L'ORGANISATION DU HADJ AU NIGER Une véritable boite de Pandore
- Écrit par Sanda Baboucar (L’ACTION N° 54 DU 09 AOUT 2012)
Qu'en sera-t-il du Hadj 2012? C'est la question que se posent les Nigériens.
Car à cette date encore, les pèlerins ne sont pas fixés sur le prix de transport. Et c'est la polémique autour du Hadj 2012. On parle de la bagatelle de 2 millions de FCFA par pèlerin cette année. Ceci pour dire que les choses se compliquent. Si cette tendance se poursuit, l'accomplissement de ce 5ème pilier de l'Islam ne sera plus possible pour le Nigérien moyen. Comment en est-on arrivé à cette situation?.... Il y a quelques années seulement, l'organisation du Hadj était assurée par une seule agence à savoir l'Agence Nigérienne pour le Pèlerinage et la Oumra (ANPO) qui dépendait alors de l'Etat. Puis avec la privatisation du secteur, d'autres agences ont vu le jour.
Et bonjour la concurrence, l'ANPO étant devenue elle même une agence privée. Au fil des années, les agences se sont multipliées davantage; et l'organisation du Hadj de se compliquer. Au départ, le problème se posait en termes de crédibilité de certaines agences. De nombreux candidats aux Hadj se sont vus roulés par des chefs d'agences ou d'intermédiaires escrocs. Ensuite, l'organisation du pèlerinage est devenue une véritable industrie avec ses enjeux économiques et sa mafia organisée. Aujourd'hui, le terrain de chasse des "prébendes" est le volet transport de pèlerins.
Les intérêts se jouent à ce niveau mais également dans la prise en charge des membres de la Commission Nationale d'Organisation du Hadj et de la Oumra (CNOHO). Pour ce qui est du volet transport, la surfacturation semble être érigée en mode opératoire. Là, ce sont des gros intérêts qui sont en jeu. C'est pour faire le bonheur de ceux qui sont dans chaîne du choix des compagnies aériennes adjudicatrices du marché du transport des pèlerins. Les menus fretins eux vont se partager sous forme de frais de missions plusieurs centaines de millions de FCFA prélevés sur les frais versés par les pèlerins.
"L'organisation du Hadj est une véritable aubaine pour beaucoup de personnes", dixit un encadreur d'une agence de pèlerinage qui a requis l'anonymat. Tous ceux qui sont dans la chaîne en profitent. Mais chacun se dit victime de l'autre. Au niveau du Ministère de l'Intérieur, chargé également des questions religieuses et celui des Transports, on indexe les chefs d'agences et les intermédiaires qui se sucrent sur le dos des pèlerins. Ces derniers de leur côté accusent les autorités et les cadres des ministères ci-dessus cités de se remplir les poches. "Lors de l'édition précédente, on a prélevé 25 000 FCFA sur chaque pèlerin, soit plus de 300 millions mobilisés.
Mais les 200 millions sont allés comme frais de mission et perdiems des membres de la commission." Ce sont là des témoignages d'un chef d'agence. Et un autre d'ajouter: "Aucun des membres de la commission qui nous accompagnent sur les Lieux Saints de l'Islam ne parle l'arabe. Par conséquent, ils ne sont d'aucune utilité, à l'exception du personnel de santé. Pour tous les problèmes, nous faisons recours à l'ambassade et au consulat. C'est le lieu ici de faire une mention spéciale à l'actuel consul du Niger à Djeddah et ses collaborateurs qui ne cessent de déployer tous leurs efforts pour faciliter aux pèlerins nigériens un bon Hadj," Du côté des pèlerins, c'est tout simplement la déception.
Elhadj Manou H de se rappeler de l'édition précédente: "Nous avons souffert pendant l'aller comme le retour. C'est toujours le sempiternel problème de transport qui apparemment ne finira jamais. Vraisemblablement, dans notre pays les leçons du passé ne servent à rien. On préfère toujours attendre la dernière minute pour trouver des solutions au problème de transport. Et c'est le tâtonnement. A l'allure où vont les choses, partir pour le pèlerinage sera difficile pour les années à venir." D'après un encadreur d'une agence du Hadj prenant la défense des pèlerins, "Il n'y a rien à attendre de l'Etat que de compliquer la situation du pèlerin nigérien.
En 2011, les autorités avaient annoncé une subvention. Mais au lieu d'atténuer les souffrances des candidats, cette fameuse subvention n'a fait que les paupériser". Ainsi va malheureusement l'organisation du Hadj au Niger où depuis bientôt 4 éditions, l'équation ne fait que se corser de plus en plus.

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