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Qui protège Petit Boubé au Niger ?

Le personnage n’est guère très connu des Nigériens, car Boubacar Hima alias Petit Boubé n’est pas un homme d’affaires classique, ordinaire. Sa stratégie, s’il en est une, est simple : louvoyer de ministère en ministère, déambulant avec un gros sac d’écoliers sous le bras, à la quête de commandes publiques faramineuses, un sourire malicieux et enfantin sur les lèvres, la voix claire mais feutrée, d’un apport courtois et extrêmement poli, affectionnant beaucoup les formules familières genre  »grand-frère  »,  »tonton », Petit Boubé, comme l’indique son sobriquet, est petit de taille mais surtout avec une grosse tête sur les épaules au propre comme au figuré.qui n’est pas sans rappeler Averell, l’ainé de la célèbre famille  »Les Daltons » dans la saga Lucky Luck.

Mais cette petite taille est loin de constituer un handicap pour ce natif de l’emblématique quartier Balafon de Niamey qui en a plus d’un tour dans sa sacoche noire. Petit Boubé est l’illustration éloquente du déclin du Niger contemporain, un Niger caractérisé par la perte de l’esprit civique qui a entrainé chez beaucoup de nos compatriotes le goût prononcé pour le fric et la frime, qu’importent, pour beaucoup, les moyens pour y parvenir !

Parti de presque rien au début des années 2000, il réussit à se frayer un filon dans le monde crapuleux des affaires qui avait si caractérisé le régime pourrit de la Cinquième république du duo Tandja-Hama. Grand débrouillard devant l’Eternel, il arpentait les rues de la ville juché sur son scooter  »Big Head », à l’affut de modestes commandes pour des livraisons de papiers rames ou autres nécessaires bureautiques. Par la suite, il devint imprimeur de son état, en fondant l’imprimerie du Plateau grâce à laquelle il pouvait faire une entrée au Ministère de l’Education Nationale pour la fourniture des cahiers pour scolaires.

Commença alors une ascension fulgurante qui le conduira in fine, dans le club très fermé des fournisseurs d’équipements militaires qui constitue le graal suprême de tout homme d’affaires. Il faut souligner ici la particularité de ce domaine hautement sensible et stratégique qui échappe aux règles classiques de passation de marchés publics : pas d’avis d’appel d’offre publique, tout se faisant en consultation restreinte, et les paiements sont des plus diligents. Ainsi, grâce à ses réseaux, Petit Boubé parvint à noyauter, pendant la première mandature de la Cinquième République, des pans entiers du Ministère de la Défense Nationale, avec la complicité bienveillante du ministre de l’époque.

Mais le Niger de la Renaissance était très certainement minuscule pour contenir la voracité de notre Petit Boubé national qui décida alors de s’exporter à l’internationale. Grâce à Abdou Labo, ministre de l’intérieur à l’époque, Petit Boubé fit connaissance avec l’ancien Colonel de l’armée nigériane, Sambo Dasuki, le Conseiller Spé- cial en Sécurité du Président Nigérian, Good Luck Emery Jonathan. La secte Boko Haram était à son apogée et l’armée nigériane était en débandade faute de moyens militaires pour livrer bataille.

Le gouvernement nigérian d’alors décida de doter son armée d’équipements d’avions de guerre et autres hélicoptères de combat de dernière génération. Grâce à sa belle étoile, Petit Boubé obtint les commandes en question avec la bé- nédiction de son nouvel ami et complice Dasuki. Il faut préciser que le montant de ce colossal marché était de 2 milliards de dollars US ! Comme dans toutes les affaires tordues, en plus de la surfacturation monstrueuse pour arroser toute la chaîne de commandement, c’est- à-dire tous les officiers et autres hauts gradés de l’armée nigériane, les avions et hélicoptères livrés par Petit Boubé ne correspondaient pas aux spécificités indiquées dans le dossier d’Appel d’Offre.

L’arrivée au pouvoir de Mohamed Buhari, cet intrépide et austère ancien Général, sonna le glas de cette camarilla digne des grands films policiers, car tous les protagonistes au Nigéria furent mis sous les verrous. Petit Boubé s’en était sorti, miraculeusement, indemne. Aujourd’hui, devenu archi milliardaire, il vit cloîtré dans sa résidence du Plateau qu’il a  »bunkérisée ». Coupé du monde extérieur, sans contacts téléphoniques connus, il vit comme un ermite chez lui : il n’assiste à aucune cé- rémonie, genre mariages, baptêmes, et autres décès.

Pis, il ne voyage plus hors du Niger, lui qui, naguère, sautait d’un avion à un autre ! Quand il a besoin de liquidités pour ses besoins, ce sont ses banquiers qui font le déplacement chez lui pour le renflouer. Même si, pour le moment, aucun mandat d’arrêt international émis par la République Fédérale du Nigéria ne court contre lui, néanmoins, un avis de recherche (WANTED comme dans les films westerns) est lancé contre Petit Boubé. Personne ne sait qui protège Petit Boubé au Niger pour le moment, qui continue, paradoxalement, à avoir toujours ses entrées au Ministère de la Défense à Niamey.

Plein aux As comme Crésus, à l’aide du fruit de ses rapines, Petit Boubé achète tout ce qui est vendable à Niamey : villas cossues au Plateau ou autres quartiers chics de Niamey, à des prix d’or, défiant parfois l’entendement, érige des hôtels cinq étoiles, bref, claque des milliards pour un oui ou pour un non !

Sacré Petit Boubé, Wané mutun !

Affaire à suivre.

[author ]zak (OPINIONS N° 374 )[/author]

25 Comments

  1. @guida
    Ma maturité d’esprit et mon éducation m’empèchent de te traité de quoi Que ça soit surtout dans ce mois béni de RAMADAN néanmoins lis ceci le crime ne paye Jamais tôt ou tard il faut payer ici bas et dans l’au delà.

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