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ACTUALITE - CONTRIBUTIONS - 1 février 2021

Souvenirs d’un enfant du terroir sur les pratiques coutumières ancestrales des Aznas de Massalata, du canton de Birni N’Konni

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Du jamais vu à la fête « Arwa  » des » Aznas  » de Birni N’Konni, une  bagarre avec mort d’hommes et plusieurs blessés,  cette année,  le bilan est triste !

Nous voudrons apporter notre vibrant témoignage sur cette pratique ancestrale, non violente , pleine de solidarité et de fraternité légendaire reconnue  aux peuples animistes,  le » Arwa » de Massalata.

Depuis notre plus tendre enfance, jusqu’à l’âge adulte, nous  avions toujours assisté à la fête « Arwa  » ,des Aznas , communément appelés animistes par les français .

Ces dernières années nous avions  beaucoup manqué à ce rendez-vous des grands féticheurs de Birni N’Konni.

Nous nous rappellons encore ,du vivant de notre  défunt père, après le  » Arwa » , c’est à  dire la science géomancienne,  où les Aznas après consultation de la  terre, communiquaient aux autorités administratives et coutumières , les résultats issus  de la géomancie, de la consultation des génies,  sur l’avenir  de la région  en particulier et du pays en général.

En général, par le passé, ils  se trompaient très rarement dans leur prédiction.

Le chef des Aznas,  » Massafi  » présentait  aux cérémonies, une calebasse pleine des graines du mil et un pain de natron, au cheval du chef de canton de Birni N’Konni  ,si le cheval lèche le natron et mange le mil , l’année sera bonne, les récoltes seront abondantes. Mais si le cheval ne lèche pas le natron et ne mange pas le dit mil, l’année sera très difficile.

Après  le » Arwa »,  on procède à la chasse,  » le  Boudin Daaji  » , nous nous rappellons encore , à une des ses chasses traditionnelles,  nous avions participé, dans une Land -Rover , du service de l’agriculture,  à l’époque dirigé par un ami , un parent, de notre regreté papa,  KADO MAGAGI, le  regreté  tonton , Elhadji OUMAROU TCHANI, que leurs âmes reposent en paix !

Le grand Azné Barmou Massafi, un très proche de notre famille,  le frère de chef Deguel de Dada Garka,  l’invulnérable , Achapa , Barmou sur son cheval, avec ses six chiens de chasse, nous accompagnaient. Dès que les chiens attrapaient les gibiers , en général, des lièvres ou des  pintades sauvages, Barmou nous faisait cadeau.

Aucun Dan Tawri, invulnérable, n’osait s’approcher du gibier attrapé par les chiens de Barmou Massafi, il était craint et respecté par les chasseurs.

Il faudrait aussi souligner, selon la tradition des invulnérables, quand un gibier est abattu, pour prouver  son invulnérabilité, sa bravoure , « le Dan Tawri » , soulevait  le gibier vers le ciel avec sa main droite, les autres tenteront de l’arracher , s’ il était vraiment bien préparé , ils ne réussiront pas, par contre s’il n’était pas bien préparé, bien protégé par la science occulte, ils arracheront bien le gibier, et souvent le blessaient avec leurs armes blanches, chose très rare, c’étaient les seuls incidents très mineurs qu’on notait à l’époque.

Après la chasse, les invulnérables organisaient des danses guerrières avec des démonstrations de leur pouvoirs magiques devant la cour du chef des Aznas de Massalata et souvent la fête se poursuivait jusqu’à devant la cour du chef de carton de Birni N’Konni, pendant plusieurs jours .

Nous nous  rappellons encore d’ une cérémonie organisée à Dada Garka, devant la concession de Barmou Massafi, les invulnérables faisaient  leurs  incantations , « le kirari » avec leurs  sabres très  tranchants à la main, devant le griot qui chantait leurs louanges. Chacun montrait son pouvoir magique, en faisant plier en plusieurs morceaux les couteaux, les sabres.

Nous nous sommes permis  en tant que « bakatchiné  » , cousin des gobirawas, de taquiner le fils aîné de Barmou, Souley, nous lui avions  dit , si c’étaient nos invulnérables  de Katchina Maradi, desqu’ils se chauffent, quand ils prennent le sabre , il se plis tout seul. Il repliqua en disant, même chez nous ,ce ci est faisable, alors il souffla  au griot de changer de rythme, le griot commença à chanter les louanges de Barmou, ce dernier se leva, cria de toutes ses forces  , et tous les objets en fer autour de lui  se mettaient à plier , ceux qui sont sous terre sortaient déformés ,c’était vraiment miraculeux ! C’était ça les mystères de l’Afrique !

Notre  ami « Dan tawri  » ,invulnérable, Jadi, nous souffla à l’oreille ,  montres ,toi aussi  à ces gobirawas que tu es aussi initié à  leur science malgré  que tu sois descendant de MAGAGI BAKABE Ibrahim de Tessaoua, un guerrier aussi, il me remit alors  un sabre très tranchant, desque je souvela le sabre ,celui ci se  plia en deux morceaux à la surprise générale.

Il me demandait, de faire le kirari ,j’avais décliné l’offre.

Ceci  pour temoigner  que l’invulnerabilité aux armes blanches des « Dan Tawri  » était , et  est aujourd’hui une réalité .

Une autre anecdote qui témoignait ,  que mon confident, mon grand-père maternel, le regreté, Léopold Kaziendé,  ancien enseignant à l’école coloniale de Birni N’Konni, me raconta :   Des voleurs armées des armes blanches avaient attaqué dans la nuit , Keita, le grand menuisier , ils avaient essayé de le couper avec leurs sabres tranchants, en vain, pour satisfaire sa curiosité l’instituteur, Léopold Kaziendé  demanda à Keita,  s’il avait été initié à la science occulte des « Dan Tawri » , le menuisier Keita lui répondit tout ce qu’il savait quand il était jeune,  ses parents lui donnaient des infusions des plantes médicinales, magiques ,  à boire pour le protéger, il pensait que c’était ça qui le sauva.

Le vieux Léopold Kaziendé de conclure:  « C’était à partir de Birni N’Konni que j’avais commencé à croire à la science occulte des Aznas. En tant que chrétien , avant  je ne croyais pas ».

Mon ancien planton Amadou Oumarou dit Bakono, avait tenté de m’embarquer dans ces histoires des sciences mystiques, j’avais refusé. » Mais je savais à partir de ce que j’avais vécu à Birni N’Konni, que les grands mystères de l’Afrique existent encore « .

Donc les mystères existent toujours en Afrique, prenons soins de nos traditions et coutumes traditionnelles.

En général, ceux qui assistaient à ces genres des cérémonies de Massalata  , étaient bien préparés par leurs familles  , on ne vient pas  aux cérémonies de Massalata en tant qu’invulnérable et se faire tuer ou se faire blesser par une arme blanche. Nous n’avions  jamais vu ça avec les aznas de Birni N’Konni , c’est pourquoi  nous sommes   très surpris d’apprendre après le » Arwa » , traditionnel  il y a eu bagarre avec mort d’hommes.

Ça veut dire que les jeunes gens sont  en train de perdre leurs traditions ancestrales léguées par les aïeux.

Le « Arwa » ,  était une fête où tous les Aznas participaient, ceux de Maradi ,  de Doutchi , du Nigéria voisin , particulièrement les envoyés spéciaux du sultan de Sokoto, les choses se passaient toujours  dans une atmosphère de joie et de fraternité légendaire, reconnue aux peuples animistes.

Les Aznas  étaient très honnêtes, intègres, rigoureux, dans leurs conduites en société.
Un vrai, bon  » Azné » ne fait jamais des relations sexuellles avant le mariage.
Il ne commet jamais l’adultère, il ne trichait pas, il ne volait pas,   il ne mentait pas,  vértue qui manque aujourd’hui chez les jeunes Aznas.
Leur comportement en société est identique à celui que recommande la religion islamique, mais curieusement ils ne croient pas à nos pratiques de la religion islamique ! 

Ils croient aux génies créées par Dieu le plus puissant ! Ils ne haïssent jamais les musulmans, ils jouent à la plaisanterie de cousinage avec les musulmans, c’est une communauté très pacifique.

Maintenant les choses ont changé, des instrus sont rentrés dans les rites, ils se droguent et viennent perturber les cérémonies traditionnelles, c’est une des raisons qui expliquent ces derives.

Ce que nous retenons des Aznas , ils étaient très attachés à l’amitié, malgré la différence de religion, ils respectaient nos pratiques de la religion Islamique.

Ils se comportaient en cousin des musulmans , ils blaguaient beaucoup avec les marabouts. Ils ne mangeaient pas la viande de la bête égorgée par le marabout . Ils ne font pas  le rite ‘ des musulmans , » bis millahi  » avant d’égorger une bête. Ils blaguaient à contredire la science Islamique.

Les Aznas sont des gens très hospitaliers, généreux, honnêtes et courtois.

Il semblerait que des intrus non initiés à la science, se sont introduits dans les rites des cérémonies, de cette année, et ont voulu défier les vrais détenteurs de la science , c’est tourné en bagarre avec mort d’hommes , quatre personnes tuées  et plusieurs blessées graves.

Le ministère en charge des affaires coutumières et religieuses se devrait de bien accorder une attention particulière à cette grande fête,  » le Arwa, »  des Aznas, de Massalata, du canton de Birni N’Konni.

C’est une pratique qui régulait les tensions sociales , malheureusement cette année , il y a eu bagarre avec mort d’hommes, ce qui sous entend qu’il y a eu négligence quelque part dans la sécurisation des sites.

Maintenant les choses ont changé, des drogués de toutes sortes peuvent s’introduire pour saboter ces pratiques ancestrales bien respectées par les musulmans, notamment le sultan de Sokoto , bien que dépositaire de la science Islamique, il   est toujours à l’écoute des ces animistes.

Nous devrions prendre soins de nos bonnes pratiques coutumières et ancestrales.

C’est le Niger qui gagne et qui se ressource dans son passé.

Par Issoufou BOUBACAR KADO MAGAGI.

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