Home ACTUALITE Quelle réflexion nous suscite le volume actuel de la dette publique du Niger ?

Quelle réflexion nous suscite le volume actuel de la dette publique du Niger ?

Issoufou BOUBACAR KADO Chef de service Régie d’Avances, Paierie Générale du Trésor.

La dette publique du Niger, qui représente entre 42,7% et 44% du PIB en 2017 et pourrait atteindre 45,1% en 2018, selon la Banque mondiale (BM) et le Fonds monétaire international (FMI),  constitue une préoccupation majeure pour les dites  institutions, à en juger leurs récentes alertes à l’endroit des autorités de notre  pays,  rapportées par certains  médias nationaux.

 La dette au Niger, dont l’encours est de 1.985,9 milliards de francs CFA (3,44 milliards de dollars) en 2017, représente 44% du PIB, avec des risques importants  de détérioration , bien que le Niger est dans le  groupe des pays à risque modéré.

Les risques  de la dette publique au Niger s’expliquent  par d’importants déficits consécutifs à la chute des prix du pétrole, en l’absence de réserves budgétaires suffisantes.

 La dette intérieure, facteur essentiel   de l’endettement public, est  en hausse de près de 10% sur une période de quatre ans, en raison  de l’émission de titres sur le marché régional, mais également à cause de la dette de la banque centrale. Les échéances ont tendance à se raccourcir et les taux d’intérêt sont plus élevés par rapport à la dette multilatérale extérieure.

 Une délégation du FMI conduite par le directeur adjoint du département d’Afrique, David Owen, en visite à Niamey en avril dernier dans le cadre de la revue annuelle des programmes de l’institution, avait demandé au gouvernement nigérien d’observer beaucoup plus de prudence  dans la gestion de la dette dans le cadre de l’accroissement des investissements.

 Les efforts du gouvernement nigérien dans sa politique de réduction des arriérés intérieurs, ont été encouragés.

Les partenaires  financiers extérieurs  ont  noté également  les performances économiques du Niger, avec un taux de croissance de 5% pour 2017

Quelle réflexion  nous inspire cette alerte des institutions de Bretton Woods  sur la dette du Niger ?

Le ratio dette publique/PIB est  un indicateur  qui permet  de vérifier la viabilité des finances publiques d’un pays. En effet,  lorsque  le ratio est très   élevé,  cela signifie que l’économie d’un pays  n’est pas en bonne santé.

Sauf erreur de notre part  le plafond de la dette  statutairement  autorisé dans les pays membres de L’ UEMOA  est de 70 % du PIB. Le Niger est actuellement au niveau de 45% du PIB, la tendance tend vers le taux de70%, il y a donc  risque  de dérapage compte tenu de manque  des réserves financières pour faire face aux échéances,  dû  entre autres , à la pandémie de COVID 19.

 Nous sommes d’accord que  le gouvernement  nigérien doit être très vigilant  par rapport à la gestion rationnelle  des fonds publics, afin d’éviter de léguer  à la génération montante   des charges  publiques insupportables.

Cependant la Banque Mondiale et le Fond Monétaire Internationale ne sont pas étrangers  en partie de la situation économique actuelle du continent africain en général et du Niger en particulier.

Dans les années 1990 , les institutions de Bretton Woods  ont préconisé à beaucoup des pays africains des programmes d’ajustements  structurels aux  coûts  sociaux très élevés qui se sont soldés  par des échecs dans la mise en œuvre des politiques, des  reformes de redressement économique et financier , ce qui explique le grand retard accusé par beaucoup des pays africains au sud du Sahara par rapport aux autres pays qui ont refusé les recettes plus  portées sur la recherche des calculs  des équilibres macro-économiques que sociales .

La dette publique est,  l’ensemble des engagements financiers pris sous formes d’emprunts par un État, les collectivités publiques et les organismes publics. Pour financer son déficit, l’État est obligé d’emprunter. La dette de l’État se définit comme l’ensemble des emprunts effectués par l’État, dont l’encours résulte de l’accumulation des déficits de l’État.

Les déficits et les investissements, sont les  principales causes  de la dette publique.

 Il y a déficits quand les  charges publiques, supportables  par les emprunts, sont supérieures aux ressources publiques mobilisées. Si les emprunts s’accroissent, la dette devient élevée.

Les Etats et les organismes publics  empruntent  pour financer leurs investissements, la construction des routes, des usines d’intérêts publics, les écoles, les hôpitaux, les universités etc.

 Les pays qui ne sont pas endettés dans ce monde  ne sont pas nombreux !
En effet,  le classement des pays les moins endettés se présente comme suit :
  Hong Kong : la dette publique y représente 0,1 % du PIB, le Brunei : la dette publique y représente 3,1% du PIB. Estonie : la dette publique y représente 9,5% du PIB.

Les pays les plus endettés sont parmi les plus riches du monde, le Japon, pourtant synonyme de prospérité et d’avancées technologiques, est par exemple le pays le plus endetté au monde avec une dette publique de l’ordre de 237 % de son produit intérieur brut en 2018.

Les pays sont endettés lorsqu’ils  dépensent  plus d’argent qu’ils n’en reçoivent et sont donc obligés d’en emprunter aux banques, aux bailleurs des fonds,  pour pouvoir  sortir de la situation difficile dans laquelle ils se trouvent. Ces États doivent prendre  des mesures appropriées  pour dépenser moins et pour faire rentrer de plus l’argent dans leurs caisses publiques.

« Selon les données du FMI, les dettes des Etats-Unis constituent les 58,5% des 63 trillions que le fonds doit récupérer, suivis de la Chine et du Japon. Avec 19,94 trillions de dollars, les Etats-Unis viennent en tête de  la ligue des dettes gouvernementales ». Les dettes du gouvernement américain équivalent au 32% des dettes globales gouvernementales. La grande partie des dettes gouvernementales américaines proviennent des administrations d’Etats, banques, sociétés d’assurance, fonds de retraite et dettes auprès de la FED.

Le revenu annuel des Etats-Unis s’élève à 18,5 trillions de dollars et la couverture de la dette par le revenu est de 107%. »
« Le Japon qui se place deuxième avec 11 trillions de dollars, représente les 18,8% des dettes globales.

La dette totale du gouvernement chinois est de l’ordre de 5 trillions de dollars, un montant qui revient au 8% des dettes globales gouvernementales.

 La grande partie des dettes du Japon et de la Chine , est la dette de ces deux pays à ses citoyens en monnaie locale.

En quatrième et cinquième place, il y a l’Italie avec 2 trillions 454 millions de dollars et la France avec 2 trillions 375 millions de dollars.
Les dettes gouvernementales de l’Italie reviennent au 3,9% des dettes gouvernementales mondiales et celles de la France, au 3,8%.

 Le pays le plus endetté par rapport à son revenu national est le Japon où le taux de couverture est de 240%, suivi de la Grèce avec 181,6%, du Liban avec 132,6%, de l’Italie avec 132,6%. »

L’endettement d’un pays n’est pas  signe de pauvreté car on emprunte qu’aux riches. Si la dette est mal utilisée , cela peut conduire un État en banqueroute, à la faillite.  C’était le cas de la Grèce à un moment.

La problématique de la gestion de la dette au Niger se situe au niveau d’une gestion rationnelle des ressources publiques, les investissements financés par les ressources provenant de la dette doivent être orientés vers des secteurs qui devraient relancer l’économie, ce qui permet de sortir du carcan des pays enveloppés par la dette et soumis aux dictats des institutions de Bretton Woods.

La nouvelle problématique qui se pose : est-ce que nos gouvernants  se font entourer des cadres compétents à même de les aider à faire les bons choix dans la conduite des politiques économiques, financières et monétaires ?

Par Issoufou BOUBACAR KADO MAGAGI

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