Face au malaise social, le régime de la 7è république manifeste: Les signes de la fragilité
- Écrit par Moussa NAGANOU (LE PATRIOTE 15 - N° 81 DU 23 OCTOBRE 2012)
La gestion du mouvement d’humeur des taximen ayant procédé à une augmentation unilatérale du prix de la course du taxi de 200 à 300F, a révélé des signes majeurs de la grande faiblesse du gouvernement nigérien en place.
Tenu sous hésitation depuis le 6 octobre, il a fallu le samedi 13, pour que le gouvernement trouve la mauvaise inspiration de traquer les taximen à travers des interpellations en cascade. C’est après avoir laissé les nigériens supporter une semaine entière une majoration de 50% de la course normale comme si l’on n’était pas dans un Etat de droit. Le gouvernement a sorti une ‘’maladroite et malheureuse’’ batterie de mesures des poursuites des taximen qui occasionneront un arrêt brutal du service de taxi à Niamey. ‘’La vie en ville exige de sortir de chez soi pour trouver de quoi se nourrir’’, entonnent les populations.
taxis normaux’’ vont exercer ce métier dans une parfaite illégalité. La plupart des motos ayant servi au kabou-kabou n’ont ni immatriculation ni autre pièce en dehors d’attestation de vente.
La vignette, la carte grise, l’assurance, le permis de conduire, l’autorisation d’exercice, à Dieu! Tans pis pour le code de la route et ses règles, son éthique et sa déontologie. La nature a horreur du vide dit-on et les Niaméens avaient tout simplement besoin d’être transportés à leur lieu de service, à leur lieu de commerce, quelque soient les conditions. Les membres du gouvernement sans ressources décisionnelles, n’avaient eu que leurs yeux pour regarder cette jungle se dérouler comme tous les citoyens ordinaires. Durant cette semaine, l’insolite était devenu, ordinaire et normal.
Les accidents, c’était chaque à chaque mouvement, à chaque virage ou presque. Décrivons cette scène survenue au rond-point ENA (école nationale d’administration) mardi soir. Des motos qui roulaient à tombeau ouvert avec des clients, se sont rencontrés sur le rond-point. N’imaginez pas la scène. Ecoutez le bruit. Le vacarme était assourdissant. Le choc strident. Les blessés en sanglot étaient pitoyables. Avant de se lever, d’autres motos roulant à tombeau ouvert, venant d’un autre côté sont venues butées à ces agonisants. Des scènes comme celle là, ne peuvent pas être comptabilisés au cours de cette difficile semaine pour nos concitoyens. Que faire? Rien, en attendant que le gouvernement maître de la décision ait la bonne inspiration.
Il multipliera les interpellations aussi bien des taximen qu’au niveau du syndicat des transporteurs d’hydrocarbures qui avait suspendu le ravitaillement en hydrocarbures dans leur mot d’ordre de grève de 5 jours lancé le 8 octobre. Au bout de la première journée, les effets de la grève des transporteurs d’hydrocarbures ont été sentis par tous les nigériens sans exception ou presque. C’était sans surprise, la pénurie. La pénurie d’une ampleur que le Niger n’avait jamais sentie depuis la création de la société nigérienne des produits pétroliers (Sonidep), le 20 janvier 1977. Une pénurie que le Niger ne connaît pas depuis qu’il importe des hydrocarbures à plus forte raison maintenant qu’il exporte.
Une pénurie qui ne peut même se justifier dans la mesure où le Niger exploite du pétrole et qu’il existe un système de stockage efficient et suffisant à travers les différents dépôts de la Sonidep dans toutes les régions du pays. Où sont donc passées les réserves stratégiques? Cette société ne peut manquer du carburant en réserve. La mission de cette société est principalement de maintenir une fourniture permanente des hydrocarbures à travers le transport et la commercialisation. Toute rupture d’une telle ampleur est une défaillance caractérisée passible de toute intolérance. Pire, le gouvernement a opposé une fin de non recevoir à tout dialogue à l’endroit de ce puissant syndicat des transporteurs d’hydrocarbures depuis plus de trois mois comme à l’égard des taximen.
Un comportement qui cache mal l’amateurisme de nos dirigeants face à ce mouvement d’humeur auquel ils ont donné toute la force qu’il ne devrait pas mériter. Par incompétence, le gouvernement a ouvert deux fronts voire plusieurs contre lui. Les taximen, les transporteurs d’hydrocarbures, les transporteurs et la société civile. C’est le bras de fer entre grévistes et gouvernement qui révélera aux nigériens, même les moins informés, sa fragilité. C’est le citoyen qui paie le prix très cher et encore plus cher à cause de ce comportement. Le gouvernement ne trouvera pas l’inspiration! Il décidera de sévir. Sous la colère, il attaquera les taximen au pénal. La souveraine et indépendante justice nigérienne le désavouera. Les taximen sont purement et simplement relaxés.
Cela va les galvaniser. Ils sont plus que jamais forts et ragaillardis pendant que le gouvernement perd la face aux yeux de l’opinion publique. A l’appel à manifestation ce dimanche 21 octobre, il y avait beaucoup de taxis et des taximen par la faute du gouvernement. Les dieux de la politique ont-ils tourné le dos au gouvernement nigérien? Avant cette décision de justice, les bons élèves du président de la république Issoufou Mahamadou notamment Foumakoye et Bazoum ont enflammé le climat social avec des déclarations incendiaires. Le ministre nigérien du pétrole Foumakoye Gado ira jusqu’à parler d’une panne technique survenue à la société de raffinage de Zinder pour justifier la pénurie causée par la grève des transporteurs d’hydrocarbures.
Pourquoi cette panne ne s’était-elle pas déclenchée avant la grève des transporteurs d’hydrocarbures? Le puissant patron du pétrole nigérien Pierre Foumakoye ne l’aurait tout simplement pas voulu? De qui se moque-t-on? Une industrie lourde comme celle servant à raffiner du pétrole brut ne peut connaître une panne pouvant occasionner une telle rupture. Progrès technique oblige! ‘’Contacté par nos soins, un technicien supérieur d’une industrie comparable à la société de raffinage de Zinder qui a requis l’anonymat, nous explique qu’une telle situation est très difficile voire impossible. Les salles de contrôle servent à détecter des pannes depuis leur source.
Et le dépannage ne nécessiterait que quelques heures, même en cas de grosse panne. Un autre technicien toujours dans l’anonymat, nous explique que la durée de vie de chaque pièce est connue d’avance avant d’être montée dans une telle industrie. Si de telles pannes peuvent survenir dans une industrie qui a fonctionné à peine un an, on ne sera pas en sécurité dans l’exploitation des ressources minières qui sont faites pour durer des années. C’est une ignorance de la chose que de parler de cette façon’’. Cette idée de panne n’engagerait que le ministre du pétrole Pierre Foumakoye Gado et le directeur général de la Sonidep qui l’ont soutenu et dégage le parfum d’une stratégie de la pénurie.
Visiblement, les responsables de la Soraz et de la CNPC voyaient ce manège politique plausible venir. Ils se sont donnés des vacances pour quitter le Niger quelques jours avant le déclenchement de ce mouvement d’humeur entre gouvernement et grévistes. Officiellement, ils sont partis pour des renforcements de capacité de gestion. Mais pourquoi pas très bien avant les signes de cette brouille? Cette semaine de mouvement a été vécue par le gouvernement nigérien comme un test qui a révélé de nombreux signes de fragilité du régime d’autant plus que : la nervosité qui a caractérisé aussi bien la décision que les propos des ministres Foumakoye et Bazoum. La violence est cet autre signe révélateur de la fragilité qui ne trompe pas.
Le refus de dialoguer est également révélateur de l’aveuglement. Et pas plus grande faiblesse que l’aveuglement. Finalement, même les élans guerriers du président de la république Issoufou Mahamadou dans le conflit Malien restent difficiles à justifier aujourd’hui dans la mesure où le Niger partage une longue frontière poreuse avec ce pays frère et ami en guerre. Une attitude à laquelle les jihadistes occupant le Mali ont déjà répondu au chef de l’Etat nigérien dans une déclaration, l’appelant à la sagesse.
Lorsqu’on remonte aux circonstances dans lesquelles, l’élection du président Issoufou Mahamadou était intervenue en 2011, la situation ne le permet pas de gouverner à la sourde oreille face aux revendications sociales, aujourd’hui. Et pour faire signe de reconnaissance à cette situation particulièrement délicate, il priait aux nigériens dès dans son discours d’investiture en ces termes : «…j’aurais besoin de tous ceux qui auront à partager la charge du pouvoir avec moi. Au delà d’eux, j’aurais besoin de l’aide de tous les nigériens…». L’élection du président de la république était donc survenue pour la première fois au Niger dans un contexte de rejet massif des listes électorales aux législatives 2011 jusqu’à 56% par un arrêt du conseil constitutionnel de transition.
Or, ‘’les arrêts de cette haute juridiction compétente en matière de contentieux électoral ne sont susceptibles d’aucun recours (appel). Ils lient les pouvoirs publics et toutes les autorités administratives, civiles, militaires et juridictionnelles’’, dispose l’article 134 de la constitution du 25 novembre 2010. Une situation d’autant plus explosive et fragile que les principaux acteurs, notamment les dix (10) candidats à la présidentielle n’ont été contenus que par leur sens élevé de sagesse ou par la menace en sourdine pour les uns et les deux pour les autres.
Même si le candidat Hama Amadou par exemple suivait sa sagesse, il avait aussi ‘’le dossier fonds d’aide à la presse 2001’’ suspendu sur sa tête comme une épée de Damoclès. Ce dossier avait été réactivité à plusieurs reprises à chaque échéance électorale jusqu’au 2è tour où il aurait été sommé de rejoindre le camp d’Issoufou Mahamadou alors qu’il avait déjà formé, l’alliance pour la réconciliation nationale (ARN), selon des sources concordantes.
La campagne électorale avait été pour le moins hésitante au sein des états majors des partis politiques à cause du froid que l’arrêt du conseil constitutionnel de transition rejetant 56 % des listes électorales aux législatives avait provoqué comme effet, jusqu’à la création de l’ARN pour donner un souffle nouveau aux scrutins avec la reprise timide des campagnes au niveau des partis de l’ARN composée du Moden Lumana FA de Hama Amadou, du MNSD Nassara de Seini Oumarou, du CDS Rahama de Mahamane Ousmane, de l’UDR Tabbat d’Amadou Boubacar Cissé, de l’ARD Adaltchi Mutuntchi de Issoufou Oubandawaki et du RSD Gaskia de Cheffou Amadou.
Si Hama Amadou a été contraint de rejoindre l’autre camp, Cheffou Amadou et Amadou Boubacar Cissé hésiteront longtemps jusqu’à la veille du 2è tour pour quitter prématurément l’alliance et abandonner l’enfant (l’ARN) qu’ils venaient de mettre au monde sous les injonctions du CSRD à peine voilée. La preuve est nette, lorsque le président Issoufou a pris le pouvoir, il a opposé une fin de non recevoir à tout audit de la transition du CSRD. Prenant le régime de la transition sous sa charge et donc à sa responsabilité, son pouvoir a eu du mal à décoller.
Tout cela a constitué un potentiel de situation qui fragilise le régime de la 7è république. Aujourd’hui, la contrainte du CSRD est levée, laissant place à un régime d’une fragilité inquiétante face à une simple revendication légitime des citoyens. Le président de la république, Issoufou Mahamadou pourrait bien sortir grandi de cette demande de réduction des prix des hydrocarbures à la pompe s’il prend la question en main personnellement. Surtout que les revenus pétroliers ne sont pas budgétisés, le chef de l’Etat peut bel et bien prendre sa responsabilité et toute sa responsabilité pour résoudre cette question.
Malheureusement, il laisse jusque-là, la question à ses ministres qui perdurent encore dans une polémique stérile qui n’a fait que desservir et fragiliser le gouvernement de la 7è république ainsi que les citoyens. En dépit du communiqué du conseil des ministres du mardi 9 octobre et du point de presse du président du conseil de ville de Niamey du vendredi 18 octobre, brandissant l’application des sanctions aux contrevenants des règlements, certains taximen continuent de maintenir le prix de la course de taxi à 300F au lieu de 200.

Commentaires
Citation en provenance du commentaire précédent de Ali dan sofo :
malheur a toi. nous ne souhaitons plus de coup d'Etat au Niger.qu'Allah nous en preserve de ta sale bouche.