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ACTUALITE - Politique - 30 janvier 2021

Lettre interpellative à Mohamed Bazoum, candidat à l’élection présidentielle 2020-2021 relative à son intervention sur Africa 24

M. Mohamed Bazoum,

J’ai suivi avec intérêt votre passage dans l’émission « L’Invité du jour», de la chaîne internationale Africa 24, notamment vos propos relatifs aux dispositions de la constitution relatives à la dissolution de l’assemblée nationale par le président de la République et les justifications servies aux auditeurs sur notre rang peu enviable et déshonorant de dernier pays au classement annuel de l’Indice de Développement Humain (IDH) du PNUD durant la décennie entière de gouvernance de la « Renaissance ». J’ai été notamment, profondément bouleversé et scandalisé par les propos tenus par le candidat que vous êtes, aspirant à assumer les plus hautes charges dans notre pays.

Le plus surprenant dans cet entretien c’est sa diffusion le 21 janvier 2021, soit à peine une semaine avant la très prochaine proclamation des résultats définitifs du premier tour de l’élection présidentielle par la Cour constitutionnelle, ouvrant la voie à l’ouverture de la campagne électorale pour le deuxième tour, ce, en violation du code électoral en son article 91, avec un silence complice de la CENI et des autorités. Puisque le dernier alinéa de l’article 91 dispose : « L’autorité chargée de la régulation de la communication et le ministère chargé des questions électorales veillent à l’application stricte de cette interdiction. »

Vous aviez notamment dit à l’endroit de certains candidats ciblés de par vos propos : « des partis qui sont au gouvernement qui sont avec nous qui ont collaboré doivent poursuivre notre collaboration…c’est plus facile de continuer le travail plutôt que d’envisager le scénario catastrophe de ce que proposent les autres, c’est-à-dire de venir se faire reléguer dans l’opposition pendant 18 mois, c’est ce que dit la constitution et de miser sur des élections législatives anticipées dont le résultat peut être deviné, c’est très clair. Je ne vois pas pourquoi en dix-huit (18) mois le rapport de force peut changer puisque nous disposons d’une majorité à l’Assemblée nationale. C’est le partage des responsabilités, des postes absolument… ».

Avant de vous porter la contradiction, je vous rappellerais que Fénelon a dit : « Quiconque est capable de mentir est indigne d’être compté au nombre des hommes, et quiconque ne sait pas se taire est indigne de gouverner » (in, « Les aventures de Télémaque, fils d’Ulysse » (Edition 1841). Et je fais mienne la suggestion de Katherine Pancol : « Il ne faut pas se taire. C’est en se taisant qu’on devient victime. J’écris pour ne plus me taire….»

Face à tant de contrevérités dites dans votre interview, j’ai  le devoir de vous écrire à quelques heures de la proclamation par la Cour Constitutionnelle des résultats définitifs des élections du premier tour du scrutin de l’élection présidentielle.

Selon vos dires, la constitution de notre pays interdit au président de la République de dissoudre l’Assemblée Nationale avant dix-huit (18) mois, ce qui suppose que tout parti politique qui s’aventure à soutenir un candidat autre que vous, sera confiné à l’opposition pendant 18 mois. Puisque vous prétendez disposer d’une majorité dans cette institution non susceptible d’être remise en cause même en cas de dissolution anticipée de l’assemblée. Raisonnement trivial puisque les résultats des élections législatives ne sont que provisoires et au regard des dysfonctionnements graves constatées lors de ce qui a été qualifié d’élections législatives, rien ne vous est garanti. Sans compter que la transhumance politique que votre régime a érigée en mode de gouvernance pourrait bien vous jouer des sales tours même dans le cas d’un statu quo. Sans vous en rendre compte, vous avez violé à la fois le code électoral et notre loi fondamentale. A moins que vous n’ayez agi délibérément en vous considérant comme un super citoyen au-dessus des lois de la République.

Sur le code électoral, en promettant un partage des postes de responsabilités avec vos partenaires, vous vous êtes lancé dans une campagne électorale pernicieuse en violation des articles 91 et 193 qui disposent :

Article 91 : « Avant l’ouverture de la campagne électorale, tous actes de propagande électorale déguisée, toutes manifestations ou déclarations publiques de soutien à un candidat, ou à un parti politique ou coalition de partis politiques, faits directement ou indirectement par toute personne, association ou groupement de personnes, quels qu’en soient la nature ou le caractère sont interdits …. ».

Article 193 : « Quiconque, par des distributions d’argent et/ou de biens, par des dons ou libéralités en argent ou en nature, par des promesses d’emplois publics ou privés faits en vue d’influencer le vote d’un ou plusieurs électeurs, aura obtenu ou tenté d’obtenir leur suffrage, soit directement, soit par l’entremise d’un tiers, quiconque, par les mêmes moyens aura déterminé ou tenté de déterminer un ou plusieurs d’entre eux à s’abstenir, est puni d’un (1) à cinq (5) ans d’emprisonnement et d’une amende de cent mille (100.000) francs CFA à un million de (1.000.000) francs CFA ».

Comment qualifier de telles violations de la loi, si de surcroît, elles sont perpétrées sur fond de désinformation relativement aux conditions de la dissolution de l’Assemblée Nationale ? En effet, vous affirmez, urbi et orbi, pour convaincre des électeurs ou des leaders partenaires que vous méprisiez il n’y a pas si longtemps. Pourtant, l’article 59 de notre loi fondamentale est clair puisqu’il dispose : «  – Le Président de la République peut, après consultation du président de l’Assemblée nationale et du Premier ministre, prononcer la dissolution de l’Assemblée nationale…Il ne peut être procédé à une nouvelle dissolution dans les vingt-quatre (24) mois qui suivent les élections. »

Pour quel dessein une personnalité de votre rang, aspirant aux plus hautes charges dans notre pays, proférerait-elle de telles contrevérités sur une chaine internationale ? Est-ce par méconnaissance de notre constitution ou par mauvaise foi, pour tromper la frange la moins avertie du peuple nigérien et/ou la communauté internationale que vous avez commis une telle forfaiture, puisque, c’en est véritablement une ? Ou alors, est-ce tout simplement par une parfaite ignorance de notre constitution, ce qui serait proprement scandaleux ? L’un dans l’autre, à un tel  niveau de responsabilités, vous le savez, vous êtes franchement impardonnable d’autant plus que l’article 121 du code électoral dispose : « Constituent des causes d’annulation des élections : – la participation à la propagande électorale par des actes ou déclarations, réprimés conformément aux dispositions pénales de la présente loi ; …». Cette tentative de désinformation de l’opinion nationale comme internationale constitue une diffusion de fausses nouvelles dans le but de détourner des suffrages doublée d’un chantage sur des grands électeurs. Elle est punie par le code électoral en son article 189 qui dispose : Article 189 : « Ceux qui, à l’aide de fausses nouvelles, calomnies ou autres manœuvres frauduleuses, auront détourné des suffrages, déterminé un ou plusieurs électeurs à s’abstenir de voter, sont punis d’un emprisonnement de deux (2) à cinq (5) ans et d’une amende de cinquante mille (50.000) francs CFA à cinq cent mille francs (500.000) francs CFA ».

Vous prenez ainsi le risque de voir la Cour Constitutionnelle vous disqualifier en faveur d’un autre candidat à l’élection présidentielle en vertu dudit article.

Ne craignez-vous donc pas d’être poursuivi en justice par un candidat ou un électeur pour violation des dispositions précitées du code électoral ? Ou alors vous comportez-vous ainsi parce qu’assuré d’une parfaite impunité devant la loi qui vous autorise à considérer les autres candidats comme des citoyens de seconde zone ? Savez-vous qu’en agissant régulièrement comme vous le faites, vous indisposez votre mentor en lui faisant violer la constitution de notre pays qu’il a juré de respecter et faire respecter sous serment coranique et qui dispose en son article 10 : «  Tous les Nigériens naissent et demeurent libres et égaux en droits et en devoirs… » ?

Salutations fraternelles

Niamey, le 29 janvier 2021

Djibrilla Baré Mainassara

Candidat à l’élection présidentielle 2020-2021

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