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SAHELISTAN Réflexion sur la situation au nord du Mali

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L'histoire d'Al-Qaïda Maghreb Islamique (Aqmi) commence avec le Front Islamique pour le Salut (FIS ), un parti à connotation religieuse interdit par les autorités algériennes, le GSPC (Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat), en passant par les Groupes Islamistes Armés (G.I.A).

Mais c'est surtout la tournée effectuée au Sahel par l'émissaire d'Al- Qaïda Mohammad Al-Yamani en 2001 qui était à la base de l'installation d'Al-Qaïda au Sahel à travers les précieux contacts noués avec les principaux groupes. Les " Katibats " (cellules) issues de ces groupes ont fait du Sahel leur base arrière. Pour atteindre ses objectifs, Aqmi s'appuie sur une entreprise multinationale d'économie criminelle bâtie sur le trafic d'armes, le narcotrafic, la contrebande de produits divers et l'enlèvement d'otages. L'organisation considère ces trafics et ces enlèvements comme étant conformes à la Charia.

A propos de la prise d'otage, les prédicateurs de " Jihadisme Salafiste " justifient les fetwas concernant les prises d'otages par des lois datant de l'époque des Croisades où le monde était partagé entre la terre de l'islam et la terre des infidèles " chrétiens ". Les pays où se déroulait le conflit sont désignés en termes de " territoires de guerre " où toute personne qui osait s'y aventurer était considérée comme un ennemi qu'il fallait combattre. Cette fetwa a été généralisée par les " émirs d'Al-Qaïda ", à tous les étrangers (touristes et travailleurs des sociétés multinationales) se trouvant en " terre d'Islam ".

Ces fetwas rendent licite l'enlèvement des étrangers (non musulmans) qui se trouvent dans les pays musulmans, car ne possédant pas de contrats religieux tels que prévus par la Charia. Ces justifications religieuses à travers les fetwas sur lesquelles s'appuient les groupes terroristes ne sont, en vérité, qu'un paravent religieux pour des opérations de grand banditisme qui s'approprient ce grand espace qu'est le Sahara et trouvant dans la prise d'otage un moyen de gagner d'argent à travers le paiement des rançons. Le 26 janvier 2007, le groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) prenait la nouvelle dénomination d'Al-Qaïda au Maghreb Islamique (Aqmi), quatre mois après avoir été adoubé par le numéro deux de l'organisation Ayman Al- Zawahiri.

L'organisation a donc intégré le système et les méthodes d'Al-Qaïda. L'action d'Aqmi vise prioritairement des cibles économiques, présentées comme les piliers de l'adversaire. Elle s'est spécialisée avec professionnalisme dans les prises otages occidentaux, qui sont liées à des intérêts économiques locaux, en ciblant les touristes, les membres des Organisations Non Gouvernementales (ONG) ou les cadres des grandes compagnies multinationnales. Les structures dirigeantes des Katibats sont dispersées dans les zones montagneuses du Sahara et disposent des moyens nécessaires de commandement et de communication.

Sous l'autorité directe de l'émir, l'organisation est composée de trois organes qui jouent les rôles de pouvoir exécutif, d'organe représentatif et des structures administratives. Elle se compose des Conseils des sages, de Conseil consultatif et des Comités. Le Conseil des sages élit l'émir de l'organisation auquel il sert de Conseil. Le Conseil consultatif (émirs des régions, représentants de groupes étrangers, chefs des comités) décide des choix stratégiques. Quant aux différents Comités, les trois plus importants sont le Comité militaire, qui est en charge de recrutement, de la formation et des opérations ; le Comité de propagande qui prépare les communiqués et les films ; le Comité de liaison et d'information, qui est en contact avec les autres organisations et cellules.

L'Aqmi a un représentant attitré auprès d'organisation mère " Al-Qaïda " qui maintient ce lien à travers divers moyens de communication. Le Sahel devient depuis quelques années un espace de Djihad alternative à l'Afganistan. L'AQaïda Maghreb Islamique y dispose d'immense espace pour évoluer. Dans la situation de crise liée aux sécheresses chroniques et à l'absence de l'infrastructure adéquate à laquelle font face quotidiennement les populations sahariennes, l'Aqmi s'impose comme le dépositaire des fonctions et des prérogatives d'une autorité centrale au Sahara. Le type de pouvoir qu'ils mettent en avant est " Dawla Islamiyya " un État islamique basé sur la charia, " Dâr Islam " dépassant les frontières africaines, et englobant le monde entier.

L'essentiel de ses ressources vient des pays du Golf, des rançons, de la contrebande et du droit de passage sur les trafics. L'organisation criminelle bénéficie de l'appui des populations locales. Mais elle profite surtout de l'absence de l'État et du manque total de gouvernance. Trois Khatibas se trouvent au Sahel. Elles sont placées, au sein de l'état-major de l'organisation sous l'autorité de Moussa Bourahla, un cadre historique de l'organisation. Ces Khatibas ont été créés successivement : le premier appelé " Al-moulithimoune " (ceux qui portent le voile) est dirigée par Mokhtar Belmokhtar, beau frère de Iyad Ag Ghaly, un ancien commerçant, l'un des meilleurs connaisseurs du Sahara et des réseaux de contrebande qui, à son retour d'Afghanistan en 1992, il a tissé un vaste réseau d'alliances dans la région.

La seconde appelée " Tarek ibn Zyad " (le conquérant de l'Andalousie au VIIIe siècle) a été créée en 2007 par l'Algérien connu sous pseudonyme de " Abou Zeid ", son vrai nom Mohammad Ghadir, son surnom local " le p'tit ", ancien militant de la section communale du parti (FIS) à Debdeb. Il est connu pour sa rigueur idéologique. Le troisième appelé " Al- Furqân " (Le discernement) dirigée par l'Algérien Yaya Abou Al-Hammam. Ces Khatibats recrutent et entraînent des jeunes volontaires venus de plusieurs pays du Sahel. Les jeunes perçoivent dans les Khatibas des salaires vingt fois plus que les salaires des soldats de l'armée régulière des États du Sahel.

Les encadreurs sont algériens pakistanais et afghans algériens. On leur apprend, lors des cours d'endoctrinement religieux, l'idée qu'ils participent à la création de l'Émirat Islamique de l'Afrique. L'engagement de la jeunesse saharienne dans les Khatibats est encouragé par la pauvreté, la détérioration du niveau de vie en Afrique subsaharienne, l'absence totale de l'autorité de l'État et son incapacité de contrôler efficacement ses frontières. Les populations locales ont trouvé dans les organisations terroristes la possibilité de s'approvisionner en divers produits (alimentaire, médical, etc) et de rompre avec l'isolement.

Elles n'hésitent pas à inciter les réseaux de contrebande à traverser leurs villages. Au nom du Djihad, des alliances se nouent d'une rive à l'autre du Sahara et mettent à mal le fonctionnement social et économique des sociétés sahariennes. La défense de la Umma menacée par les infidèles, la direction du Djihad, le rassemblement des musulmans, et la légitimation des émirs locaux. Pour renforcer sa présence et assurer son contrôle sur l'immense espace Saharien, l'Aqmi a opté pour la légitimation des émirs locaux et pour la " stratégie d'alliance " entre plusieurs groupes Djihadistes qui opèrent sous son autorité. Ces groupes Djihadistes sont nés sur le sol Saharien :

il s'agit des combattants de la " Jumu'a Ansar al-Din al-Salafiyya " (le groupe salafiste, des défenseurs de la religion), et le Mouvement pour l'Unicité et le Jihad en Afrique de l'Ouest (MUJAO). Le mouvement Ansar Dine est né dans la région de Kidal dont est originaire son fondateur, Iyad Ag Ghaly. Ce dernier est à l'origine de la rébellion des années 1990 au Mali. Il a bénéficié dans le cadre des accords de paix de la largesse de l'État qui le nomme ensuite ambassadeur du Mali en Arabie Saoudite. Ansar Dine rêve de transformer tout le Mali voire tout le Sahel en une République Islamiste basée sur le Djihad et la Charia.

Soutenu par les troupes d'Al- Qaïda au Maghreb Islamique, le mouvement Ansar Eddine, débarque avril dernier à Tombouctou entouré par les principaux chefs d'Al-Qaïda au Maghreb Islamique. Quant au Mouvement Unicité et Djihad en Afrique de l'Ouest (Mujao), il est apparu en décembre 2011 et se compose en majorité des volontaires locaux venant du Mali, du Sénégal, de la Mauritanie, du Niger, du Nigeria et du Burkina encadrés par des Mujahidins en majorité des pays nord-africains, les combattants de Mujao se donnent pour références les trois Cheikhs de l'histoire du Djihad en terre africaine : le Cheikh Osman Dan Fodio, le Cheikh Elhadji Omar Futî et le Cheikh Ahmad Bamba.

Par un système d'alliances établies avec les populations locales, le Mujao couvre tout le Sahara avec des capacités de pénétration encore plus au Sud (Sénégal, Burkina Faso, Guinée, Bénin, etc). Les liens maintes fois établis avec le Boko Haram permettent une diffusion large de la menace à partir du Nigeria. L'espace de prédation de ces groupes s'étend graduellement au Sahel et prônent le Djihad contre les forces du " Tâghût " (le tyran). Ces nouveaux groupes sont pour Aqmi des alliés stratégiques. Ils ont la logistique : les hommes, les moyens pour l'aider à atteindre son but : régner en maître absolu sur tout le Sahara.

Les trois régions formant le Nord du Mali : Tombouctou, Gao et Kidal, sont depuis sept mois sous le contrôle des islamistes et de divers groupes terroristes. L'Aqmi tient sous ses ordres une bonne partie du Sahara. Parmi les actes posés par les nouveaux maîtres : la destruction des mausolées des saints, la flagellation et l'exécution par lapidation. Ce terrorisme est un crime qu'on ne peut ni excuser ni laisser se développer. La population coincée entre les combattants souffre de la misère et de la peur : elle a surtout besoin de paix ! C'est à elle qu'il faudrait penser et donner une voix et un avenir libéré de la peur et de la misère.

La guerre d'Afghanistan contre le terrorisme, déclenchée il y a dix ans de cela, est un exemple probant. Le bilan de cette guerre est épouvantable, tant en perte en vie humaine qu'en somme d'argent gaspillée. Avant de s'engager dans une guerre, il faut donc penser à l'après guerre, car selon l'écrivain Albert Camus : " la guerre n'est pas éternelle… ". Il faut laisser la place au dialogue et à la Paix. La Paix est donc possible par la négociation. Il appartient aux parties en présence de faire des concessions : dans ce dialogue des actes, notamment, les exactions touchant la vie, la dignité humaine et la destruction du patrimoine historique et culturel ne peuvent pas être l'objet d'une négociation.

Commentaires  

 
+1 #2 Kool 17-12-2012 16:48
Le seul et unique remede contre ces mouvements terroristes est l'education des jeunes, leur insertion dans le circuit economique, la creation des opportunites pour tous. C'est la misere et l'oisivete qui les poussent dans les bras des terroristes. L'exemple du nord du nigeria devrait nous inspirer.
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0 #1 Mimido 16-12-2012 15:48
Question posée à feu Hassan II par le journaliste Eric Laurent : "En un mot, qu'est ce que l'Islam pour vous, Majesté ?"

Réponse : C'EST UNE RELIGION MODÉRÉE ET OUVERTE.
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