Home ACTUALITE Quelle alternative face à la décrépitude de l’Administration Publique Nigérienne ? (Troisième partie)

Quelle alternative face à la décrépitude de l’Administration Publique Nigérienne ? (Troisième partie)

Soumaila ABDOU SADOU
Titulaire d’un diplôme de 3ème cycle
Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM) de Niamey – Niger

Ayons le courage de dire si haut que l’indiscipline, l’arbitraire et l’impunité écornent l’image en même temps qu’elles déstructurent gravement l’Administration Publique Nigérienne. C’est indéniable également qu’elles ont aujourd’hui pris une grande place dans le quotidien des fonctionnaires Nigériens. Ces contrevaleurs avaient réussi à tisser leurs nids dans le cœur de l’Administration Publique Nigérienne avant d’implanter leurs tentacules partout au fil des années.

En effet, ces dernières années l’ampleur de ces phénomènes semble très inquiétante avec des agents de l’Etat qui ignorent totalement le sens de leur présence à la Fonction Publique au point de donner une image pitoyable de l’Administration Publique avec les intérêts particuliers toujours au-dessus de l’Intérêt général.

L’absence de la rigueur qu’impose la discipline est sans doute la cause du sentiment d’arrogance, de la toute puissance et de surprotection qu’affichent certains agents reconnus pour leur militantisme actif ou pour leur lien de parenté avec certains responsables politiques. Même le respect de la hiérarchie qui constituait jadis un principe cardinal de notre Fonction Publique est mis à mal et cela du fait de l’irresponsabilité des responsables politiques, incapables de penser au devenir de cette Administration ou aux conséquences néfastes de leurs agissements.

Dès lors, le désordre avait trouvé le terreau favorable à son bon plein épanouissement qui n’est autre que l’Administration Publique. Ainsi, du sommet de la pyramide de la fonction publique à sa base, nombreux sont ceux qui ne respectent plus la discipline qui doit être de rigueur dans le service public. Certains agents arrivent toujours au service quand ils veulent mais aussi rentrent chez eux selon leur volonté, par conséquent aucun respect de l’obligation de ponctualité et d’assiduité et du respect de la durée légale des heures de travail.

Ces agents n’ont aucun respect ni à l’endroit des usagers qu’ils méprisent ardemment ni envers leur hiérarchie ou leurs collègues. Le principe de l’égalité des citoyens devant le service public n’est pas leur souci. Ils n’exercent pas les activités et les missions de service public dans l’intérêt général mais toujours dans leurs propres intérêts. Ils travaillent sans jamais chercher à atteindre des objectifs quantitatifs ou qualitatifs.

Pour ces agents, la satisfaction ou la confiance envers le public ne comptent pas. La majorité de ces fonctionnaires indisciplinés sont des affairistes, des corrompus et corrupteurs et qui plus est doivent leurs postes à leur proximité des hommes politiques ou des partis politiques dans lesquels ils militent avec zèle. Certains d’entre eux se sont retrouvés à la fonction publique ou particulièrement aux niveaux des postes de responsabilités non pas par le mérite ou par l’effort mais juste à travers une récompense politique.

Ils assimilent la fonction dans leurs attitudes de tous les jours comme le butin d’un exploit politique. Ils ne sont plus au service de l’Etat depuis belle lurette. La transgression des principes cardinaux sans lesquels l’existence de l’Administration Publique n’a aucune raison d’être parce qu’ils savent pertinemment que rien ne leur arrivera comme sanction. Cette catégorie de fonctionnaires est prêtre à aller quotidiennement sans hésitation à l’encontre des principes élémentaires notamment ceux qui interdisent à tout fonctionnaire de :

-Pratiquer dans l’environnement de travail des activités extraprofessionnelles notamment le commerce, de restauration ou de rencontres autres que professionnelles ;

– Mener des activités extraprofessionnelles pendant les heures de travail et en dehors du lieu de travail ;

– Adopter tout acte ou comportement contraire à la probité, notamment, la corruption, le népotisme, le clientélisme, le favoritisme, le trafic d’influence, le détournement de deniers et des biens publics, la concussion, les faux en écritures publiques ou privées, le harcèlement moral ou sexuel, le chantage. Ce qui fait qu’aujourd’hui dans l’Administration Publique il existe de nombreux agents dont on ignore s’ils appartiennent au service public ou au service privé car exerçant simultanément dans les deux cadres radicalement opposés.

Certains agents ont le culot de travailler en même temps pour une structure privée et pour l’Etat qui les rémunère à perte car passant la plupart de leur temps dans la structure privée où ils estiment être mieux rémunérés. Ces agents n’ont jamais de courage de prendre une disponibilité ou de démissionner car sans aucune conscience professionnelle. Tous ces comportements négatifs de l’agent public par ailleurs très néfastes pour les usagers n’entrainent malheureusement aucune sanction.

Pire, certains de ces indélicats connaissent même des promotions. La sanction est désormais destinée aux agents sans appuis politiques ou supposés sans proches sans les rouages du pouvoir. Pour certains il est inadmissible d’avoir son parti au pouvoir ou son parent à des hautes responsabilités et subir des sanctions. Ce qui les incite à transgresser les obligations et les interdictions.

Hélas, ils sont nombreux ces intouchables qui ont en plus le droit de choisir leurs postes d’affections. Ainsi, certains fonctionnaires observent au quotidien très souvent des collègues responsables de fautes ou de graves négligences cependant toujours protégés par ces mêmes politiciens en charge du développement de notre pays. Des politiciens qui résument exclusivement l’affirmation de leur pouvoir à la promotion de l’indiscipline caractérisée et du mépris à l’égard des textes fondamentaux de l’Administration Publique.

En effet, Ils sont très nombreux ces fonctionnaires intouchables qui sont couverts sous les manteaux de ces politiciens sans aucun scrupule. Aussi ces agents doivent leurs positions à leur simple engagement politique ou leur proximité avec les hommes politiques que le hasard a propulsés au rang de décideurs dans notre pays. Certains fonctionnaires décident eux-mêmes de l’endroit ou du poste où ils doivent être affectés.

Pire, d’autres agents de l’Administration Publique sans grande compétence mais du fait de ce qu’ils représentent dans leurs partis politiques, même s’’ils n’occupent pas des postes de responsabilités dans les services, ils sont associés à toutes les prises de décisions dans le cadre du fonctionnement du service. Lorsqu’ils ne sont au-dessus de leurs chefs hiérarchiques, ils incarnent les collaborateurs les plus proches de ces derniers. L’ambiance du bureau politique et des réunions politiques sont dès lors transportées au niveau des différents services publics.

Dans la situation actuelle de grand désordre qui règne en maitre absolu dans l’Administration Publique aucun résultat ne peut être atteint, aucune satisfaction ne doit être attendue par les usagers. Pire, la confiance du citoyen à l’endroit de cette Administration Publique est en train de s’effriter chaque jour.

(A suivre…)

[author ]Soumaila ABDOU SADOU Administrateur Civil[/author]

9 Comments

  1. Bonsoir tous ces maux que les citoyens qualifient l’administration sont bien vrais et on se doit de trouver une therapie sure .A part ces maux existent aussi la promotion des personnes ou incompétentes .C’est le cas de l’hopital national de zinder ou des agents contratuels de catégorie B2(BEPC +3) regnent en maitres absolu et non pas honte de clamer partout qu’ils sont responsables en lieu et place des agents fonctionnnaires (avec matricule) de categorie superieur A2(BAC +3) et affectés par le ministere pour servire l’Etat.Il suffit tout simplement de les entendre s’exprimer ou rediger une correspondance pour etre décu. Les princes de cet hopital les gardent pour frustrer les vrais travailleurs et les empecher de travailler ,et on se permet de les laisser dirigent des services vitaux et qui font la vitrine de cet hopital malgré leur incompétance ;pourtant l’hopital national de zinder dispose d’un GRH alors comment se passe cette gestion ? Cet hopital merite d’etre soigné ,le ministere de la santé doit trouver une solution urgente et juste à ces problemes .Peut etre doit -on faire une évaluation comme à l’éducation ?
    MOUSTAPHA GARBA Technicien superieur genie sanitaire HNZ

  2. S’il a une prestation ou un service à demander à l’Administration, le premier réflexe du Nigérien, c’est de savoir s’il a des « relations » dans le Service en question ou s’il a suffisamment d’argent pour corrompre les agents ! La voie normale et légale est devenue anormale et illégale. Les repères sont inversés et nous marchons à reculons par rapport aux autres nations qui, elles, avancent résolument et à grands pas ! Toujours prête à vous mâter pour la moindre protestation, l’Administration ne se souvient de vous que quand il s’agit de payer l’impôt ! C’est tout simplement malheureux. Je crois que nous méritons notre rang dans le classement IDH ! Il n’y a rien d’étonnant ! Fiers à la maison, mais « va-nu-pieds » hors de nos frontières ! Dans ce méli-mélo, seuls les minables s’y retrouvent car s’il faut « la jouer balle à terre », beaucoup seraient écarté de la gestion de la chose publique et du destin de nos compatriotes !

  3. sans compter, mon cher ami, sur la corruption qui gangrène cette même administration; au point qu’aujourd’hui rare sont les agents qui servent le contribuable nigérien (faire le travail pour lequel ils sont payés) sans rien attendre de retour. Ils vous font comprendre que vous mettrez du temps à avoir le service que vous demandez, soit que des signataires ne sont pas disponibles, soit que certains choses manquent; mais une fois que vous mettez la main à la poche, le délai de livraison s’écourte comme pas enchantement.
    Si ce n’est pas malheureux!

  4. bon juste pour contredire merci , l’histoire a montré aussi que les 1er ne sont pas forcement les plus pragmatiques pour bien faire et prendre les decisions qu’il faut

    1. Au Niger C’est la mediocrité qui reussit mon ami.
      Jamais vous ne verrez toutes personnes qui sont formées à l’université de Niamey, dans les ministeres.
      Un pays qui rejette ses propres intellectuels
      Un où le merite n’existe pas.
      Un pays où les veritables cadres avec des Master, licence, maitrise et Phd sont aux chômage..
      Les femmes aux grosses fesses travaillent
      Comme dit ds l’article si vs ne connaissez personne au niger votre destin c’est Soit le chômage à vie Soit le contrat
      Et effectivement le dernier restera tjrs dernier
      À l’ecole comme ds ses professions
      Le premier est toujours premier.
      Faut dire la VERITÉ

  5. Enfin, la VERITÉ commence à sortir.
    Si on n’est dernier au monde ce n’est pas pour rien. Cela signifie tout simplement que ce sont les derniers aussi qui sont aux commandes de l’ administration nigerienne ( un excellent etudiant, eleve ne sera jamais dernier lorsqu’ on lui attribue une responsabilité)
    Le regne de la mediocrité……
    Ayons le courage de dire la VERITÉ

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