Accueil / ACTUALITE / « Paix impossible, guerre improbable » : L’Arabie Saoudite, le Qatar et le « De quoi je me mêle de Niamey… »

« Paix impossible, guerre improbable » : L’Arabie Saoudite, le Qatar et le « De quoi je me mêle de Niamey… »

The Saudi Arabian king, right, has shocked observers with his escalation against the emir of Qatar, left. Getty Images

Le feuilleton du « cannibalisme ontologique » du duel, du « classico » qui oppose l’Arabie Saoudite au Qatar par analogie à l’Iran, et dont Niamey s’est invité dans la danse jusqu’à rappeler son ambassadeur de Doha pour consultation, nous rappelle notre cours des Relations Internationales reçu à l’ENA de Niamey. « Vous savez, il n’y a pas de secrets dans les R.I : Il y’a d’abord les intérêts, et ensuite le rapport de force » disait notre Prof Dr Dodo Boukari.

«Paix impossible, guerre improbable»,  disait Raymond Aaron pour qualifier la guerre froide. La même qualification est valable pour la guerre qui oppose l’Arabie Saoudite au Qatar, par ricochet l’Iran. Pendant la guerre froide, les Etats Unis et l’URSS se sont fait la guerre par pays interposés, parce que la «guerre était impossible et la paix improbable».

En voulant embarquer le Niger dans sa croisade, l’Arabie Saoudite défend son intérêt national en montrant que la croisade contre le Qatar n’est pas seulement arabe, mais internationale et nous réduit ainsi à un rôle de figurant dans un jeu d’échecs qui oppose en réalité l’Arabie Saoudite à l’Iran et dont le Qatar semble être le dernier terrain d’affrontement après le Yémen.

Pendant longtemps, la politique extérieure du Niger s’est résumée à «comment mieux plaire à la France que tout le monde », aujourd’hui apparemment, c’est comment mieux plaire à l’Arabie Saoudite que tout le monde. Notre empressement pour aller faire allégeance à Ryad est fort suspect. Les pétrodollars ? I don ’t know !

Au-delà du conflit virtuel entre chiites et sunnites, il y a un conflit réel entre l’Arabie Saoudite et l’Iran pour le leadership au Moyen Orient. L’Arabie Saoudite et l’Iran se livrent une  véritable «guerre froide» au Moyen Orient pour le leadership régional. «La géographie sert d’abord à faire la guerre »,  disait le géo-politologue Yves Lacoste.

L’Iran et l’Arabie Saoudite aussi se font la guerre par pays interposés en Syrie, en Irak et récemment au Yémen, le dernier terrain d’affrontement entre l’Iran et l’Arabie Saoudite, en attendant bientôt le Liban où l’Arabie Saoudite rééquipe, grâce à la France, l’Armée libanaise, très sous équipée face à un Hezbollah surarmé.

L’Iran a sauvé le régime de Bachar Al Assad, en demandant à ses supplétifs du Hezbollah de voler au secours de Damas. L’Iran a aussi pris pied en Irak grâce à la cécité stratégique des Américains, qui sont venus dans cet «Orient compliqué  avec des idées assez simplistes». Ce qui fait que l’Iran est le principal vainqueur de la 2e guerre du Golfe (La guerre d’Irak) grâce à George Bush.

L’Iran a gagné la deuxième guerre d’Irak sans tirer un coup de feu. Un pouvoir chiite à Bagdad a toujours été le rêve du régime des Ayatollahs. Bush l’a réalisé. L’Iran a voulu avancer un autre pion en aidant les rebelles houttistes à prendre le pouvoir au Yémen. Pour les Saoudiens, un axe chiite Damas, Bagdad, Sana est une menace directe pour leur sécurité nationale et leurs intérêts stratégiques. D’où cette réaction musclée.

Ce qui se passe entre l’Arabie Saoudite et le Qatar est un jeu d’échecs qui oppose l’Iran et l’Arabie Saoudite. Refusons que notre pays soit un simple figurant qui oppose l’Iran et l’Arabie Saoudite. En prenant position dans ce jeu d’échecs, on devient de fait une cible légitime pour tous les groupes terroristes qui ont déclaré la guerre de l’Arabie Saoudite. Monsieur le Président, pensez d’abord à la sécurité des Nigériens avant celle des Saoudiens.

Au vu de ce jeu d’échecs, qui oppose ces deux monarchies du Moyen Orient, le monde  semble donner raison à André Malraux qui prononçait au siècle dernier cette phrase devenue mythique que: «Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas».

À propos de l'Auteur

SAMI Youssouf, Master 1 Administration Générale ENA de Niamey

À propos Administrateur

5 plusieurs commentaires

  1. Attention , attention , mon niger ,beau pays , il est tps que ns soyons mefiant et prudent car un simple faux pas risque de conduire au chaos . mefions -ns bcp de ces pays de golf et l arabie saoudite la situation ds laquelle vit la region est due a cause d eux . Alors rapelons -ns au moment ou ils venaient chez-ns chasser les faucons , outards, autruches …. pdt des annees et nos dirigeants les traitent des amis du golf car ils en profitent de leurs petrodollars , alors savez -vs ce qu ils ont planifies pour ns ds l avenir ? surtout ayant contact avec leurs freres nigeriens semblables a eux .Reflechissons un peu.

  2. Cher Sami, la guerre entre chiites et sunnites est loin d’être virtuelle. Revoyez ce qui se passe au Pakistan, en Afghanistan, les attentats en Irak, les combats au Yémen en Syrie…..Ces combats sont bel et bien réels car les musulmans, les populations civiles en vivent le martyr. Pour ce qui est du Qatar sans trop souhaiter que le Niger s’immisce dans cette incompréhension fratricide, il est à regarder de très près que cet émirat joue un jeu trouble avec son influence sur le MUJAO et autres mouvement au nord Mali avec un sous couvert d’aide aux nécessiteux par le biais de QATAR CHARITY par exemple. Cette position du Qatar influe bien sur la sécurité du Niger, car les populations qui longent les frontières du septentrion malien en savent quelque chose.

    • Si toi tu sais que Qatar Charity joue un jeu trouble, alors les securocrates de issoufou le savent aussi et pourquoi cette ONG continue d´exercer dans nos campagnes malgre cette suspicion qui pese sur elle ? Pourquoi ne pas l´expulser si tel est que c´est le sort des populations qui preoccupent les dirigeants? Soyons serieux. Le vrai suppot du terrorisme c´est l´arabie saoudite. Jamais un iranien n´a ete implique dans des actes de terrorisme a travers le monde et jamais l´iran (seul pays democrate dans le golf) n´a ete cite comme pays soutenant le terrorisme avant l´allegeance de trump aux dollars saoudiens. Nous savons ce qui se passe et pourquoi ces leches culs de dirigeants africains plient sous les ordres des saoudiens pour rompre avec le Quatar, un etat qui accueille depuis des annees des conferences internationales en faveur de nos pays. Les etats n´ont pas d´amis mais des interets. Quand est ce que ces esclaves africains de la famille saoud finiront par le comprendre et l´appliquer?

  3. Mon cher Sami, le refus de prendre position est en soi une prise de position. Je note tout de même que le Niger n’a pas encore pris de position. il a rappelé son ambassadeur pour consultation ce qui est une stratégie qui permet de prendre une décision éclairée.

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*