Manifestation de la société civile du dimanche 21 octobre : Le grand lâchage
- Écrit par Ibrahim Elhadj dit Hima. (La Roue de l’Histoire N°635 du 24 Octobre 2012)
Dimanche 21 octobre, sur la place Toumo, un collectif d’acteurs de la société civile autour du SYNCOTAXI attend la mobilisation des manifestants pour démarrer son meeting.
Quelques jours auparavant, le collectif composé du consortium des organisations de la société civile de Moussa Tchagari, du ROTAB de Ali Idrissa, SOS Kandadji de Lopez et d’autres structures de la société civile avait lancé une manifestation pour demander la libération de plusieurs chauffeurs de taxi et camions citernes de transport des hydrocarbures gardés à la police judiciaire à Niamey et à Zinder. Le mot d’ordre du ralliement pour la manifestation mentionnait notamment à l’intention des populations appelées à la manif «savezvous que l’arrestation des syndicalistes constitue une atteinte grave aux droits humains et aux libertés fondamentales ».
Les acteurs du mouvement s’impatientent et la population des manifestants traine les pieds. Les leaders du mouvement ballaient du regard la maigre foule réunie sous le soleil et s’interrogent s’il faut démarrer ou encore attendre. A plusieurs reprises, le groupe s’est retiré pour se concerter. Faut-il aller comme ça ou attendre encore que la place soit pleine ? Qui doit prononcer le grand discours du meeting ? Dans les rues de Niamey, les milliers de taxi, bus faba-faba et camions de transport sur lesquels la manif avait tablé semblent ne pas être concernés par la manifestation, vaquant normalement à leur occupation.
Il faut dire que la manifestation du dimanche 21 octobre était en fait la jonction entre deux projets de manifestation. D’un côté il y avait déjà l’appel à la manif projeté par le consortium de Tchangari, Ali Idrissa de ROTAB, du Lopez de SOS Kandadji et qui devait intervenir le samedi 20 octobre. De leur côté, les chauffeurs des taxis, regroupés au sein du SYNCOTAXI et d’autres structures syndicales de taxi, le syndicat des transports des hydrocarbures, les bus fabafaba avaient quant à eux lancé le meeting pour le dimanche 21 octobre. Mais quelques jours auparavant, le consortium qui a escompté récupérer la masse des militants du secteur des conducteurs des taxis, des transporteurs des hydrocarbures a finalement glissé pour rejoindre la manifestation du 21 octobre.
Manque de pot, au terme du procès du jeudi 18 octobre, il ne reste aucun chauffeur de taxi entre les mains de la police. Cette nouvelle situation allait couper l’herbe sous les pieds des organisateurs de la manifestation. Un autre grand baron du mouvement de la société civile et grande figure du mouvement social de 2005, Nouhou Arzika avait été approché pour la participation à la manif. Méfiant, il a prévenu : la manifestation n’a plus d’objet puisque toutes les personnes arrêtées ont été libérées. La manifestation avait-elle désormais une autre orientation ? En tout cas, elle a quitté son mot d’ordre de ralliement qui est l’appel à la libération des taximen arrêtés.
Pour la coalition des activistes, il faut toujours aller, et ils peuvent demander la réduction des prix des hydrocarbures. Pour autant, les chauffeurs des taxis qui constituent l’enjeu principal ne vont pas mordre à l’appât puisqu’une large part d’entre eux engrange leur 300 FCFA sur la course. Lâchage. Les transporteurs des hydrocarbures, depuis la normalisation de la production de la SORAZ et les chauffeurs des taxis vont lâcher le collectif. Dan Dubaï qui a couru de son fief de Zinder pour participer à ce qui devait être une grosse affaire promenait lui aussi un regard morose sur la place clairsemée de Toumo.
A côté de lui, le viceprésident de l’Assemblée Nationale Mohamed Ben Omar qui continue à découcher avec sa majorité MRN et le député de l’opposition Abdoul Kadri Tidjani, président du groupe parlementaire MNSD doivent aussi s’interroger sur l’opportunité de leur présence à la place Toumo. Pour les acteurs du consortium, la question n’est plus de savoir s’il faut continuer ou reporter. Il faut continuer. Et Elhadj Amadou Mahamadou de la CGT est désigné après plusieurs consultations pour prononcer le discours du meeting. C’est sa centrale qui est la centrale d’affiliation du SYNCOTAXI même si les taximen ont choisi de ne pas amener le plein de manistants qu’il attendait.
C’est devant une foule timide qu’il va prononcer sa déclaration, sans ses militants. Une intervention bien réussie avec une forte entrée politique. « L’élu du peuple, pour le peuple et par le peuple, à qui le peuple a tout donné et qui refuse d’écouter le peuple », debutera-t-il pour parler du Président de la République Issoufou Mahamadou. On est loin des taximen et des transporteurs des hydrocarbures. Mais au moins Kadri Tidjani, Ben Omar et Aboubacar Dan Doubai ne seraient pas venus pour rien. Et ça pouvait aussi permettre de justifier certaines dépenses.

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