Gestion des inondations Après la peur, la polémique autour de la distribution des aides
- Écrit par Ibrahim YERO (Le Canard déchaîné N° 549 du 3 septembre 2012)
Depuis une semaine, les pleurs du ciel ont reculé, la pluie se fait rare. Les eaux de surface se retirent au fur et à mesure.
Cependant, les maisons tombées restent en ruines, les familles déshéritées toujours désemparées. La distribution de l’aide crée une véritable polémique entre gérants et bénéficiaires. Ainsi se résume l’après inondation à Niamey, du moins à Saga, un quartier situé à 5 km du centre ville. Durement touché par la vague d’inondation du fait de sa proximité avec le fleuve, une bonne partie du quartier Saga est en ruine. Les milliers de sinistrés ayant tout perdu ou presque ont trouvé refuge dans des écoles, mosquées ou alors ont tout simplement construit des hangars- huttes ( ?) de fortune pour rester sur les lieux de leurs habitations effondrées. Parmi les 7 établissements scolaires publics et privés ayant accueilli les familles, il y a l’école primaire Saga I.
Là, ce sont quelques 395 familles qui y vivent depuis le début de la catastrophe. D’une capacité de 18 salles de classes, cet établissement public est littéralement débordé. Les plus chanceux se mettent à plusieurs familles dans une même classe. Surpeuplées, les classes ne peuvent contenir tout le monde et rejettent le tropplein dans la cour de l’école. Les nouveaux locataires de Saga I sont venus de 5 quartiers différents. Par la force des choses, la cour est transformée en un gigantesque village ou les animaux domestiques vivent avec les hommes, les femmes s’adonnent aux tâches quotidiennes de préparation du repas ou pilage de vivres et autres.
Certaines se font tresser tandis que d’autres sont aux côtés des hommes pour essayer de reprendre le contrôle de la vie collective d’infortune. Biba Ali, la cinquantaine, est de ce groupe de femmes. En sa qualité de représentante du chef de quartier de Saga Goungou, elle participe à la recherche de solutions aux problèmes d’existence. Sur le site d’accueil, le plus grave problème décrié par les représentants des sinistrés est la distribution inéquitable des aides. « Les aides provenant de l’Etat sont stockés dans le magasin, et la nuit, des camions viennent les transporter à une destination inconnue », confie Biba.
Ils ont voulu faire la même chose avec la donation d’une société de la place mais nous nous sommes opposés et nous les avons empêchés de mettre ledit don dans le magasin, explique-t-elle. Un mouvement d’humeur qui n’a pas dégénéré parce que les autorités ont finalement renoncé à acheminer l’aide dans le magasin, objet de crainte des sinistrés. Cela dénote de la tension qui existe entre les populations et les représentants de l’Etat. Une tension qui se justifie par une assez importante rupture entre les quantités d’aides distribuées par les autorités d’une part, et les ONG d’autre part. « Tenez ! L’aide apportée et distribuée par une Ong a donné les résultats suivants : un sac de riz de 50 kg, 2 nattes, 2 moustiquaires et 5 litres d’huile végétale par famille.
Par contre, avec l’aide du gouvernement nigérien, nous avons reçu un sac de 50 kg pour 5 familles. Comment expliquez- vous cela ? », renchérit Saley Tahirou, le chef de quartier de Saga Fondobon. En début de semaine, le 1er vice maire du 4e arrondissement a lui-même regretté que l’on retrouve sur les marchés les produits destinés à l’aide des populations sinistrées. Sauf que selon lui, les produits vendus l’auraient été par les soins des bénéficiaires. Rien n’est moins sûr. La seule certitude demeure que la confiance n’est pas de mise entre les sinistrés et ceux qui sont chargés de la gestion de la crise. Alors question : les sinistrés en demandent-ils trop, plus que les moyens disponibles ? Gèrent-ils mal les aides qui leur sont parvenues ?
Font-ils le mécontent pour nuire à ceux qui sont chargés de s’occuper d’eux ? Ces derniers, font-ils les choses dans les règles de l’art ? Fontils preuve de transparence dans leurs actions ? Pourquoi emmagasiner des vivres débloqués pour l’urgence de la situation ? Comment expliquer si ça se trouve le transport nocturne des aides des magasins à une destination pour le moins obscure ? Autant de question qu’une enquête digne du nom pourrait élucider. Certes, les inondations constituent une crise conjoncturelle mais ce n’est pas pour autant que l’on doit passer l’éponge sur des accusations aussi graves qui s’assimilent à un crime économique et social. Et les catastrophes naturelles, notre planète n’en est jamais à l’abri.
Il y a donc besoin de faire la lumière, châtier sans état d’âme les éventuelles indélicatesses pour assurer l’avenir. Cela repose de facto la question de l’état dans lequel se trouve plongée notre société. Autrement comment imaginer que des êtres humains veuillent s’enrichir avec des aides humanitaires destinées à leurs compatriotes qui, surpris par le malheur, n’ont plus que leur vie à défendre, à protéger. La société nigérienne est malade, atteinte d’une grave hémorragie morale. Les bonnes moeurs sont dépravées, le mal remplace progressivement le bien, les valeurs d’honnêteté, de civisme, de solidarité, d’assistance sont en passe d’être corrompues par la méchanceté, l’égoïsme, la malhonnêteté, l’incivisme, et l’individualisme.
L’école n’existe plus que pour apprendre à lire et à écrire la langue de Molière. Elle ne se préoccupe nullement du citoyen modèle qu’elle a la charge de façonner dans sa moule. Il y a urgence à réagir de façon collective dans un sursaut national pour éviter la faillite morale de notre société.

Commentaires
Que Dieu nous aide amen!
Par contre les gens qui détournent ce qui est destiné aux sinistrés doivent répondre de leurs actes. Ils ne méritent aucune excuse!