50 ans d’indépendance en Afrique: l'impasse du développement

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50 ans d’indépendance en Afrique: l'impasse du développement

Messagepar Samy » Dim Juil 25, 2010 5:57 pm

Pour certains courants de pensée, les difficultés que connaissent actuellement la plupart des pays africains résultent, dans une large mesure, d’erreurs d’appréciation qui remontent au lancement de la première décennie de développement – à la suite de la Conférence du Caire, en 1961 – et qui se sont périodiquement répétées au cours des décennies suivantes, entrainant le continent africain dans une situation précaire. Schématiquement, les différentes décennies du développement, peuvent être caractérisées comme suit : la première (1961-1970) : l’assistance ; la deuxième (1971-1980) : le mercantilisme ; la troisième (1981-1990) : la stagnation; la quatrième (1991-2000) : la marginalisation et depuis 2000, on se situe dans le contexte d’une mondialisation inappropriée pour les pays africains. En réalité, on pourrait dire que le développement de l’Afrique n’a pratiquement pas commencé sur des bases valables pour les raisons suivantes : les options erronées des précédentes décennies de développement ont conduit à la dégradation des ressources naturelles et la désertification; la déstructuration du tissu social, la destruction des mentalités avec l’apparition de la « mentalité d’assisté » ; l’analphabétisme et l’instabilité politique. L’aide au développement est mal organisée et mal orientée. Elle prend trop souvent la forme d’un saupoudrage d’actions ponctuelles, sans lendemain, et à effets déstabilisateurs. On relève une certaine mauvaise foi dans l’aide internationale en ce sens que de gros montants sont annoncés, voire promis, mais ne sont jamais matérialisés, comme le dénonçait le Président Tandja du Niger en 2009. De ces erreurs, résultent que des centaines de milliers d’êtres humains, démunis, luttent quotidiennement pour leur survie et ne sont pas en mesure de satisfaire leurs besoins essentiels. Les causes profondes de cette situation se trouvent dans les théories inappropriées qui, empruntées à l’Occident, ont été appliquées au développement. Elles ont fait le jeu des « développeurs » chez qui dominaient simultanément et se renforçaient mutuellement l’appât du gain et le vide conceptuel. La pauvreté en Afrique est la résultante d’un grand nombre de facteurs qui convergent essentiellement vers une cause première, fondamentale, à savoir l’approche inadéquate de la gestion des ressources et des territoires africains, durant cinq décennies de « développement » (de 1960 à nos jours) ; on peut résumer, comme suit, les caractères de cette crise : La double crise de l’environnement et du développement en Afrique, et l’impasse qui en résulte, sont les conséquences des erreurs de jugement et des options inappropriées qui ont marqué les décennies de développement. Non seulement, le développement n’a pratiquement pas démarré, mais la dégradation de l’environnement biophysique a pris, elle, des dimensions inquiétantes sous la pression d’une démographie galopante et du manque de gestion rationnelle des ressources. La crise africaine, comme celle des pays du Sud en général, se caractérise par d’énormes volants d’inertie : population très importante en forte croissance et énormité des besoins à satisfaire. Les « élites » ne semblent pas avoir été en mesure de trouver un style de développement, spécifique, endogène, correspondant à la culture propre de l’Afrique. La pénétration des idées nouvelles (une nouvelle approche de développement) est marquée par une grande inertie. Pourquoi d’ailleurs chercher à modifier une situation qui est avantageuse à ceux qui profitent de l’aide et à leurs mandants ? Les retards des pays africains constituent une mine financière pour les bureaux conseils, les ONG et autres « courtiers du développement » du nord qui s’empressent de solliciter et de recevoir, de la part de bailleurs internationaux, des fonds destinés à l’aide au développement. Ce nouveau « commerce triangulaire » est très avantageux pour ces intervenants, mais particulièrement pernicieux pour les pays qui sont l’objet de ces manœuvres, car les stratégies suivies sont totalement inappropriées. Le cas de la crise alimentaire au Niger en 2005 en est une parfaite illustration. Or, c’est cette tendance qui se dessine et qui risque de devenir le mode de développement de l’avenir. Il y a lieu de dénoncer cette nouvelle façon de tirer profit du marasme de l’Afrique, car elle est plus insidieuse encore que ce que l’on a vu depuis 40 ans, et elle risque de poursuivre la déstabilisation des communautés rurales et l'aggravation de la pauvreté et la misère du continent africain.
Samy
 
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Re: 50 ans d’indépendance en Afrique: l'impasse du développement

Messagepar Citoyen responsable » Jeu Juil 29, 2010 9:42 am

Mon cher Samy, vous faites là une tres bonne analyse de la problématique du developpement de nos pays. Peut etre que la solution viendrait du côté de l'Asie où des modèles appliqués à des états dans les memes conditions de depart que nos pays africains à l'indépendance, ont eu des succès que nous leur envions. Il est du reste reconfortant de constater que certaisn ppays africains ont compris cela et commence à s'en inspirer comme lle Rwanda essait de le faire avec le modele singapourien avec quelques succès. L'adage qui veut que celui qui n'avance pas recule trouve aujourd'hui tout sons sens dans le cas des evolutions économiques des pays surtout francophones apres 50 ans de liberté surveillée. Tres utile en effet.
Citoyen responsable
 
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Re: 50 ans d’indépendance en Afrique: l'impasse du développement

Messagepar Samy » Ven Juil 30, 2010 2:31 am

Oui Citoyen responsable, les performances de certains pays d’Asie (les Dragons et les Tigres) peuvent servir de source d’inspiration aux pays africains. Cela est d’autant plus opportun que le nouvel ordre économique mondial qui se dessine à l’aube du 3e millénaire, se caractérise par la montée des pays asiatiques, tandis que l’Afrique rongée par l’incapacité technique, la famine et les maladies est selon toute vraisemblance, non partante. Pour preuve, l’Afrique s’écarte de l’autosuffisance alimentaire qui dépassait les 80% en 1960, elle est tombée à moins de 50% aujourd’hui. Je ne suis pas en train de céder à l’afro-pessimisme, mais, j’avoue que les énormes volants d’inerties qui caractérisent la crise du développement africain, m’amène à penser qu’on a encore du pain sur la planche. Néanmoins, l’Afrique a d’énormes atouts et la situation peut encore être redressée, mais à condition de changer radicalement de stratégie de développement. Par conséquent, c’est un changement drastique d’approche, de méthodes, de stratégies et de tactiques qui s’impose de toute urgence. Au nombre des reformes envisageables, trois principaux axes pourraient être privilégiés :
Primo : Il faut impérativement redéfinir les règles du jeu politico-économiques entre les pays industrialisés et les pays pauvres parce que les pressions politiques et économiques internationales entravent l’effort de croissance des pays africains. Prosaïquement, par ex. si un Chef d’Etat africain décide de valoriser le potentiel minier d’hydrocarbures de son pays, il doit avoir les coudées franches pour décider de quand, comment et avec qui il le ferait en fonction des avantages comparatifs, sans courir le risque de se faire renversé le lendemain. L’Afrique se trouve aujourd’hui dans le contexte d’une mondialisation mal partie qui, selon toute vraisemblance, ouvre inexorablement la voie à un néo-capitalisme pervers qui n’offre aucune condition propice à l’enclenchement de l’auto-développement souhaité.
Secundo : Il convient de mettre l’accent sur les forces, le dynamisme, l’énergie de la population locale, c'est-à-dire travailler avec elle dans un esprit de partenariat, suivant une méthode appropriée à définir de manière concertée. Renforcer le partenariat Sud-Sud plus avantageux et plus maitrisable par les pays africains.
Tertio : Il est essentiel de réviser en profondeur l’aide au développement, ce qui signifie qu’il convient de mettre un terme au « mercenariat » du développement ; celui-ci constitue un gouffre à dollars et induit une série d’effets pervers sur les structures économiques et sociales et culturelles des pays africains.
Merci
Samy
 
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Re: 50 ans d’indépendance en Afrique: l'impasse du développement

Messagepar tanimounk » Lun Aoû 02, 2010 4:51 pm

Vos différentes analyses sont très pertinentes.Et ça me rappelle un dossier de jeune Afrique intituler pourquoi l'Afrique coule alors que l'Asie décolle.Au sortir de la colonisation l'Afrique et l'Asie étaient dans des situations analogues(presque même pourcentage de chance et de malchance).Donc la première des choses est de s'interroger sur les causes de réussite et d'échec.
En gros si l'Asie a réussi c'est en partie parce que les théoriciens locaux ont parvenu à changer les mentalités ,à les libérer des virus que la colonisation a encré en eux et consolider les coté positif acquis né de la domination fut-elle violente.Et surtout en saisissant la continuité historique des pays.Les africains malgré les appels pressants des grands pionniers de la libération politique et mentale du peuple africain comme Anta Diop,lumunba,Bob Marley,Abdou Moumouni et autres tergiversent ,continuent à s'entretuer pour le pouvoir,le prestige,les intérêts égoïstes.Comment allons nous sortir de notre situation.
Commençons à valoriser nos penseurs lire leurs œuvres.se respecter valoriser les ressources humaines de nos terroirs.écoutons nous cultivons la tolérance ...Le chemin est long et truffés d'obstacles et c'est un travail de générations peut être ce sont nos arrières et arrières petits fils qui accomplirons la promesse.Mais chaque génération doit amener du sien.Car comme le dit abdou Moumouni dans son livre l'éducation en Afrique c'est pas en critiquant la colonisation qu'on va comme par enchantement faire disparaitre les germes et virus que les colons ont mis dans nos têtes perturbant ainsi nos personnalité.Le temps est nécessaire.Mail il faut savoir ou commencer,comment commencer et persévérer C'est une loi du Tout puissant créateur de l'homme celui qui lutte cherche s'efforce va toujours finir par arriver au but.Comment comprendre que les africains inventeurs de l'ecriture,les arts les premieres sciences et technologies debattent aujourdh'hui dans la misere et le retard criant.
tanimounk
 
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50 ans d’indépendance africaine confisquée

Messagepar Katiella » Lun Aoû 23, 2010 3:54 am

Pendant la phase qui précéda l’indépendance et même plusieurs années après l’octroi de cette indépendance entendue différemment entre les ’’parraineurs’’ de ce processus et les bénéficiaires, de nombreuses fonctions de souveraineté nationale donc d’indépendance véritables avaient été retenues et confisquées par les premiers.

Des compétences essentielles, attributs des souverainetés nationales africaines avaient été refusées aux Etats africains à qui l’on s’apprêtait à octroyer une indépendance plutôt contrôlée. Dans des écrits qui commentent l’historique des indépendances africaines, apparaissent des observations telles que ‘’ La nouvelle constitution française de 1958 donnait la possibilité à chaque colonie de gérer sa vie intérieure sauf en ce qui concerne la monnaie, les affaires étrangères et la défense relevant de la compétence de la France. ‘’

Alors qu’est-ce qui reste à ces Etats pour définir et affirmer leur souveraineté et dire que nous que nous avons conquis notre indépendance ? Et une fois cette indépendance théorique octroyée, la surveillance et la mainmise sur nos politiques et nos décisions et actions sont telles que nous ne pouvons négocier ni signer aucun accord, aucun contrat, aucune coopération qui engage nos pays et leurs peuples sans que les ’’parrains’’, véritables administrateurs de ces Etats, n’aient corrigé les copies, rendu ‘’convenable’’ l’accord en cours ou tout simplement déclaré que le processus engagé est non applicable et d’aucun intérêt significatif dans le contexte de l’orientation de la gestion stratégique préalablement définie.

Quelle magnanimité du ‘’parrain’’ bien veillant!! Quel désintéressement !!

Il y a 50 ans Patrice Emery Lumumba, homme politique congolais et défenseur de la libération et de la dignité de l’Afrique, au moment de son arrestation par les colonisateurs et quelques complices africains, chargeait certains de ses fidèles compagnons de lutte de dire à ses enfants qu’il était venu 50 ans plus tôt. Mais seulement voilà. 50 ans plus tard, les mêmes tares de ‘Afrique confisquée sont là, l’absence de l’affirmation de sa dignité et de son indépendance véritable et l’absence de progrès. 50 ans plus tard, si Patrice Emery Lumumba était là, il serait certainement encore plus affligé.

On nous parle aujourd’hui de démocratie ! Nous la voulons certes mais nous la voulons réfléchie et construite par nous mêmes à partir de ses principes et valeurs universels. Parce que personne, aucune institution, aucune force extérieure ne peut nous dénier notre intelligence à nous définir et utiliser un module ou une approche pédagogique quelconque par nous-mêmes et pour nous mêmes en extrayant les déviations et renforçant les valeurs essentielles. Parce que la démocratie, la bonne gouvernance telles qu’elles ont été instaurées, n’ont pas été un aboutissement d’opinions intrinsèques, de réflexions propres, décidées et adoptées par l’Afrique. La démarche a suivi le processus des indépendances théoriques. Ce sont plutôt des orientations politiques fortement suggérées à un certain moment donné de l’évolution des gestions politiques stratégiques (la Baule, juin 1999) de ceux qui avaient dominé l’Afrique il y a justement 50 ans.

La nouvelle gouvernance est octroyée à l’Afrique comme les indépendances avec un mécanisme de conditionnalités, de contrôle (suivi et évaluation dirait-on dans les projets et programmes) avec beaucoup de clauses de chantage et de pressions.

La démarche est tellement née ailleurs que les structures politiques, sans culture de civisme, de patriotisme et de l’intérêt général, l’ont adoptée pour asseoir un mécanisme de partage de pouvoir aboutissant à la déliquescence des conditions de vie des populations qu’elles prétendent diriger et auxquelles elles sont sensées apporter bien-être et progrès. Si par hasard par calcul politique, ou peut-être par un élan de dignité, un président africain s’opposait aux intérêts de ceux que certains appellent les impérialistes, ce président se retrouverait ‘’lapidé’’ par ses propres pairs, ses propres concitoyens adversaires politiques. Ils vont mobiliser plus d’énergie à le combattre, à appeler ‘’les autres’’ à exercer de fortes pressions sur leur compatriote, à souhaiter embargo pour leur pays, qu’à rassembler leur volonté et leur ardeur à défendre leur pays et leur peuple. Mais ces structures politiques sont prêtes à venir gouverner le peuple appauvri pour lequel elles avaient souhaité des sanctions sans avoir la vision patriotique que les effets de ces restrictions invoquées peuvent affecter les conditions de vie de la population. Elles sont prêtes à revenir parce que, malgré les brûlis, elles espèrent retrouver l’Etat, le gâteau à partager, dont les bourses seraient remplies par ceux dont l’intérêt a été protégé.

Aux années de lutte pour la libération et l’indépendance véritable de l’Afrique, la noblesse était la dignité, la grandeur de l’Afrique. Aujourd’hui la noblesse s’articule autour de la soif du pouvoir, des intérêts particuliers et prébendiers. Avec ces et ses enfants, l’Afrique est peut être partie mais elle n’est pas allée loin. A certains égards, elle a même stagné sinon reculé. Une nationalité africaine se plairait à dire ‘’qui n’avance pas, recule’’.

L’ignorance et la pauvreté dominent encore le continent. Les conditions économiques et socio sanitaires demeurent difficiles. L’Afrique est malmenée par les manquements de ces fils notamment de ses élites. Tous ces errements traduisent le manque de vision et du sens civique dans la gestion de l’Etat et dans la culture de nos classes politiques qui ont pris l’Etat en otage par la mise en place d’une gouvernance qui oublie l’Etat pour accorder la primauté aux calculs et intérêts oligarchiques.

Cette dérive honteuse doit s’arrêter. Mettons notre intelligence, notre cœur et nos initiatives à l’œuvre au service et au profit de nos pays. Regardons ceux qui ont avancé pour nous regarder nous mêmes afin d’agir pour gagner.

Revendiquer le progrès et le bien-être individuel et collectif c’est bien. S‘engager pour le construire c’est encore mieux. Le développement ne se donne pas. Il se construit en respectant et renforçant l’Etat.
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