Gouvernement d’ nationale : Les contours de l’annonce de Hama Amadou
- Écrit par Ibrahim Elhadj dit Hima (La Roue de l’Histoire N°641)
Mardi 4 décembre dernier, le président de l’Assemblée Nationale Hama Amadou, président du parti MODENLumana, membre de la majorité MRN a fait une importante annonce politique qui ne manquera pas d’avoir un fort retentissement sur le paysage politique.
Hama Amadou a choisi sa tribune, c’était lors de son discours de clôture des travaux de la session budgétaire de l’Assemblée Nationale en présence des membres du gouvernement, des députés nationaux, des membres du corps diplomatique, des représentants des partis politiques. Entrait du discours : «cette période que je viens d’évoquer était aussi dominée par la rumeur. Les rumeurs politiques qui n’incitaient pas à la sérénité car elles étaient parvenues d’une certaine façon à semer le doute et la confusion au sein de la classe politique dans son ensemble. Des rumeurs folles qui présageaient le pire relativement à la stabilité des institutions de notre pays au moment même où notre sous région évolue dans une atmosphère délétère des menaces contre son intégrité, à un moment où il faut se préparer peut-être à une confrontation aux dimensions infernales dont personne ne peut prédire l’issue.
L’exemple de la République du Mali, ce pays voisin, si semblable à tout point de vue au nôtre, devait pourtant nous inciter à la recherche, par tous les moyens d’une sacrée et non nous pousser au déchirement et aux querelles politiciennes futiles. La stabilité n’est plus pour la classe politique nigérienne un choix dans ces temps effrayants, mais une obligation, un devoir collectif qui appelle chacun à transcender ses sentiments et ses calculs, un devoir impérieux qui peut nous imposer à tous, y compris au Président de la République d’aller ensemble dans la même direction, ne seraitce que pendant quelques temps pour la mise en place d’un gouvernement d’ nationale parce que nous sommes dans une période où il ne s’agit plus de sauvegarder uniquement les principes de la démocratie.
Mais il s’agit de sauver notre pays et la paix qui y prévaut. Cette paix si précieuse à son pays ainsi que l’intégrité de son territoire qui ne saurait être marchandée. En d’autres termes, il s’agit de donner à notre armée les raisons et la fierté de se battre avec conviction si nécessaire pour la sécurité de sa nation soudée derrière elle. J’appelle donc tous les partis politiques de tous les bords à accepter, et cela dans l’intérêt exclusif du Niger, de répondre favorablement à cette proposition salutaire pour la mise en place d’un gouvernement d’ nationale si jamais le Président de la République, chef suprême des armées en sollicitait la formation. Mais à cet égard, qu’il n’y ait pas de malentendus, le chef de l’Etat ne m’a pas demandé de faire cet appel.
J’ai jugé en toute liberté que tel est en ce moment l’intérêt du Niger et du peuple nigérien. Il sera toujours temps, aussitôt que les sombres nuées des menaces seraient dissipées, que chaque parti politique agisse selon ses intérêts, mais je l’espère, sans jamais s’écarter du cadre démocratique auquel le peuple nigérien souverain a définitivement accordé sa préférence ». Magistral, imparable. Pour ceux qui en doutent encore, ils ont là la preuve irréfutable de l’art de l’action politique de Hama Amadou. Un coup lumineux, il faut le dire. C’est la plus belle astuce politique de Hama, une vraie pépite, comme on dit. Personne ne l’a vu venir pourtant. Son discours de clôture des travaux de l’Assemblée Nationale, préparé et distribué à la presse ne comprenait pas ces passages cités plus haut. Le Président de l’Assemblée Nationale et président du parti Lumana a surpris tout le monde.
On le disait pourtant coincé ou accablé lorsque toutes les semaines passées ont été marquées des procès le concernant et qui ont réveillé les sombres affaires du moment où il était Premier ministre. Quand aussi la presse faisait écho des démarches qu’il a entreprises dans le sens d’un rapprochement entre son parti, le MODEN-Lumana et les partis de Seïni Oumarou de l’opposition ou aussi la CDS de Mahamane Ousmane, opposition aussi. Des démarches de rapprochement qui ont en fait démarré avec des consultations plus antérieures avec d’autres partis de la majorité tels que le RDP-Jama-a de Hamid Algabid, le RSD de Cheiffou et l’UDR-Tabbat de Amadou Boubacar Cissé. Pendant tout ce temps là, le président du MODEN-Lumana ne s’est point exprimé, il n’a rien dit. Il n’a rien voulu démentir ou confirmer. On le connait pourtant pour son parler direct, on savait aussi qu’il va réagir.
Mais quand ? Comment ? Et pour dire quoi ? Loin des tumultes des cadres de son parti qui eux le bousculent pour obtenir plus d’avantages au sein de l’alliance, sourd au sarcasme au sein de l’opinion nationale qui aimait rappeler les zakaïeries et les autres malversations financières qui ont constitué la mascotte de son gouvernement et aussi dans le dos de la classe politique qui s’attendait de la part de l’homme de Youri à son départ de l’alliance MRN pour relancer son activisme politique, Hama Amadou a mûri ses réflexions. Il a préparé sa réponse. Il aurait voulu clouer le caquet à ses détracteurs ou il pourrait vouloir sortir de toutes les mauvaises passes, Hama Amadou ne se serait pas pris autrement : aller vers la mise en place d’un gouvernement d’ nationale, avec à la clé l’invocation de la recherche de la stabilité, le contexte de la confrontation aux issues incertaines.
La ruse et la perfidie voire la subversion politique pour ses adversaires ou l’habilité politique pour ses admirateurs. En tout cas, la chose est là, la riposte de Hama Amadou est donnée à tous les débats publics ou privés qui ont tourné autour de lui. Et ce qui est sûr, c’est qu’elle ne manquera pas d’ébranler l’opinion pendant encore de longues semaines. Cette proposition de Hama Amadou va déplacer les lignes dans les rapports de partis politiques au sein de l’opposition ARN et de la majorité MRN comme dans les rapports entre l’ARN et la MRN. Qui est pour, qui est contre ce que Hama Amadou a appelé sa proposition pour un gouvernement d’ nationale ? Quelque soit le type de scénario possible, c’est Hama Amadou, président du parti MODEN-Lumana qui rafle la mise. Et c’est là où le coup est fort. Un poker gagnant à tous les coups. Décryptage.
Maintenant, il faut sortir de l’ivresse et de l’euphorie pour l’apprécier dans ses contours. Le premier élément qui peut être relevé, c’est que comme on l’a dit plus haut, il y a eu deux discours de Hama Amadou. Le discours du président de l’Assemblée Nationale sur les différentes lois passées à l’hémicycle et le discours du président du MODEN-Lumana portant sur la nécessité d’un gouvernement d’ nationale. Le choix de Hama Amadou de ne pas incorporer ce deuxième discours au premier qui a été rédigé par son cabinet et distribué à la presse révèle son souci de maintenir un maximum de discrétion autour de la proposition. Un autre aspect, Hama Amadou dit qu’il ne faut pas qu’il y ait de malentendus. Le Président de la République ne lui a pas demandé de faire cet appel.
Le Président Issoufou Mahamadou ne lui a pas demandé de faire l’appel, mais une question subsiste. Le président de l’Assemblée Nationale ne dit pas si le chef de l’Etat lui a fait part de son intention dans ce sens. Hama Amadou ne dit rien là-dessus, ce qui aussi pourrait lever un autre malentendu. Il est en effet connu, depuis un moment, que le Président de la République Issoufou Mahamadou envisageait un remaniement de son gouvernement courant fin de l’année 2012 et début 2013. La seule inconnue sur ce projet de remaniement, c’est quel serait le profil du gouvernement que Issoufou Mahamadou allait mettre sur place. Gouvernement de la majorité politique MRN ou gouvernement d’ nationale.
Dans le politiquement correcte, l’annonce d’une telle ouverture politique en direction des partis de l’opposition et éventuellement aussi de la société civile aurait plus de vertu si elle avait été faite par le Président de la République luimême ou par le chef de la majorité politique, c'est-à-dire le patron du parti présidentiel, le PNDS Bazoum Mohamed (mais peut être qu’à ce niveau là rien n’est réglé sur le titre du chef de la majorité entre le président intérimaire du PNDS Bazoum Mohamed, le président de l’Assemblée Nationale Hama Amadou et le chef du gouvernement Brigi Rafini, qui tous alternativement ont eu à diriger les rés de la majorité MRN). Il y a aussi une autre interrogation qui surgit du discours politique du président du MODEN-Lumana.
Si on lui accorde la légitimité du chef de la majorité, qu’est ce qui cependant va légitimer le recours à un gouvernement d’ nationale. Hama Amadou a tenté de répondre en évoquant la situation qui se passe au Mali et les menaces sur la stabilité pour le Niger. A ce niveau là aussi, il y a un maillon qui a sauté ou que Hama Amadou a voulu sauter. Ce qui pourrait donner une âme et un contenu à cette affaire de gouvernement d’ nationale, c’est un conseil de la République qui devrait l’exprimer. Par deux fois que la ré du conseil de la République s’est tenue, elle n’a point abordé l’imminence d’un trouble ou d’une menace grave à la stabilité nationale. La première fois, indique-t-on officiellement, la ré du conseil de la République a eu un aspect plutôt protocolaire.
Et la deuxième ré devait adopter son règlement intérieur. En somme, il n’y a pas eu de consultations au sein du conseil de la République qui pouvait déboucher sur un gouvernement de large ouverture. «J’ai changé », disait Hama Amadou en 2010 lors des assises du congrès d’investiture de son parti. Derrière cette idée il y a une constante chez l’homme politique : la manoeuvre. Làdessus, Hama Amadou n’a rien lâché, il n’a en rien changé. En 2007, le Niger était en pleine tempête de sable dans une guerre totale contre la rébellion du Nord du MNJ. Le Premier ministre de l’époque Hama Amadou qui a appuyé l’option militaire n’avait point évoqué la nécessité d’un gouvernement d’ nationale.
La manoeuvre toujours, après avoir quitté le gouvernement au mois de mai de la même année, il va abandonner l’option militaire pour soutenir seul, lors d’une ré du CNDP l’idée de négociation avec les rebelles. Il ne change pas en réalité, ce sont ses intérêts qui changent. Il ne faut pas qu’il y ait de malentendu : la proposition d’une sacrée ou d’un gouvernement nationale est formidable et le Président de la République Issoufou Mahamadou ne peut qu’aller dans ce sens. Il va le faire à moins que l’opposition ARN ne choisisse de rejeter l’offre de rentrer dans le gouvernement, ce qui en pareille circonstance paraît peut probable puisqu’il s’agit ici de faire bloc pour sauver le Niger comme l’a dit Hama Amadou. Et là, par la voie la plus officielle, le président du MODEN-Lumana aura réussi à réaliser son coup : obtenir son rapprochement avec les partis de l’opposition.
On savait que Luamana avait géré en sous mains les discussions avec les partis comme le MNSD de Seïni Oumarou et la CDS de Mahamane Ousmane. On savait qu’il avait des rencontres régulières avec le président de la CDS Mahamane Ousmane, président de l’alliance de l’opposition ARN. Le président du MODEN-Lumana s’entretenait à son domicile avec Mahamane Ousmane, un tête-à-tête à deux qui a duré plusieurs heures de nuit le mardi 20 novembre dernier. La question malienne, la volonté effrénée de montrer qu’il a changé par rapport à toutes ses frasques antérieures, le management avec les partis politiques, notamment de l’opposition, tout cela pouvait tenir dans cette affiche du gouvernement d’ nationale annoncé par Hama Amadou.

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