Fait divers Perché sur un château
- Écrit par BIZO (Le Canard déchaîné N° 563)
Dans la recherche effrénée de grandeur qui caractérise chaque individu, tous les coups sont permis ; « la fin justifie les moyens ». Que n’a-t-on pas vu ou entendu sur les pratiques pas tout à fait orthodoxes de nos hommes politiques dans leur quête de pouvoir ?
L’homme dont il est question dans ce fait divers est un richissime commerçant qui a décidé de renforcer son capital par le biais de la politique. Avec un BEPC vieux des années 1970, Gado a un potentiel intellectuel pas négligeable. Malgré tout, il a choisi non pas de continuer au lycée ou dans une école professionnelle mais dans le commerce. Dieu merci, cette option lui a très bien réussi. L’argent, il en a comme pas possible car des années durant, il a évolué dans l’importexport. C’est sous les conseils éclairés de son ami intime Bouba que le richissime Gado a décidé de marcher dans la politique. « La politique mon ami, ce n’est pas que le discours. Ce n’est pas que l’argent aussi. La politique qui réussit, c’est cellelà qui utilise les services occultes des gens capés en la matière ».
Paroles de Bouba en termes de conseils à son ami Gado. Et Gado de s’en tenir à ces conseils en se lançant dans une quête effrénée de zima et autres marabouts influents. Après Kano et Zaria, deux villes du Nigeria réputées pour abriter d’éminents marabouts, Gado se rend à Ouahigouya, une ville du Burkina Faso où les faiseurs de miracles prolifèrent. On le conduit chez Lompogo, un féticheur de renom qui ne rate jamais sa cible. De partout à travers la sous région, on se rend à Ouahigouya pour s’offrir les services de Lompogo. Gado précise au grand féticheur son désir de devenir une personnalité politique influente de son pays. Après avoir écouté son client, lompogo se jette sur la terre et les cauris. Au bout d’un instant, il annonce : « Tu seras un grand homme politique dans ton pays. Cependant, tu dois aller par étapes.
Tu seras tour à tour conseiller communal, député puis ministre ; avec un peu de courage, tu peux même terminer président de la République. ». Lompogo a parlé et il n’y a aucun doute que les prédictions de Lompogo se réalisent sans ambages. Le lendemain, Gado quitte Lompogo. Ce dernier lui a remis une poudre magique avec laquelle il doit s’en servir pour asseoir son assise politique. Gado rentre à Niamey. Le premier acte qu’il pose est ce retour incompréhensible dans son village, avec toute sa famille. Plus de trente années de vie à Niamey, le voilà qui subitement décide de rentrer au village. Il arrive dans sa commune et s’y installe avec sa famille. Deux mois après, on annonce les élections communales. La campagne bat son plein ; Gado se présente comme candidat.
Deux jours avant la date du scrutin, la nuit était profonde quand Gado, entouré de deux de ses amis, se rendent au pied de l’unique château du village. Ils traînaient un sac qui contenait une poudre magique, celle que Lompogo lui a remise. Aidé par ses amis, Gado escalade une à une les marches du château. Il arrive au sommet et entreprend de dévisser la trappe d’un des conduits d’eau : chose pas du tout facile car il opère dans le noir total. Entre temps, sentant un bruit qui se rapprochait, les deux amis de Gado ont pris la poudre d’escampette, le laissant seul au sommet du château. Les premières lueurs du jour pointent. Gado n’à toujours pas réussi à dévisser le conduit pour y verser la fameuse poudre que Lompogo lui a demandée de faire boire à tous les habitants de sa commune. De cette façon, ils ne manqueront pas, les yeux fermés, de lui accorder leur suffrage. Le jour est enfin là. Petit à petit, la foule grossit sous le château.
Tout le village finit par apprendre la nouvelle : le richissime Gado est là-bas, perché sur le château du village ! Les spéculations vont bon train : « habba ! wiza la richesse de Gado n’est pas acquise sur le droit chemin ; il est monté au château pour faire des sacrifices ». Les plus plausibles attestent que Gado est monté pour empoisonner la population. Motif, il avait avec lui un sac contenant une poudre jaune qu’il s’apprêtait à verser dans l’eau du château. Argument de taille qui a conduit Gado en prison durant trois années. Aujourd’hui encore, si vous prenez le tronçon Niamey Dosso, vous trouverez dans un village un fou assis au bord du goudron qui a dans la bouche une seule parole : « monsieur le maire »

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