Home ACTUALITE La leçon Grecque devrait ouvrir les yeux à nous aussi de la zone Franc…

La leçon Grecque devrait ouvrir les yeux à nous aussi de la zone Franc…

Mr SAMI Youssoufou

« Les Grecs ont inventé la démocratie, mais ils ont aussi inventé la démagogie ». Ainsi, s’exprimait Pierre Lellouche commentant le « NON » grec au référendum sur le plan des réformes proposées par l’UE. Bien que la plaie qui s’infecte, ne regarde que le pied de celui qui la porte, la crise grecque est un vrai drame. Il en a le déroulé, le suspense, le malaise et surtout la cruauté du sort du principal concerné.

C’est à l’image d’un bateau, où un passager qui n’a pas payé le péage, est mis devant un choix cornélien : Sauter ou se faire pousser par-dessus bord. Les grecs ont refusé de sauter en espérant qu’on ne les jettera pas dans les flots.

Et l’Europe, inquiète sur son avenir, n’entend pas trainer le boulet grec, d’autant plus qu’il faut écoper tout le temps pour que tout ne finit pas au fond des abîmes. Comme Euripide, Tsipras qui est un génial dramaturge a réussi à transformer des victimes (les créanciers) en coupables.

La crise grecque qui est devenue européenne, est une leçon pour tout le monde : Si l’on se lâche dans sa gouvernance, et qu’on mente sur le cadrage macro-économique, de son propre pays, tout le monde vous lâche. Les Grecs ont toujours cru que leur endettement faramineux est la garantie de leur survie, leur bouée de sauvetage.

Les créanciers ne pourraient faire une croix sur ce qu’ils leur doivent, donc ils n’ont pas intérêt à les plonger dans une faillite absurde où tout le monde perd. Les voilà en devoir de trouver une astuce pour ne pas se faire éjecter du « paradis européen ».

Entrés dans l’UE presque par effraction, ils se sont vus rattrapés par la situation de leur économie qui marche sur la tête. Ils se sont vus contraints à se serrer la ceinture et moderniser le management de leur économie pour qu’enfin, les alliés européens mettent la main à la poche pour maintenir l’économie grecque en état végétatif, le temps que la machine économique reparte.

La leçon grecque devrait ouvrir les yeux à nous aussi de la zone Franc. Nous faut-il garder l’euro, à travers le CFA, comme monnaie nationale pour nos petites économies ? Les dirigeants politiques ne veulent pas en parler. Les économistes et autres spécialistes en politiques monétaires ont du mal à se faire entendre. Et les industriels sont bridés par cette monnaie qui souvent les prive d’atouts face à leurs concurrents.

Pourtant, il y’a plus de trente ans, les économies de la zone UEMOA avaient connues le même traumatisme que la Grèce actuelle. Le Niger avait dû se débarrasser de son agriculture subventionnée, et s’était obligé de faire des économies drastiques dans les dépenses à caractères social (santé publique, éducation, subventions à la consommation etc.)

Ces efforts dévastateurs prodigués par le FMI, la Banque Mondiale et les partenaires n’avaient pas sauvé nos différents Etats de la faillite. Et la dévaluation fut décidée malgré des réticences qui ne reposaient que sur une fierté mal placée. Les dirigeants de l’UEMOA n’avaient aucun moyen pour décider, eux-mêmes des solutions.  Ils s’inclinèrent sans oser un baroud d’honneur.

N’étant pas maître de leur monnaie, ils ne peuvent que subir. Plusieurs années durant, la question de la monnaie, du CFA demeure taboue. Et pourtant il faudra bien que l’on vienne à cette équation : Peut-on conduire une politique économique sans tenir, entre ses mains, le levier de la monnaie ? Les Grecs qui ont été au plus bas étaient confrontés à un choix terrible : Sortir de l’euro et voir leur économie s’effondrer ou devoir se serrer la ceinture alors que la pauvreté a déjà progressé dans le pays.

La question que l’on ne pose jamais : Peut-on entrer dans une union monétaire quand son économie n’est pas au niveau des plus puissants ? La Grèce en a fait la meilleure expérience. D’une certaine manière, avec notre CFA, nous en vivons les contraires depuis bien plus longtemps.

Tsipras a certes réussi un grand pas politique, mais la Grèce n’est pas encore sortie du dédale car tôt ou tard elle devra affronter ses problèmes structurels dont le plus important est le système fiscal. Au lieu de s’attaquer à ces causes internes de la faillite de l’Etat, Tsipras a cherché des boucs émissaires : L’Europe et le FMI.

C’est portant élémentaire, il n’y a pas de politique sociale efficiente sans efficacité économique.   La régulation, l’intégration, et la convergence par l’économie fonctionne que lorsqu’il existe des efforts de reformes en même de trouver des ressources en internes pour financer son propre développement.

[author ]SAMI Youssouf Enseignant vacataire Intelligence Economique & Management Stratégique [/author]

2 Comments

  1. Mon frère, je trouve simplement que vous avez été un peu injuste envers la Grèce, en lui insinuant une sorte de Balsa. Ces créanciers quand ils prêtent l’argent à la Grèce ou à nous au Niger, il est difficile de nier qu’ils sont en conflit d’intérêt, parce qu’ils sont à la fois nos conseillers, nos prestataires, nos partenaires nos prêteurs. Ils appellent ça chez eux, position de délit d’initié.
    L’Allemagne qui est le plus grand créancier de la Grèce, ne prête à celle-ci que pour acheter des produits allemands et faire tourner les industries allemandes exportatrices. Dans aucun pays au monde ces prêts n’ont améliorer la vie sociale. Ils rentrent et sortent automatiquement, mais laisse l’ardoise d’un dû à notre ministère de finances. Maintenant, ça prend une réduction, disons un resserrement de la vie sociale pour les rembourser.
    La Grèce sait faire ses routes, ses ponts, ses barrages, ses écoles; elle sait soigner, elle sait cultiver; mais on essaye de nous faire croire que sans prêts elle ne saurait survivre. C’est malhonnête de faire ce jeu là.
    Ça me rend vraiment malade, lorsque j’entends dire que sans les créanciers le Niger ne peut pas payer les salaires ni faire les ponts. Il faut tout de suite dire que le 1er et le 2è ponts c’étaient pas créanciers, et puis si on a de la peine à payer les salaires c’est parce que chaque jour on doit de nouvel argent aux créanciers.
    La seule certitude est par un mécanisme injuste d’administration de monnaie, on peut financièrement asphyxier des nations afin d’influencer leurs politiques aux bénéfices des créanciers. Quant aux pays de l’UEMOA, le mal a trop duré. Les créanciers ne nous laissent simplement pas imprimer notre propre monnaie, de peur qu’on en fasse un peu trop pour éponger toutes les dettes, ce qui signifie notre liberté. Les USA étaient comme nous autres, ils avaient beaucoup de dettes, héritées du colonialisme. Mais ils n’ont jamais rien payé de telles avec des mesures drastiques, c’est toujours la machine à billets qui paye. Les créanciers européens qui voulaient de paiements substantiels en or, en ont trop voulu au Président Lincoln. Sauf que l’Amérique avait déjà la politique de ses moyens. Sans cela les dettes étaient impayables et les USA allaient rester de petits pays encore de nos jours à la solde des créanciers.

  2. En économie c’est comme dans le domaine médical: plus on tarde à prendre en charge une maladie plus le jour où on va s’en occuper le traitement sera difficile…
    Nous avons une tradition d’évitement
    Nous ne voulons pas entendre parler de sacrifice
    Or il faut se rendre à l’évidence: tôt ou tard nous devons nous prendre en charge en termes de développement donc en créant nos propres monnaies.
    La solution n’est sans doute pas de continuer à reporter (par lâcheté) les conséquences de nos inconséquences sur les générations futures c’est sur les enfants à qui nous continuons à infliger la vie.

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