité et à la paix internationale.
Par conséquent nous sommes d’accord qu’il y a urgence à ce que soient mises en place les forces nécessaires pour pouvoir libérer le nord Mali et créer les conditions de l’intégrité du territoire malien. » Chacun de son côté, les deux Chefs d’Etat sont revenus sur l’attitude de ceux qui ne voient pas d’intervention militaire au Mali (s’il y en aura) avant septembre 2013. Là, le Président malien Dioncounda Traoré se montre plutôt étonné d’une telle insouciance : « Le peuple malien comprend difficilement qu’on puisse rejeter une intervention militaire pour septembre ou octobre. Ceux qui l’ont affirmé, ils l’ont affirmé peut-être par méconnaissance du terrain mais il est évident que ni le Mali, ni les amis et frères du Mali n’attendront le mois de septembre pour libérer le nord »
C’est très clair avec ou sans l’ONU, le Mali et les pays qui le soutiennent ne vont pas attendre que la situation s’aggrave encore plus. Et le Président nigérien renchérit en défendant le plan d’intervention de la Cédéao, plan, sévèrement critiqué par les Etats-Unis d’Amérique : « Nous avons très mûrement réfléchi sur le concept d’opération pour le Mali, au niveau de la Cédéao. Une position très claire a été mise au point, cette position a été partagée par l’ africaine, maintenant, ce que nous demandons est que le Conseil de sécurité avalise cette position. Et je n’imagine pas, en dépit du rapport qui a été fait par le Secrétaire général de Nations Unies, je n’imagine pas le Conseil de sécurité ne pas adhérer à la position qui a été définie par les pays de la sous région.
Vous savez il y a quand même le principe qui fait qu’il faut adopter les positions des organisations sousrégionales et régionales. Nous sommes dans ce cas face à la situation au Mali. Je ne fais même pas l’hypothèse que le Conseil de sécurité ne va pas suivre la Cédéao et l’ africaine » déclare Issoufou Mahamadou. Un langage sans aucune ambiguïté, peut-on dire. Une chose est sûre, le Niger et le Mali ne sont nullement disposés à admettre que l’hégémonie des puissances qui contrôlent l’ONU mettent en danger la stabilité, voire la survie, de la sous région ouest africaine pour la simple raison que ces géants se sentent plus en sécurité dans la situation actuelle (lire interview exclusive du SG des réfugiés maliens au Niger).
Cette certitude, est concrétisée dans le communiqué final qui a sanctionné la visite du Pr Dioncounda au Niger. D’abord ce communiqué final rappelle les accords de coopération militaire signés en septembre 2010 entre le Niger et le Mali avant d’instruire les ministres des Affaires étrangères des 2 pays à accélérer la procédure de ratification dans les meilleurs délais. A bien comprendre, la logique malienne est de s’assurer du soutien des pays amis comme le Niger dans une éventuelle intervention militaire sans l’ONU à travers les accords de coopération militaire bilatérale reconnus par le droit international. Autant dire que l’Onu a le dos au mur.
Elle a le choix entre la prise de ses responsabilités en acceptant de cautionner et encadrer une force internationale avec l’assurance d’une réussite qui aura moins de victime collatérales ou alors elle s’entête à frustrer les pays africains et ceux-ci finiront par se déployer avec les moyens de bord et les risques d’enlisement. Pour comprendre la détermination du Mali et du Niger, il faut lire attentivement cet extrait du communiqué final des 2 délégations :
« Appréciant les griefs exprimés par le secrétaire général dans son rapport au Conseil de sécurité quant au risque lié à une intervention militaire, les présidents Issoufou Mahamadou et Dioncouda Traoré considèrent non seulement que les risque liés à une opération ponctuelle, encadrée et supervisée par la communauté internationale ont été cernés mais qu’ils ne sauraient en aucune manière constituer un obstacle à l’impératif de libération des populations maliennes subissant depuis plus de 8 mois le martyr imposé par les terroristes et trafiquants de drogue étrangers qui occupent leur territoire » No comment !

Commentaires
COMMENT SYNTHÉTISER ET COMMENT FAIRE LE RATISSAGE?SUR QUI TIRER ET QUI DOIT ÊTRE ÉPARGNÉ?COMMENT RÉDUIRE LES VICTIMES COLLATÉRALES ET INNOCENTES?
DE GRACE NE LAISSONS PAS TOMBER LE MALI pour des raisons obscures.
IL FAUT COMBATTRE LA PARTITION DE CEPAYS FRERE.
PRIONS POUR LES VOISINS
dacor toi .tu as vraiment parler et encor merci