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La HALCIA serait-elle devenue un monstre incontrôlable ?

President de la HALCIAA la surprise générale, le président de la Haute Autorité de Lutte contre la Corruption et les Infractions Assimilées (HALCIA), Issoufou Boureima, vient d’être relevé de ses fonctions à l’issue du dernier Conseil de la Magistrature tenu le 07 août passé sous la présidence du Chef de l’Etat, Issoufou Mahamadou. Dans la foulée, l’ancien président de la HALCIA est nommé conseiller à la Cour des Comptes pour occuper la présidence de la quatrième chambre de cette juridiction chargée du contrôle de la discipline budgétaire des partis politiques.

Il faut rappeler que le magistrat Issoufou Boureima était à la tête de la HALCIA depuis sa création, c’est-à-dire, en 2011, peu après l’arrivée au pouvoir du Président Issoufou Mahamadou. En effet, la HALCIA était une des promesses électorales du candidat du PNDS/Tarayya qui ne cessait de déplorer les pratiques corruptives ayant cours sous les régimes pré- cédents, principalement, sous la Cinquième République du duo Tandja/Hama, lorsque les LAP, les PSOP, les marchés de gré à gré, les ententes directes et autres moyens de captation de ressources publiques étaient érigés en mode de gouvernance économique et politique du ré- gime de l’époque.

Alors, dans sa croisade contre la mal gouvernance économique et politique, le candidat du PNDS promet tait, s’il était élu à la magistrature suprême du pays, de mettre fin à ces pratiques néfastes pour les finances publiques en rétablissant l’Etat dans son monopole fiscal et en prô- nant une plus grande transparence aussi bien dans la gestion des deniers publics que dans la passation des marchés publics ou de délégation de services publics. La création de la HALCIA en 2011 procédait donc de cette volonté de l’enfant de Dandadji d’inaugurer, enfin, au Niger, une nouvelle ère marquée du sceau de l’orthodoxie budgétaire et financière afin de faire de la bonne gouvernance une réalité dans notre pays.

Noble et louable ambition ! Seulement voilà, vouloir est une chose, pouvoir en est une autre ! Les réalités et les moeurs politiques, sociales et culturelles du Niger contemporain étaient-elles prêtes à intégrer cette nouvelle donne sans remettre, fondamentalement, en cause les bases profondes d’une société de connivence devenue depuis peu l’univers ambiant dans lequel baignait toute la trame politique nigérienne de ces vingt-cinq derniè- res années ? Plus prosaïquement, toutes les conditions objectives étaient-elles créées pour cette nouvelle ère de plus de transparence dans la gestion des deniers publics et de tolérance zéro dans la lutte contre la corruption sous toutes ses formes ?

Tels étaient, apparemment, les différents écueils qui guettaient la mise en place d’une institution comme la HALCIA dans un pays comme le nôtre où la culture de l’impunité semblait avoir fait son lit indéfectible depuis belles lurettes. Néanmoins, nonobstant ces apriorismes ou autres obstacles dirimants, la HALCIA put voir le jour et les malheurs actuels de son ancien président sont le témoignage éloquent qu’elle aura servi à quelque chose en six années d’existence. En effet, en six années de fonctionnement, la HALCIA sera devenue un épouvantail féroce et impitoyable pour tous les auteurs de pratiques corruptives au Niger, sans épargner aucun domaine de la vie nationale, y compris la question des fraudes aux examens nationaux et aux concours d’entrée à la Fonction Publique.

Rien qu’à évoquer son nom, la HALCIA, à elle seule, faisait trembler les indélicats qui avaient affaire à elle. Même si elle n’a pas totalement éradiqué les pratiques corruptives au Niger – la Justice ne l’ayant pas souvent aidée dans ce sens en faisant bénéficier les délinquants de libération conditionnelle, de par son effet dissuasif sur les esprits, elle aura, néanmoins, réussi à faire baisser le nombre de cas de corruption qui a fait gagner à notre pays quelques places dans le classement mondial de Transparency International en matière de corruption dans le monde ! Au-delà du Niger, la HALCIA a eu des échos retentissants au plan international, car certains pays de notre sous/région s’en sont fortement inspirés.

D’ailleurs, cela n’est pas nouveau, le Niger étant souvent considéré en Afrique comme un laboratoire en matière d’innovations politiques ou autres réformes, mais médiocre dans la mise en œuvre de ces réformes. C’est le cas, aujourd’hui, de la HALCIA, cet bel instrument aux nobles ambitions qui risquerait de connaître le triste sort de toutes les idées avant-gardistes qui sont mortes de leur belle mort, faute de volonté pour les mener à leur point d’achèvement. Aujourd’hui, la HALCIA pourrait être comparée à un monstre destructeur devenu incontrô- lable qui risquerait d’avaler, si on n’y prenait garde, toute la bergerie.

L’affaire Mukuri et bien d’autres affaires fumeuses dans lesquelles sont trempés certains dignitaires du régime actuel lui auraient été, sans doute, fatales. C’étaient peut-être les affaires de trop, là où il aurait fallu ne pas aller fouiner, car les lobbies étant trop puissants et les intérêts trop gros. En un mot, la HALCIA semblait devenir, de plus en plus, gênante, les forces du mal décidées à avoir sa peau, coûte que coûte. Une chose demeure certaine, elle continuerait à mener un semblant d’existence mais sans grande efficacité en se réduisant seulement à la prévention de la corruption tout en abandonnant la traque des délinquants.

Au finish, elle rentrerait dans les rangs de la routine administrative et politique, tout comme ses devancières, loin, très loin des nobles objectifs ayant présidé à sa création six ans plus tôt. Pour notre part, nous exprimons le triste regret de voir une si noble institution dévoyée de sa mission véritable, juste pour satisfaire des desseins inavoués. En effet, en portant au pouvoir Issoufou Mahamadou au printemps 2011 et en le reconduisant en 2016, le peuple nigérien voulait, avant tout, saluer le courage et la détermination d’un homme politique qui ambitionnait de grandioses choses pour son pays, dont le rétablissement de la justice, la fin de l’impunité et des passe-droits, la lutte contre la corruption sous toutes ses formes et l’instauration de la bonne gouvernance.

Tout cela était-il trop à porter dans une société sclérosée de longue date par des habitudes néfastes ? A l’épreuve des faits, force est de constater que ces chantiers capitaux restent encore des horizons de plus en plus fuyants pour notre pays. Les forces rétrogrades et les ombres du passé auraient eu, probablement, raison des belles et révolutionnaires intentions du Président Issoufou Mahamadou.

Le Niger serait-il irré- formable ? Sans doute non ! En effet, un autre Niger est bel et bien possible, mais à condition que  »le vieux meurt et que le neuf puisse naître », comme l’avait si bien affirmé le grand philosophe italien du 20ème siècle, Gramsci! Au demeurant, nous espérons que tout ce qui précède ne sera qu’une simple vue de l’esprit et que la nomination d’un nouveau président à la tête de la HALCIA s’inscrira dans une perspective plus lointaine de donner un souffle nouveau à cette institution avec l’arrivée d’une nouvelle personnalité pour présider à ses destinées.

Après six ans sans discontinuer, le temps était peut-être venu d’apporter du sang neuf, une nouvelle vision dans les rouages d’une institution aussi capitale comme la HALCIA.

C’est le pari qu’il faudra faire pour que la HALCIA conserve toute la crédibilité qu’elle aura acquise avec Issoufou Boureima. Nul n’est éternel en dehors de Dieu !

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ZAK (OPINIONS N° 377)

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8 plusieurs commentaires

  1. Bonsoir:) Ce ticket est très complet. je cherchais notamment des infos a ce sujet.
    Merci et bonne continuation

  2. Espérons que son nouveau président lui donne un nouveau souffle

  3. Bonjour à tous,

    La halcia à elle seule ne peut rien faire, car cette institution mène des enquêtes et remettent des rapports à la justice et/ou à la Présidence, il y a des speculations sur les destinataires de ces rapports.

    Si c’est à la justice que la HALCIA remettait les rapports, cette justice doit traiter les différents dossiers avec équité, ce qui n’est pas le cas.

    Si c’est à la Présidence que la HALCIA remettait ces rapports, le président ne peut que s’en servir pour faire chantage aux adversaires politiques

  4. Tres juste. La HALCIA et la fameuse liggne verte n´ont servi qu´a duper et endormir les nigeriens pour mieux les escroquer politiquement et financierement. Mais je garde l´espoir que tous ces dossiers referont surface un jour et que issoufou et ses complices repondront de leur forfaiture. Inch Allah

  5. Dès le départ la HALCIA n’a pas été créée pour lutter contre quoique ce soit, surtout pas pour lutter contre la corruption, ni l’impunité. En effet, si Issoufou voulait vraiment lutter contre ce cancer, il aurait dû juste commencer par remettre à la justice les centaines de rapports des différentes inspections diligentées par ses prédécesseurs. Par cet acte il aurait déjà donné un sévère avertissement aux siens qui sont venus aux commandes très affamés après 20 ans dans l’opposition.

    Mais au lieu de tout cela, il a plutôt exploité ces rapports d’inspection pour faire chanter des adversaires politiques afin de les ramener dans son giron. Ce n’est pas par leur bon vouloir que des politiciens comme Albabé, Alma, Wassalké, Ada Cheffou, Sala Habi, Ben Omar, Rabi Hima, Karim Dan Mallam, et bien d’autres hommes et femmes politiques ont sabordé leurs formations politiques qui leur tout donné pour s’arrimer au guri système, la formule magique étant,  » soit vous venez avec moi, soit je vois dans l’obligation de saisir la justice ».

    Dès lors, j’ai compris que la HALCIA, c’est juste une autre structure à sa disposition pour faire chanter plus de gens, y compris les siens, sans vraiment lutter contre la corruption et surtout le détournement des deniers publics. C’est juste la petite sœur des structures précédentes depuis la fameuse « Crimes & Abus » et les suivantes avec le CRN, CSP, et CSRD et les inspections d’état des 4è et 5ème républiques. Il a donc fait comme ses prédécesseurs.

    • TOMSANK, quelle brillante analyse, vraiment rien à ajouter

    • Comme les personnalités que vous avez citées ont commis des forfaits quand elles étaient aux​ affaires, c’est normal qu’elles soient inquiétées.Si Allah nous prête quelques souffles de vie, vous verrez comment ceux qui soufflent le chaud et le froid aujourd’hui seront à leur tour traités. »Duniya rawar yan ma ta na gaba ya koma baya ».

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