Les défis s’amoncèlent
- Écrit par BIZO (Le Canard déchaîné N° 548)
« Quand le ciel est contraire, ce n’est rien de s’habituer au malheur… », comme pour dire que le désespoir devient chronique une fois que Dieu se refuse à changer toute situation.
« Mais le danger, précise A. Camus, est de perdre toute prédisposition au bonheur… » de telle sorte qu’une fois qu’il se présente, il devient éphémère et échappe au récipiendaire comme un feu de paille.
Ainsi de ces pluies diluviennes que nous avons attendues et souhaitées et qui, en fin de compte se sont transformées en une hécatombe qui martyrisent encore la vie de plusieurs de nos concitoyens. En effet, de mémoire d’homme, les plus jeunes surtout, jamais on n’a vu le fleuve Niger déborder de ses rives autant que cette année. Cependant, les plus anciens le savent, et ils n’ont jamais cessé de le claironner que plusieurs quartiers de la rive droite, en l’occurrence Lamordé, Banguisto, Karadjé, Saga, Zarmagandey, Nowaré, Bangabana, Kirkissoye et le dernier né Gnalga sont des anciens lits du fleuve Niger.
Ces mêmes anciens relayés par des techniciens ont encore toujours rappelé que l’eau n’abandonne jamais son ancien chemin, comme pour prévenir d’une catastrophe inéluctable qui surviendrait un jour ou l’autre. Malgré tous ces appels à la vigilance, populations et autorités ont fait comme bouche commune pour ignorer tous les appels à la raison. Pour les premiers, il s’agit de s’accrocher à des fiefs ancestraux qu’il ne faut céder à un quelconque prix sous prétexte que ces terrains seraient ou revendus à des nantis qui reviendraient les narguer ou à l’Etat lui-même qui érigeraient des immeubles titanesque sous leur nez.
C’est peut être vrai et c’est pour ces raisons que ceux qui étaient censés quitter le quartier Zarmagandey pour s’installer ailleurs ont refusé de le faire malgré qu’ils aient été dédommagé sous la transition du général Salou. Certains ont carrément revendu les terrains où ils devaient être recasés. Dans d’autres quartiers, les populations refusent tout simplement l’application du plan de lotissement, préférant la structure foncière traditionnelle où elles et leur bétail cohabitent allégrement ; c’est le cas d’une grande partie du quartier Kirkissoye. Pour légitime que puissent être ces arguments, ils ne sauraient supplanter la menace d’une éventuelle hécatombe dont l’exemple concret est le débordement du fleuve en cette année inqualifiable.
Pour l’Etat, d’aujourd’hui et d’hier, il s’agit ni plus ni moins d’une fuite en avant qui ne dit pas son nom. Comment comprendre que depuis toujours, l’Etat soit resté indifférent aux menaces qui planent sur les populations de la rive droite ? A chaque fois que les quartiers Zarmagandey et Banguisto ont été inondés, des colmatages ont suivi pour s’estomper par la suite : on se mobilise pour un semblant d’aide, on réhabilite de façon négligeable une digue qui frise le ridicule et à la fin, trois mois après, on regarde ses victimes reconstruire leurs maisons. Rien de durable et toujours des solutions éphémères témoignant d’un incroyable désintéressement du pouvoir vis-à-vis d’une population qui compte parmi les plus actives en termes d’électorat.
Pourtant, des exemples ne manquent pas dans la sous région où, des fleuves et des lagunes énormes ont été contenus à jamais. C’est le cas à Bamako et en Côte d’ivoire où des infrastructures pérennes ont été mises en place pour anéantir toute menace de débordement des eaux. L’un dans l’autre, les défis s’amoncèlent en cette fin d’année 2012. A peine sorti d’une crise alimentaire dont on espérait juguler les conséquences, voilà que dame nature s’acharne sans pitié sur les champs et plantations des rives du fleuve, hypothéquant à jamais une éventuelle production. A l’intérieur du pays, surtout dans la région de Gaya où la pluviométrie est importante, l’humidité permanente a rendu les terres tellement trempées que les agriculteurs sont obligés de couper les tiges toutes vertes pour sauver les meubles. Somme toute, encore et encore, il faut s’attendre inéluctablement à un déficit céréalier.
Et, d’ores et déjà, il faut que des mesures conséquentes soient prises pour ne pas faire comme l’autre. Pour tous les villages riverains qui ont été ravagés, des mesures conséquentes doivent être prises tant sur le plan alimentaire que sur le volet sanitaire et logement. Des sites de recasement doivent être identifiés et viabilisés, les populations doivent bénéficier d’un encadrement sanitaire conséquent car une épidémie a vite fait de se déclarer dans ce genre de situation. Aux dons en toute nature qui doit leur être accordés, il faut penser à les sécuriser davantage en leur offrant des possibilités d’exploitation des points d’eau pour des cultures de contre-saison. L’autre défi s’adresse aux deux ministères en charge de l’éducation. En effet, pour la plupart des déguerpis sur le territoire de la communauté urbaine surtout, ils sont cantonnés dans des écoles.
A deux semaines de la rentrée scolaire, les yeux et les oreilles restent en attente des décisions salutaires tant pour les déguerpis que pour les parents d’élèves. Il faut sauver la rentrée scolaire au même titre il faut trouver des mesures alternatives pour les déplacés ; surtout que pour la plupart, ce sont eux-mêmes des parents d’élèves.

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