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ACTUALITE - INTERVIEWS - 3 juillet 2021

INVITÉ AFRIQUE: «Il faut défendre le Niger pour montrer qu’un pays démocratique peut vaincre le terrorisme»

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« Le Niger est devenu un îlot démocratique dans le chaos sahélien et il faut défendre le Niger pour montrer qu’un pays démocratique peut vaincre le terrorisme. » Voila le message que le gouvernement du Niger adresse à ses partenaires, au lendemain des bouleversements au Tchad et au Mali. Le ministre nigérien des Affaires étrangères Massoudou Hassoumi est de passage à Paris. Au micro de Christophe Boisbouvier, il réagit à tout ce qui bouscule le Sahel. Il s’exprime aussi sur les États-Unis de Joe Biden et sur la France d’Emmanuel Macron. 

RFI : L’un des points chauds du Sahel depuis quelques semaines est la frontière Niger-Burkina Faso. En témoigne l’attaque de Solhan côté burkinabé le 5 juin dernier. Les terroristes ne profitent-ils pas de la frontière entre vos deux pays pour s’abriter et échapper aux poursuites ?

Massoudou Hassoumi : Tout d’abord, vous me donnez l’occasion de présenter mes condoléances aux familles des victimes et de marquer notre solidarité et notre compassion avec le peuple burkinabé. Sur cette frontière avec le Burkina Faso, nous menons, avec les forces burkinabés, une action commune. Et dernièrement, avec nos forces armées, nous avons mené une opération conjointe dont les résultats ont été très probants. Il y a eu au moins une centaine de terroristes tués et beaucoup de matériels –des véhicules, des motos, des armes– ont été récupérés. Je pense qu’ils ont pris un vrai coup. C’est vrai que c’est spectaculaire de tuer des populations civiles, mais ce n’est pas forcément le signe d’une bonne santé militaire pour les terroristes. C’est facile à faire, c’est spectaculaire, mais je pense qu’ils sont en recul dans cette zone.

Les terroristes qui ont frappé la région de Tillabéri, dans votre pays, entre janvier et mars 2021, sont-ils les mêmes qui frappent au Burkina Faso aujourd’hui ?

Ce ne sont pas les mêmes. Ceux qui frappent la région du nord du Tillabéri et du nord de Tahoua sont ceux de l’EIGS. Ils sont bien plus organisés et bien plus armés que ceux qui ont attaqué du côté du Burkina. Ceux-là [de l’EIGS] sont vraiment le noyau dur du terrorisme. Ce sont les hommes d’Abou Walid. Nous avons mené, ces derniers jours, une opération conjointe avec l’armée française dans cette zone-là et beaucoup de chefs importants ont été soit arrêtés, soit tués dans cette zone. Je pense qu’il y a eu, ces derniers jours, un tournant dans ce combat contre les terroristes de l’EIGS.

Vous avez obtenu, du président Idriss Déby, le renfort de bataillons tchadiens, mais au mois d’avril, Idriss Déby a été tué au combat. Cet évènement ne fragilise-t-il pas l’alliance avec le Tchad au sein du G5 Sahel ?

D’abord, nous déplorons ce moment terrible pour le G5 Sahel. La disparition d’un acteur aussi important que le président Déby a, évidement, été un coup dur pour le G5 Sahel. De manière générale, il y a deux évènements qui sont très mauvais pour le G5 Sahel et qui font du Niger un îlot démocratique dans un environnement assez chaotique. C’est pour cela qu’il faudrait que la communauté internationale mesure la nécessité absolue de défendre la démocratie au Niger, parce qu’il faudrait démontrer qu’un pays démocratique comme le Niger peut vaincre le terrorisme.

Après le premier putsch militaire au Mali, au mois d’août dernier, vous avez eu une position de fermeté, vous avez mis le Mali sous « quarantaine » au niveau de toute la Cédéao. Mais après le deuxième putsch du mois de mai, vous avez été beaucoup plus indulgent. Pourquoi ?

Disons que l’on a appliqué les textes de la Cédéao : on a suspendu le Mali. Mais la Cédéao a pensé qu’il fallait privilégier la sortie de la transition coûte que coûte pour que des élections aient lieu à terme, c’est-à-dire à la fin du mois de février 2022. Il faut donner une chance à la démocratie au Mali. On surveille l’évolution de la transition au Mali comme le lait sur le feu, pour que cette élection aboutisse à une transition dans les termes échus.

Depuis plusieurs années, vous demandez aux Nations unies de prendre en charge une partie des frais du G5 Sahel, mais les États-Unis de Donald Trump s’y opposaient. Apparemment, les États-Unis du nouveau président, Joe Biden, sont sur la même ligne. N’êtes-vous pas déçu ?

Il y a tout de même une évolution. Les États-Unis de Trump voulaient fermer la base aérienne d’Agadez. Ils voulaient quitter le Sahel. Aujourd’hui, avec le nouveau président, l’équipe de Joe Biden est revenue sur cette décision. Aujourd’hui, au moins, nous sommes rassurés. En ce qui concerne la mise au chapitre 7 de l’ONU des forces du G5 Sahel, il est vrai que nous avons toujours demandé cela. La plupart de pays, dont la France, soutiennent cette position-là ; les États-Unis, pas encore.Mais pourquoi demandons-nous cela ? La guerre coûte très cher. Si nous devions mettre les ressources de notre pays dans la guerre, nous serions aujourd’hui autour de 20% de nos ressources budgétaires. Ce serait carrément au détriment de l’éducation, de la santé, au détriment du développement. Mais si nous échouons dans le développement, si nous ratons le combat du redéploiement de l’État, c’est la victoire du terrorisme.

Donc, vous ne désespérez pas de convaincre Joe Biden…

Non, pas du tout. Nous avons eu des contacts et nous pensons que, sur le principe, les idées évoluent. Même aux États-Unis.

Le 10 juin dernier, le président français, Emmanuel Macron, a annoncé la transformation de Barkhane dans un dispositif beaucoup plus allégé. N’est-ce pas un coup dur pour vous ?

Non, pas du tout. Il est normal que la France redimensionne sa force Barkhane, qu’elle revoie sa voilure et qu’elle l’adapte aux nécessités du terrain. Mais il faut savoir qu’il y a un principe. Le principe, c’est que cette guerre, c’est d’abord à nous de la mener. La France et les autres partenaires, dont les États-Unis, ce que nous leur demandons, c’est de continuer à nous appuyer.

Ce qui importe, c’est peut-être, aussi, que la France maintienne son appui aérien ?

L’appui aérien est important, parce que c’est ce qui nous manque le plus et je pense que c’est ce qui fait la différence. Nous n’avons pas de grande capacité aérienne. Les terroristes n’en ont pas du tout. Donc, je pense que la France maintiendra certainement une partie de ses forces aériennes.

Par : Christophe Boisbouvier (RFI)

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