par Katiella » Lun Aoû 23, 2010 3:54 am
Pendant la phase qui précéda l’indépendance et même plusieurs années après l’octroi de cette indépendance entendue différemment entre les ’’parraineurs’’ de ce processus et les bénéficiaires, de nombreuses fonctions de souveraineté nationale donc d’indépendance véritables avaient été retenues et confisquées par les premiers.
Des compétences essentielles, attributs des souverainetés nationales africaines avaient été refusées aux Etats africains à qui l’on s’apprêtait à octroyer une indépendance plutôt contrôlée. Dans des écrits qui commentent l’historique des indépendances africaines, apparaissent des observations telles que ‘’ La nouvelle constitution française de 1958 donnait la possibilité à chaque colonie de gérer sa vie intérieure sauf en ce qui concerne la monnaie, les affaires étrangères et la défense relevant de la compétence de la France. ‘’
Alors qu’est-ce qui reste à ces Etats pour définir et affirmer leur souveraineté et dire que nous que nous avons conquis notre indépendance ? Et une fois cette indépendance théorique octroyée, la surveillance et la mainmise sur nos politiques et nos décisions et actions sont telles que nous ne pouvons négocier ni signer aucun accord, aucun contrat, aucune coopération qui engage nos pays et leurs peuples sans que les ’’parrains’’, véritables administrateurs de ces Etats, n’aient corrigé les copies, rendu ‘’convenable’’ l’accord en cours ou tout simplement déclaré que le processus engagé est non applicable et d’aucun intérêt significatif dans le contexte de l’orientation de la gestion stratégique préalablement définie.
Quelle magnanimité du ‘’parrain’’ bien veillant!! Quel désintéressement !!
Il y a 50 ans Patrice Emery Lumumba, homme politique congolais et défenseur de la libération et de la dignité de l’Afrique, au moment de son arrestation par les colonisateurs et quelques complices africains, chargeait certains de ses fidèles compagnons de lutte de dire à ses enfants qu’il était venu 50 ans plus tôt. Mais seulement voilà. 50 ans plus tard, les mêmes tares de ‘Afrique confisquée sont là, l’absence de l’affirmation de sa dignité et de son indépendance véritable et l’absence de progrès. 50 ans plus tard, si Patrice Emery Lumumba était là, il serait certainement encore plus affligé.
On nous parle aujourd’hui de démocratie ! Nous la voulons certes mais nous la voulons réfléchie et construite par nous mêmes à partir de ses principes et valeurs universels. Parce que personne, aucune institution, aucune force extérieure ne peut nous dénier notre intelligence à nous définir et utiliser un module ou une approche pédagogique quelconque par nous-mêmes et pour nous mêmes en extrayant les déviations et renforçant les valeurs essentielles. Parce que la démocratie, la bonne gouvernance telles qu’elles ont été instaurées, n’ont pas été un aboutissement d’opinions intrinsèques, de réflexions propres, décidées et adoptées par l’Afrique. La démarche a suivi le processus des indépendances théoriques. Ce sont plutôt des orientations politiques fortement suggérées à un certain moment donné de l’évolution des gestions politiques stratégiques (la Baule, juin 1999) de ceux qui avaient dominé l’Afrique il y a justement 50 ans.
La nouvelle gouvernance est octroyée à l’Afrique comme les indépendances avec un mécanisme de conditionnalités, de contrôle (suivi et évaluation dirait-on dans les projets et programmes) avec beaucoup de clauses de chantage et de pressions.
La démarche est tellement née ailleurs que les structures politiques, sans culture de civisme, de patriotisme et de l’intérêt général, l’ont adoptée pour asseoir un mécanisme de partage de pouvoir aboutissant à la déliquescence des conditions de vie des populations qu’elles prétendent diriger et auxquelles elles sont sensées apporter bien-être et progrès. Si par hasard par calcul politique, ou peut-être par un élan de dignité, un président africain s’opposait aux intérêts de ceux que certains appellent les impérialistes, ce président se retrouverait ‘’lapidé’’ par ses propres pairs, ses propres concitoyens adversaires politiques. Ils vont mobiliser plus d’énergie à le combattre, à appeler ‘’les autres’’ à exercer de fortes pressions sur leur compatriote, à souhaiter embargo pour leur pays, qu’à rassembler leur volonté et leur ardeur à défendre leur pays et leur peuple. Mais ces structures politiques sont prêtes à venir gouverner le peuple appauvri pour lequel elles avaient souhaité des sanctions sans avoir la vision patriotique que les effets de ces restrictions invoquées peuvent affecter les conditions de vie de la population. Elles sont prêtes à revenir parce que, malgré les brûlis, elles espèrent retrouver l’Etat, le gâteau à partager, dont les bourses seraient remplies par ceux dont l’intérêt a été protégé.
Aux années de lutte pour la libération et l’indépendance véritable de l’Afrique, la noblesse était la dignité, la grandeur de l’Afrique. Aujourd’hui la noblesse s’articule autour de la soif du pouvoir, des intérêts particuliers et prébendiers. Avec ces et ses enfants, l’Afrique est peut être partie mais elle n’est pas allée loin. A certains égards, elle a même stagné sinon reculé. Une nationalité africaine se plairait à dire ‘’qui n’avance pas, recule’’.
L’ignorance et la pauvreté dominent encore le continent. Les conditions économiques et socio sanitaires demeurent difficiles. L’Afrique est malmenée par les manquements de ces fils notamment de ses élites. Tous ces errements traduisent le manque de vision et du sens civique dans la gestion de l’Etat et dans la culture de nos classes politiques qui ont pris l’Etat en otage par la mise en place d’une gouvernance qui oublie l’Etat pour accorder la primauté aux calculs et intérêts oligarchiques.
Cette dérive honteuse doit s’arrêter. Mettons notre intelligence, notre cœur et nos initiatives à l’œuvre au service et au profit de nos pays. Regardons ceux qui ont avancé pour nous regarder nous mêmes afin d’agir pour gagner.
Revendiquer le progrès et le bien-être individuel et collectif c’est bien. S‘engager pour le construire c’est encore mieux. Le développement ne se donne pas. Il se construit en respectant et renforçant l’Etat.