L'audience est ouverte : elle tue son enfant et jette le corps dans un caniveau
- Écrit par MOUSSA HAMIDOU (Le Sahel du jeudi 02 Fevrier 2012)
« Après la délivrance, j'ai bien regardé l'enfant, c'était un garçon, je l'ai étouffé puis emballé dans un vieux pagne puis jeté dans le caniveau après avoir pris soins de bien fermer la dalle qui couvrait le trou ».
Voilà c'est ce que raconte l'accusée, la dénommée Haoua, ce lundi 26 décembre 2011 à la barre de la Cour d'Assises de Niamey. Une version des faits qui n'a rien à voir avec celle que l'intéressée a donnée lors de l'enquête préliminaire.
En effet, aux enquêteurs, elle disait n'avoir même pas regardé l'enfant qu'elle venait d'accoucher quand elle s'est empressée de l'emballer et de le jeter dans un trou. Alors le Président de séance, le juge Kala, voulu en savoir un peu plus afin de bien éclairer la Cour.
Mais Haoua ne voulais rien dire. Debout face aux jurés, la tête baissée, elle parle d'une voix enrouée, hésitante puis, difficilement laisse échapper des mots souvent insaisissables accompagnés de larmes. Ce que l'Huissier-interprète porta à la connaissance du président qui répliqua par ces mots : « tes larmes ne peuvent rien changer à ta situation; tu ferais mieux de parler et qu'on en finisse !... ».
C'est alors qu'elle se ressaisit en répondant : « Oui Monsieur le président, je reconnais les faits. J'avais l'habitude d'aller voir un photographe de temps en temps, il me fait souvent des photos et je reste causer chez lui. Un jour, il m'a dit qu'il m'aime ; on a continué à nous fréquenter jusqu'à avoir des relations sexuelles. C'est ainsi que je suis tombée enceinte. Quand j'ai constaté cet état, je l'ai informé mais, il a dit que ce n'est pas lui l'auteur. Depuis ce temps, il a disparu et je ne sais plus là où le trouver. Je n'ai informé personne, je cachais la grossesse à tout le monde même à ma tante, jusqu'au jour de l'accouchement. Le jour là, j'étais à Saga chez les Sœurs d'Eglise pour traitement contre le Zona, une maladie dont je souffrais. Le jour de la délivrance, j'avais senti des maux de ventre aux environs de 20 heures, mais ça n'a pas duré et j'ai accouché. J'étais seule dans la chambre et je n'ai sollicité l'assistance de personne. Je n'ai rien dit à personne, la chambre était fermée. Après la délivrance, l'enfant n'a pas crié, il n'a pas bougé. Alors, j'ai coupé le cordon ombilical à l'aide d'une paire de ciseaux dont je me sers pour couper mes ongles. Je n'ai pas dit ça à quelqu'un parce que je ne voulais pas qu'on sache que j'ai accouché. J'ai enveloppé le corps du bébé avec un vieux pagne et les gens dormaient quand je suis sortie. Là, j'ai soulevé la dalle qui couvre le caniveau et j'ai jeté le nouveau-né.
J'étais revenue, dans la chambre mais je n'ai pas pu dormir ; j'ai regretté, je saignais toute la nuit, le lendemain, une des infirmières m'a demandé ce qui ne va pas et pourquoi je saignais. Je lui ai dit que j'ai accouché, elle a demandé ou est le nouveau-né et je lui ai dit que je l'ai jeté dans le caniveau. Alors, elle a informé les Sœurs qui ont alerté la police judiciaire, puis ma tante».
Haoua, fait remarquer le Procureur général, a coupé le cordon ombilical du nouveau-né avec une paire de ciseaux qu'elle possédait depuis longtemps parce qu'elle a bien préparé son acte. Un autre détail relevé par le Ministère public, c'est le silence de Haoua, pendant tout le temps qu'elle portait sa grossesse ; elle n'a presque informé personne de son état, parce que tout simplement elle a une intention lugubre ; ce qu'elle a bien exécuté juste après la délivrance. « Dans ce cas, puisque Haoua n'a pas envie de voir naître l'enfant, qu'est-ce qui nous prouve que cet enfant n'a pas été tué par Haoua juste après sa naissance? Seulement, il n'y a pas de témoin des faits, il n'y a pas d'expertise médicale pour connaître l'état de santé du bébé à la naissance, il n'y a pas non plus de partie civile », martèle le représentant du Ministère public.
Mais l'étude de la personnalité de Haoua fait ressortir une fille qui a connu des difficultés dans sa vie, n'ayant jamais fréquenté l'école, orpheline de père à base âge, mariée très jeune à un cousin contre son gré puis divorcée, elle vécut avec sa tante pendant un temps, toutes choses qui viennent compliquer sa vie.
Pire, Haoua découvre après son accouchement qu'elle est séropositive après un test de VIH. Malgré tout cela, le Ministère public ne sera pas tendre avec l'accusée. La loi est dure mais c'est la loi..., dis le Procureur général. « Derrière ce visage angélique, se cache un criminel de la pire espèce ; Haoua sait qu'elle est malade de Sida et elle continue à avoir des relations sexuelles non protégées avec des personnes saines. Qui a contaminé Haoua et qui elle a contaminé à son tour? Personne n'en sait trop. Or, rien que le fait d'exposer quelqu'un à une maladie, notamment le VIH Sida, suffit pour encourir une peine qui va de 5 à 10 ans fermes», argue le Procureur.
Par ailleurs, note-t-il, l'accusée s'était bien préparée pour tuer l'enfant qu'elle portait en elle, dès sa naissance. « Elle l'a certainement étouffé, elle n'a aucune circonstance atténuante, son ex-mari n'est plus de ce monde, le photographe aussi certainement puisque personne ne sait où il se trouve présentement; peut être est-il mort ? La Cour doit condamner Haoua à une peine de 10 ans fermes », requiert le Ministère public.
La défense de Haoua, assurée par Me Kountché, se demande alors pourquoi une femme qui devait donner la vie, arrive à l'ôter ? Voilà une femme, qui a échoué son premier mariage ; dans d'autres circonstances, elle rencontre un autre homme, ce dernier l'engrosse et l'abandonne. Haoua, par sa naïveté, se sent doublement trahie par la nature et par la société. Devenue marginale, il ne lui reste plus rien de la vie. Elle n'est pas à la base de cette situation ; les vrais responsables de la situation de Haoua, c'est bien l'Homme et la société. Par ailleurs, aucune pièce d'expertise médicale ne figure dans le dossier pour attester de la responsabilité de Haoua dans la mort du nouveau-né ; Haoua doit être acquittée au bénéfice du doute ; au cas où la Cour estime que Haoua est coupable des faits à lui reprochés, elle doit bénéficier de la jurisprudence en matière d'infanticide qui consiste à être condamner du quantum de la détention provisoire, conclut Me kountché.
Après délibération, la Cour déclare Haoua coupable des faits qui lui sont reprochés, le reconnaît comme mère de l'enfant à qui elle a donné la mort ; qu'elle bénéficie des circonstances atténuantes et la condamne à deux ans d'emprisonnement fermes.
