Fait divers: VOUS QUI AIMEZ DIEU, REJOIGNEZ LE !
- Écrit par BIZO (Le Canard déchaîné N°548)
On dit des ivoiriens qu’ils sont un peuple comblé versé dans la joie de vivre, un peuple qui joue sur l’humour à outrance, en toute situation.
Des drames ont été souvent tournés en dérision par les ivoiriens et des artistes comme Daiko et autres sont là pour en témoigner. A ce titre, attention à contrôler les termes que vous utilisez pour leur adresser la parole car ils risquent fort bien de s’en saisir pour vous tourner en dérision. C’était comme ce chef de service ivoirien qui demanda à sa secrétaire de lui coller une feuille blanche au tableau et, elle, elle en colla une vierge. Il lui signifia tout simplement qu’il en avait pas besoin, certainement à cause de son âge et de sa sagesse, ce qui confondit la jeune secrétaire car elle comprit rapidement l’allusion qui en est faite : une feuille blanche est bien une vierge mais… il y a des mots précis avec les ivoiriens.
Soit. L’histoire que je m’en vais vous servir se passe dans un quartier d’Abidjan où un commando farceur a choisi de tirer sur… la religion s’il vous plait. Il faut vraiment être ivoirien pour l’oser. Dimanche matin, les rues de Cocodi vomissaient d’un monde pas comme d’habitude : sapes choisies comme ils savent le faire ; mariage de couleurs et senteurs des parfums les plus huppés. Tout est classe. Ambiance d’un jour de fête dominicale qui frise l’exubérance ? Non, plutôt dimanche à la croisée des chemins qui mènent à la maison du Seigneur : l’église.
De partout, les fidèles impeccablement habillés se pressaient pour occuper les premiers rangs, être le plus proche de l’office pour rester le plus concentré possible. Normal car à trop vous éloigner, vous risquez fort d’être divertis par ces croupes rebondies qui viennent saluer le Seigneur dans des tenues qui frisent souvent la désinvolture ; autres cieux, autres moeurs et, bon gré mal gré les fidèles se livrent avec dévotion au culte, oubliant un tant soit peu toutes les tentations alentours. La paroisse Saint Paul de Cocodi était ce jour-là pleine à craquer. Les offices succédaient aux offices et la chorale s’égosillait à marteler les chants appris la veille.
Des chants de grâces rendues ; des chants de repentir et de pardon ; des chants exorcisant qui dénotent de la foi certaine des uns et des autres aux Saints de Dieu, au Seigneur Jésus Christ et à Dieu lui-même. Des gens prêts à tout faire, à se sacrifier à tout prix pour la cause de Dieu. Eh oui, à tout prix ! C’est à ce moment précis où les âmes se sont littéralement livrées au Seigneur qu’il se produit un événement inattendu : un groupe d’hommes armés jusqu’aux dents fait irruption dans l’église. Un cri s’élève : « Que personne ne bouge ! ». Il y a des choses que l’on ne répète pas deux fois dans certaines circonstances. Un silence de plomb retombe dans l ’église. Néanmoins, on arrive à entendre susurrer des « Seigneur Jésus ! », vite avalés dans un gargouillis de gorge qui traduit la force de l’émotion qui démange d’assistance.
Un des hommes armés, le plus terrifiant avance sur le prêtre et le dégage de la main avant de prendre sa place à l’office. Il lance un « Alléluia » qui est repris comme un seul homme par l ’ensemble de la salle. L’homme s’adresse à la foule en ces termes : « hommes de Dieu, hommes croyants et dévots, aimez-vous comme moi notre Seigneur ? ». Le « Oui » qui suit comme réponse noie par mille fois le « Alléluia » prononcé plus haut. L’homme part dans un rire sarcastique et caverneux avant de reprendre : « Merci pour le témoignage de votre attachement à notre Seigneur. Cependant, je suis convaincu qu’il y en a qui se disent homme de religion ou par conformisme ou par hypocrisie.
Alors, laissez-moi vous soumettre à une épreuve car, aujourd’hui, tout de suite, nous allons mesurez votre degré d’attachement à Dieu. Laissez-moi juste vous rappelez une réalité : quand on aime réel lement quelqu’un, on n’aimerait pas s’en éloigner et on voudra être toujours avec lui, près de lui ; c’est comme quand vous aimez réellement une femme, vous payez sa dote et vous la prenez en mariage pour vivre à ses côtés. Dites-moi alors, qui sont ceux qui aiment réellement Dieu et sont prêts à le rejoindre, à aller vivre à ses côtés ?». Des doigts se lèvent et se rabaissent instinctivement. Plus aucun doigt pointé en l’air. L’homme émet un ri re guttural et dit :
« Alors, plus personne n’aime Dieu à présent ? » Un « Oui » tonitruant envahi l ’égl ise. L’homme se met à rire de plus belle. Il saisit le prêtre qui tremble comme une feuille morte et dit : « homme de Dieu, je vais commencer par toi ! ». Sur ce, l’homme pose son arme sur la tempe du prêtre qui, tout tremblant se met à crier : « J’aime Dieu mais je ne suis pas prêt à le rejoindre ! ». L’homme le relâche et crie en direction de la salle : « Ainsi, personne parmi vous n’aime Dieu car personne n’est prêt à le rejoindre ? Sortez hommes de peu de foi !». Quelle débandade ! Ainsi de la plupart des hommes religieux ou de religion. On dit porter Dieu dans le coeur mais difficilement dans les actes.
Que Dieu accepte et pardonne nos faits et gestes.

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