Fait divers Le bouc metamorphose en mouton
- Écrit par BIZO (Le Canard déchaîné N° 558)

Mallam Illo vit dans un célibatérium avec quatre commerçants qui l’ont placé là pour que de ses prières il accompagne leurs activités commerciales.
Mallam n’a plus aucune activité que de le servir : réciter quotidiennement le coran à leur profit ; remplir d’écriture coranique des tablettes qu’il fait laver pour eux. Dieu merci, ces quatre commerçants voient chaque jour leurs affaires prospérer. Mallam Illo est entièrement pris en charge par ses patrons ; entièrement, même pour le mouton de la tabaski pour lequel ils lui ont fait une cotisation de 120000 FCFA qu’ils lui ont remise une semaine avant la fête. Mallam Illo a partagé cette somme en deux : 80000F pour sa 1ère femme et ses enfants restés au village et 40000F pour la seconde avec laquelle il vit à Niamey.
Un petit bouc de 30000 et les 10000F pour les accessoires de la fête : repas et bois. Pas tout a fait pour le bois car le bouc de mallam est grillé le jour de la fête ensemble avec les moutons des voisins et aussi du reste du quartier. Au total, c’est une vingtaine de bêtes qui ont été réunies à un coin du quartier. Le matin, après avoir égorgé les moutons, Mallam et ses quatre voisins se sont retrouvés sous un arbre, loin de la fumée du feu de la grillade. Le reste est assuré par un groupe de jeunes bouchers. A midi, tout est fin prêt. Les moutons ont été dépecés et rangés autour du feu.
Rassurés, les quatre commerçants et leur mallam entreprennent une série de visites à travers la ville dans le véhicule d’un des commerçants. Leur randonnée les amène jusqu’à Torodi chez un de leurs amis commerçants. C’est tard dans la nuit qu’ils regagnent leur domicile. Tout est fini, les moutons grillés sont rangés. Le matin de bonne heure, les premiers coups de couteau se font entendre chez mallam. En bon musulman, mallam est le premier a commencé le partage du mouton. A chacun de ses voisins, mallam envoie un gros quartier. La femme du voisin le plus proche ne peut se retenir de commenter la qualité de la viande que mallam lui a envoyé : « Toubari Allah ! La viande de ce bouc est bonne ».
L’enfant de mallam a maintenant entamé le tour du quartier tel que le lui a recommandé son père. Partout où l’enfant passe, les commentaires fusent sur la qualité de la viande servie. Il finit le tour et rentre à la maison. Le 2ème El Hadj de la concession vient de se réveiller. El Hadj Touzoo, celui-là même qui a égorgé le plus grand mouton de la concession, un mouton qu’il a acquis à 170000F. Bien installé sur sa chaise, El Hadj attendait que les enfants fassent sortir la carcasse de mouton. Déjà, El Hadj a fini d’aiguiser le couteau. Les enfants, deux garnements de 14 ans, sortent la carcasse à la terrasse. « Quoi !!! Ifokatiwoné !?» On ne sait plus si El Hadj a crié ou s’il a rugi. Tout compte fait, toute la maison accourut chez El Hadj. On le trouve affalé dans sa chaise.
Face à lui, les enfants tiennent une carcasse non pas d’un mouton, mais d’un bouquillon, un moindre que bouc, une carcasse qui ressemble à celle d’une autruche. Dans un ultime effort, El Hadj réussit à bredouiller : « ça, ce n’est pas mon mouton ». Il jette un regard amer sur Mallam qui a aussi accouru. Mallam baisse la tête et psalmodie : « Wallahi Allah ça c’est mon bouc ». Dans une rage mal contenue, El Hadj lui crache : « et tu as déjà partagé mon mouton !!! ». (A suivre la semaine prochaine car l’affaire est devenue très, très compliquée ».

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