Hommage posthume à Gorges Mahamane Condat L’ancien président de l’Assemblée territoriale du Niger n’est plus
- Écrit par Issaka Saïdou (le sahel du mardi 30 octobre 2012)
Le vieux Gorges Mahamane Condat n’est plus. Il vient de nous quitter à l’âge de 88 ans. Il a été enterré samedi dernier à Niamey. Georges Mahamane Condat fut président de l'Assemblée Territoriale du Niger.
C'était du 31 mars 1957 au 18 novembre 1958. Il fait partie des hommes politiques nigériens qui ont marqué l'histoire du pays, singulièrement aux heures chaudes du vote du " Oui " ou du " Non ", le fameux référendum qui demandait aux Etats africains d’expression française s’ils veulent leur indépendance immédiate ou s’ils veulent continuer à vivre dans la Communauté franco-africaine.
Né en 1924 alors que son père, fonctionnaire de l'administration coloniale, exerçait à Maradi, Georges Mahamane Condat a commencé sa carrière comme militaire dans l'armée coloniale, avant de se retrouver, malgré lui nous confiait-il il y a quelques années au cours d’une interview, dans la politique, à la tête de l' Nationale des Indépendants et Sympathisants (l'UNIS), dont il était le fondateur. En 1948, il fut élu député et le restera jusqu'en 1959. Il a été plusieurs fois ambassadeur du Niger tant sur le continent qu'en Europe et aux EtatsUnis, notamment comme Représentant à l'ONU. Georges Condat a coulé des jours tranquilles parmi les siens dans sa maison sise au quartier Lacouroussou de Niamey.
Ce vétéran des indépendances aime beaucoup à parler des circonstances ayant caractérisé l’avènement du fameux référendum du Général De Gaulle pour la Communauté francoafricaine. Voici du reste ce qu’il nous relatait au cours d’un de nos entretiens avec lui : «La campagne pour le référendum du 28 septembre 1958 ? Mon Dieu ! Nous en avions beaucoup souffert ; et ceux qui ont le plus bavé selon lui, ce sont presque essentiellement les leaders politiques qui avaient marché, donc qui ont fait campagne, avec le Parti Sawaba de Djibo Boukary, pour le " Non " au Général De Gaulle" par rapport à la communauté francoafricaine.
Pourtant, des émissaires français nous avaient bien prévenus que nous allons au devant de difficultés, si nous ne faisons pas la campagne pour le "Oui". Mais nous ne voyons pas les choses comme cela, car pour nous, quelle sorte de République veut-on proclamer, alors que tous les pouvoirs politiques et économiques continueront toujours à être détenus par les représentants de la puissance coloniale qui nous gouvernaient déjà et depuis longtemps ?» Aussi Gondat et ses camarades ont dit préférer l’indépendance immédiate. Alors vint le temps des intimidations et menaces et ceci avant même l'ouverture de la campagne référendaire avec les arrestations des partisans du Non et des leaders comme Condat et Djibo Bakary, maltraitance, chantage etc.
Mais rien n'y fait, ils partent battre campagne contre la Communauté franco-africaine, en particulier Condat qui dit avoir un grand fief électoral à Zinder et Maradi. Il sera d'ailleurs arrêté à Zinder en compagnie du chef traditionnel de Kantché, puis relâché avant d'être encore interpellé dans la brousse de Tessaoua et relâché. Djibo Boukary sera lui aussi arrêté vers Madaoua et il lui sera reproché "de faire une campagne pour le Non, avec un véhicule de l'administration coloniale française, du carburant acheté par la France et un chauffeur payé par cette même puissance." Il sera relâché, mais sans cesse harcelé. Toujours est-il que, le jour du vote, eux et leurs militants et sympathisants passèrent aux actes et votent pour le Non. C'est le Oui qui l'emportera, soutenu par le RDA de Diori Hamani et Boubou Hama.
Quelque temps après, Djibo Bakary fut contraint à l'exil, car l'administration coloniale ne pouvait plus le sentir, ainsi que les leaders du Oui, sa vie était menacée. Les enseignements que le vieux Georges Mahamane Condat garde de toute cette époque? "De toutes les façons on ne peut pas revenir en arrière" nous confiait-il; "ce qui est fait est fait, même s'il y a eu des erreurs de part et d'autre. Tout le monde a sa part de responsabilité. Par contre, ce dont Georges Mahamane Condat était sûr, c'est que "l'indépendance, on la doit au Général De Gaulle et à Sékou Touré, parce que si Sékou n'avait pas préféré l'indépendance en demandant à son peuple de voter Non, les Etats africains seraient restés longtemps dans la situation de dépendants, avec un Haut Commissaire territorial et un président local qui n'a pas tout le pouvoir".
"L'Algérie est aussi pour quelque chose dans les indépendances africaines", estime Georges Condat, "car la France a voulu prendre le Sahara algérien, mauritanien, soudanais (actuel Mali), nigérien et tchadien". C'est parce que, soutient-il, les "Algériens ont refusé, se sont farouchement opposés, que les Français ont laissé tomber".

Commentaires
"car la France a voulu prendre le Sahara algérien, mauritanien, soudanais (actuel Mali), nigérien et tchadien".
Faites un lien avec AZAWAD, la crise actuelle du Mali et le recent discours du président de l'assemblée Malienne.
Puisse l'âme du défunt reposer en paix.